La LiveWire électrique, une nouvelle espèce de Harley
Test Harley-Davidson

La LiveWire électrique, une nouvelle espèce de Harley

C’est peut-être elle qui aura lancé le vrai renouveau de la marque américaine Harley-Davidson. Je veux parler de la LiveWire électrique, que nous avons pu tester sur la côte ouest des Etats-Unis, dans l’Oregon. Cette moto est attendue depuis quatre ans, Harley-Davidson ayant fait faire le tour du monde en 2015 à un prototype portant le même nom, pour jauger les réactions du public, déjà client ou pas du tout, et des journalistes (lire notre article). Proposer une moto électrique, pour une marque aussi traditionnelle que la Motor Company, c’est en effet un virage à 180 degrés. Et cela comporte bien sûr des risques.

Au vu de ce que nous avons pu constater et éprouver sur un parcours de test d’une journée, d’environ 70 km, il est déjà clair que le jeu en valait la chandelle. La Livewire, dans sa version de série, est une moto très compétente sur n’importe quelle route, mais c’est aussi et surtout une machine qui suscite en vous de belles émotions. Contrairement à ce que l’on pourrait penser d’un moteur électrique, censé être silencieux et sans âme.

la LiveWire électrique
Dans les rues de Portland, Oregon.

Cela commence par une rencontre visuelle. Le design de cette nouvelle Harley se veut distinctif, tout en intégrant des éléments caractéristiques de la marque. Et le mix est réussi. On a l’imposante masse verticale et noire de la batterie (dotée d’ailettes de refroidissement en même temps que de deux petits radiateurs liquides) qui donne un côté ramassé vers l’avant à la LiveWire, et une poupe fine et mettant bien en évidence la roue arrière. Le moteur, lui, bien que relativement petit, positionné sous la batterie, est lui aussi souligné par une coque argentée agrémentée de « côtes » fines.

La transmission est confiée à une courroie crantée, comme sur toutes les Harley. Et il n’y a bien sûr aucun pot d’échappement qui vient « ternir » le tableau. Un cadre élancé en aluminium, peint en noir, entoure les batteries, sans les cacher à la vue des passants. Et un petit « réservoir » factice complète le tout sur le haut. C’est là que l’on branche le câble de recharge électrique.

Livewire électrique
Pour recharger sa Harley Livewire.

La La LiveWire électrique est un rien pesante lorsqu’on la redresse pour replier la béquille latérale. Mais une fois droite, elle se révèle très bien équilibrée. Le contact se fait… sans contact. Il suffit d’avoir dans une poche le transpondeur correspondant à la moto, et d’appuyer sur deux boutons placés sur le comodo droite. Un bel écran couleur de 4,3 pouces s’allume, puis vous indique que la balade peut commencer.

Pas besoin de vitesses sur la LiveWire électrique

Pas besoin de jouer du sélecteur pour mettre la première. On tourne la poignée d’accélération, et la moto avance. Les premières centaines de mètres se font presque au pas, dans les bouchons matinaux d’une artère du centre de Portland, et l’absence de vitesses est un plus. Pas de problème pour doser l’accélération à basse vitesse. On reste en mode Road, où la réponse à la rotation de la poignée est intermédiaire, et permet un excellent contrôle de sa progression (ou non progression). Nous repasserons par là en fin de journée, avec des températures bien plus élevées (environ 27 degrés). Même dans ces conditions, n’y a pour ainsi dire aucune émanation de chaleur qui remonte des batteries ou du moteur, et c’est tant mieux.

LiveWire
Les suspensions Showa sont réglables, devant comme derrière.

En attendant, on remarque aussi que le combo amortisseur arrière plus pneus plus selle n’est pas des plus moëlleux sur les bosses et les trous du biotope urbain. C’est supportable, mais c’est un peu raide. Le tableau de bord indique qu’il reste encore presque 99% de la charge des batteries à disposition pour rouler.

Une accélération foudroyante

Pour cela, il faut s’extraire de la ville et se diriger au nord-ouest, vers les collines verdoyantes de la région. Et là, on teste le mode Sport. Comme ça, pour voir. Et on n’est pas déçu. La LiveWire vous donne un magistral coup de pied au séant quand vous ouvrez l’accélérateur en grand. C’est presque brutal. Mais on peut immédiatement rendre la main et laisser le « frein moteur » (ou ce qui en tient lieu) agir, faire très vite ralentir la machine, et par là même réinsuffler quelques électrons dans les batteries, sans utiliser ni le levier de frein avant, ni la pédale de frein arrière.. On appelle ça le freinage régénératif.

la liveWire électrique
Les accélérations sont foudroyantes quand on sélectionne le mