EICMA 2021 – Retour sur une édition à la saveur particulière
Salon de Milan

EICMA 2021 – Retour sur une édition à la saveur particulière

Après une édition 2020 annulée pour cause de pandémie, le Salon de la Moto de Milan a bien pu avoir lieu cette année. Malgré l’absence de certaines grandes marques et avec peu de réelles nouveautés, mais avec tout de même de belles surprises à la clé. ActuMoto était sur place. Retour sur le premier EICMA de l’ère COVID, à la saveur particulière.

Se rendre à Milan depuis Genève est relativement simple, la liaison ferroviaire étant directe entre les deux villes. En à peine 4h, vous voilà dans la capitale de la mode italienne. Enfin, ça, c’est sans compter les éventuels trous sous la ligne Genève-Lausanne, ni les retards usuels une fois passé le tunnel du Simplon. Prendre une heure de marge sur ce trajet semble une bonne résolution, pour se mettre à l’heure insouciante de la «Dolce Vita».

Mesures sanitaires

Pour se rendre en Italie depuis la Suisse, un certificat COVID avec code QR est nécessaire, ainsi qu’un formulaire de type «Passenger Locator Form». Mais ce dernier, obligatoire, ne me sera jamais demandé. Ni dans le train, au passage de la frontière. Ni à l’hôtel, à mon arrivée à Milan. Mon code QR, lui, sera régulièrement scanné. En Suisse comme en Italie. Dans certains cas, notamment les restaurants, il vous faudra tout de même vous soumettre à une prise de température via un thermomètre infrarouge. Des mesures plutôt bien respectées, mais qui tendent à contraster avec la vie festive de Milan, ainsi qu’avec ses rames de métro surchargées.

EICMA 2021
Sur le stand « Aprilia », des sens de circulation étaient en place (avec un service d’ordre pour les faire respecter).

Un contraste qu’on retrouve à l’intérieur même du salon. D’un côté, des nouveautés dévoilées devant une foule masquée, mais compacte, ou chacun cherche le meilleur angle. Et de l’autre, des stands sur lesquels des agents de sécurité vous invitent sans ménagement à respecter la distanciation sociale, ou encore qui nécessitent de repasser devant un thermomètre infrarouge pour espérer y accéder.

Dans l’ensemble, il y a tout de même nettement moins de monde que lors des précédentes éditions (je parle ici des journées «Presse» du mardi et du mercredi, qui précédent l’ouverture au public dès le jeudi) et il est agréable de pouvoir circuler de façon fluide dans les allées. Je vous laisse m’indiquer en commentaire si vous avez également ressenti une baisse de fréquentation lors de votre visite en fin de semaine.

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Les motos du « Doctor » étaient exposées, au cœur du stand Yamaha.

En tous les cas, je ne peux que me réjouir que puissent être à nouveau organisés de tels événements. Qui nous permettent de vivre notre passion. Mais qui permettent également aux différents acteurs d’un marché en souffrance de retrouver leur public.

Un salon de taille réduite

L’EICMA 2021 est une édition particulière, du fait de l’absence de plusieurs grandes marques. Ducati, constructeur transalpin emblématique, fait ainsi l’impasse sur l’évènement et propose ses nouveautés à distance, par le biais d’un teasing vidéo savamment orchestré. La nouvelle Panigale V4S, par exemple, aura été dévoilée pendant le salon, mais de façon 100% digitale. Impossible, pour les journalistes comme pour le public, de la voir et/ou de s’asseoir dessus. Un choix surprenant pour le principal salon italien, qui s’explique – d’une certaine manière – par la crise économique actuelle.

Une présence à un évènement d’envergure internationale tel que l’EICMA coûte en effet beaucoup à un constructeur – jusqu’à un million de francs selon certaines sources. Une somme non négligeable pour un salon dont les retombées directes sont difficilement quantifiables, l’impact se mesurant davantage en terme d’image et de popularité que de bénéfices purs.

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De nombreux accessoiristes étaient présents… non sans un certain humour!

D’autres marques sont ainsi absentes de cet EICMA 2021. Harley-Davidson, Indian, BMW et KTM (qui possède Husqvarna et Gas Gas) ont renoncé à se rendre sur place. Yamaha, bien que présent avec un stand de taille respectable, ne fera aucun lancement officiel pendant le salon. Et annoncera ses dernières nouveautés (une nouvelle XSR 700 et la version SP de sa nouvelle MT-10, notamment) à la veille de son ouverture. La marque anglaise Triumph choisira également d’être présente sur place, sans exposer toutefois de nouvelle moto. Mais on pourra y découvrir la splendide Speed Triple 1200 RR (que nous venons de tester) ainsi que la Tiger Sport 660, sur laquelle l’auteur de ces lignes montera à la mi-décembre.

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Le prototype de la future nouvelle Triumph Tiger 1200.

Pas (encore) de Tiger 1200, l’exemplaire exposé sur le stand étant toujours officiellement un prototype. Triumph dévoilera cette machine très attendue le 7 décembre. Nous vous en reparlerons !

Quelques nouveautés… tout de même

C’est Honda qui ouvre le bal, avec la présentation haute en couleur d’une nouvelle version de la CBR 1000 RR-R (ouf), dans ses variantes standard et SP. En plus de quelques évolutions (notamment au niveau de la transmission), ce modèle 2022 se démarque (la SP) par une livrée «30th Anniversary» de toute beauté, pour rendre hommage à la CBR 900 de 1992. Cette série spéciale sera d’ailleurs la seule version importée en Suisse l’an prochain. Pour le reste, il faudra compter sur les stocks des modèles 2021.

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Dans un tout autre domaine, Honda lance l’ADV350, un scooter urbain au look inspiré par l’X-ADV 750, mais qui reprend une grande partie du Forza 350, moteur comme partie-cycle (à l’exception, entre autres, de la fourche avant, désormais inversée).

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L’ADV350 était présent sur le stand Honda, à Milan.

Le parterre de journalistes aura aussi droit aux prémices d’une nouvelle moto, illustrée à base d’images de synthèse laissant entr’apercevoir une silhouette plutôt affûtée (et assez proche de celle d’une KTM Super Duke, à vrai dire). Honda compte relancer sa Hornet! Bien qu’aucune information précise n’ait filtré jusqu’ici, cette dernière sera, selon toute vraisemblance, propulsée par un moteur thermique. Et peut-être même un V4, à en croire la bande-son entendue sur place. L’avenir nous réserve encore de belles choses!

Une vraie surprise chez MV Agusta

Le bruit courait depuis quelques temps déjà. Et quelques images prétendument volées semblaient l’attester: la mythique Cagiva Elefant serait de retour à Milan. La marque Cagiva appartenant à MV Agusta, c’est sur le stand de la marque de Varèse que je découvre en effet deux exemplaires de l’ancienne Cagiva Elefant. A leurs côtés prennent place deux motos recouvertes de bâches opaques et surplombées du logo « Lucky Explorer Project ». Le doute n’est plus permis. A 9h45, le voile est levé sur les deux concepts, car ce n’est pas une, mais deux motos que MV Agusta propose (sans que la marque Cagiva ne soit pour l’instant mentionnée).

La 5.5 est un trail de moyenne cylindrée, chaussé en roues de 17’’ (à l’arrière) et de 19’’ (à l’avant), cubant 554 cm3 et développant une puissance de 35 kW. Soit pile la puissance pour le permis «A limité» (ou A2 en Europe). Cette moto devrait arriver sur nos routes d’ici décembre 2022, promet MV Agusta.

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Deux nouveaux concepts prometteurs!

Le Concept 9.5, pour sa part, est plus ambitieux, avec un trois-cylindres de 123 chevaux, une roue de 21’’ à l’avant et un poids de 220 kilos à sec. Pour l’heure à l’état de prototype, la moto définitive devrait nous arriver d’ici fin 2023. Et c’est peu dire que j’ai hâte de monter dessus, tant son style fait mouche dans mon inconscient.

Il y a d’autres belles choses à découvrir chez MV Agusta, comme la Superveloce Ago, une édition limitée à 311 exemplaires, comme le nombre de victoires en Grand Prix du «Dieu» Giacomo Agostini.

La ligne de la Super Veloce est intemporelle.

Ou encore la première… trottinette électrique signée MV Agusta, sobrement baptisée «Rapido Serie Oro». On peut décidément trouver de tout à l’EICMA.

Place à l’électromobilité

Ce terme aussi vous agace? Cela me rassure, je ne suis pas le seul. S’il y a une chose qui m’a marqué sur cette édition 2021, c’est la place accordée aux «solutions de demain». Pas au niveau de la moto, non. Car aucune réelle nouveauté électrique n’a été présentée la semaine dernière à Milan. Tout juste quelques améliorations chez Zero Motorcycles. Mais aucun grand constructeur ne s’engage encore réellement dans la voie de la moto électrique de grande série.

Non, je veux parler de ces petits engins qui sont censés nous faire délaisser notre véhicule thermique (qu’il soit à deux ou à quatre roues d’ailleurs) pour des déplacements jugés sociétalement plus «responsables»: scooters, trottinettes et… vélos.

Il n’est pas question ici de m’étendre sur le sujet, mais force est de constater que le nombre de stands dédiés à ce type de mobilité urbaine était clairement à la hausse.

Balade et découvertes

En attendant les prochaines conférences de presse, dont le rythme est nettement ralenti cette année, place à la déambulation dans les allées. L’occasion de découvrir, au fil des stands, de sublimes motos préparées, des échappements sur mesure, des pocketbikes siglés «Carabinieri» ou des bagages signés Enduristan.

Une électrique Zero SR/S, badgée «Polizia», semble vouloir laisser une deuxième chance aux délinquants routiers, tandis que, plus loin, une Desmosedici RR semble vouloir défier une Superleggera V4.

La marque Ducati est absente mais ses motos, elles, sont représentées en force à travers le salon.

Certains stands, comme celui de Shoei, sont un véritable plaisir visuel (pour le photographe que je suis). L’ambiance y est clairement chaleureuse, les casques sont mis en valeur et on est loin des simples étals de produits dénués du moindre charme.

Bienvenue chez les bleus

Un rapide passage chez Yamaha m’en met également plein les yeux, malgré une file d’attente impressionnante pour y accéder. Oui, vous avez bien lu, à l’intérieur même du salon, il fallait refaire la queue et se soumettre à une prise de température infrarouge pour espérer poser le pied chez le constructeur japonais. Mais l’attente valait le coup, entre les différentes M1 de Valentino Rossi, la R6 «Ten Kate Racing» de notre champion du monde Dominique Aegerter, ou encore la Yamaha YZ450 de MXGP sur laquelle roule Jeremy Seewer.

La Yamaha YZF-R6 du Suisse Dominique Aegerter, champion du monde Supersport 2021, était bien en vue sur le stand Yamaha.

Bien qu’il n’y ait pas de conférence de presse à proprement parler, les nouveautés annoncées par voie digitale en début de semaine étaient visibles sur le stand: la nouvelle Yamaha XSR700, la version SP de la nouvelle Yamaha MT-10, ainsi que la XSR900 et le nouveau T-Max 2022.

Surprise du chef, la présence d’une Yamaha Ténéré 700 «GYTR». Soit un prototype développé avec des pièces hautes performances, entièrement réalisées par Yamaha avec l’aide de ses pilotes d’usine. Prometteur.

Autre surprise sur le stand Yamaha (pour ma part en tout cas), le passage éclair du champion du monde Superbike Toprak Razgatlıoğlu. L’occasion de se rendre compte de la gentillesse, de l’accessibilité et du sourire fantastique de ce prodige de 25 ans. Une belle leçon d’humilité !

Du côté de Hamamatsu

Direction le stand Suzuki, sur lequel j’espère avoir quelques nouveautés à me mettre sous la dent. Hélas, rien de vraiment neuf ici, mis à part quelques nouveaux coloris sur plusieurs modèles et une légère mise à jour pour la Katana. Cette dernière reçoit un shifter up&down, trois modes de pilotages et un contrôle de traction désormais réglable sur 5 niveaux (contre trois auparavant). Bien maigre.

Heureusement, sur ce stand comme sur d’autres, les hôtesses sont souriantes. Et jouent leur rôle d’appât à la perfection. Dommage que, pour prendre en photos certains modèles (de moto), il ne soit pas possible de le faire sans avoir une beauté italienne assise dessus. L’EICMA restera toujours l’EICMA, n’en déplaise à certain(e)s.

Arrivé chez Kawasaki, je me réjouis. Deux motos sont bâchées et vont être dévoilées. Enfin! Bon, le doute n’est que peu permis, le nom des motos étant inscrit en gros caractères sur lesdites bâches. Nous aurons donc droit à une nouvelle H2 SX, ainsi qu’à une Versys 650 revisitée. Deux motos emblématiques, légèrement restylées, mais aucune prise de risque pour les verts.

La Kawasaki Versys 650 change… un peu.

Régulateur de vitesse actif et meilleure connectivité pour la sport-GT compressée, face avant revue et contrôle de traction pour le petit trail; les changements se font dans la finesse et devraient (encore plus) bonifier ces deux excellentes routières.

Belle Italia!

Un autre constructeur italien de motos a fait le déplacement jusqu’à Milan. Deux, plus précisément. Portées par le groupe Piaggio, les marques Aprilia et Moto Guzzi sont du voyage et s’offrent aux visiteurs sur un stand pour le moins gigantesque, fait d’empilement de motos (et de scooters). Après un interminable show mêlant discours monotone et musique assourdissante, le motard averti que je suis découvrira une nouvelle Tuono 660 «Factory», ainsi qu’une édition limitée de la RS660, baptisée «Stars and stripes», dotée notamment d’un carénage élargi à la déco clinquante.

L’édition spéciale limitée Stars and Stripes de l’Aprilia RS 660.

Chez Moto Guzzi, c’est aussi une édition spéciale qui m’attend, avec une V855 TT «Guardia d’Onore» d’une sobriété remarquable. Une belle manière pour le constructeur transalpin de rendre hommage aux septante-cinq (oui, nous sommes un média helvétique) années de collaboration avec la garde rapprochée du président italien.

La Moto Guzzi V100, première de la marque à opter pour le refroidissement liquide, est également à l’honneur sur le stand du groupe Piaggio.

La Moto Guzzi V85 TT « Guardia d’Onore ».

Un EICMA 2021 en demi-teinte

Certes, les nouveautés n’ont pas été nombreuses. Certes, les allées  étaient moins remplies. Néanmoins, le plaisir de se rendre à cette manifestation emblématique était bien présent. Pour aller à la rencontre de celles et ceux qui fabriquent notre passion. Pour découvrir des productions étonnantes. Et pour confirmer que, oui, notre passion est belle et bien vivante. Pour l’instant tout du moins.

Galerie photo:

 

Photos: Mathias Deshusses

Article mis à jour le 8 mai 2022 à 23:32

Auteur

Mathias Deshusses

Mathias Deshusses

39 ans, genevois et sur deux-roues depuis toujours. Roule sur une Triumph Rocket 3 et une KTM 390 Adventure. Aime par conséquent les machines à grosses sensations, mais aussi s’aventurer hors des sentiers battus. Est autant à l’aise avec un guidon qu’avec un appareil photo entre les mains.

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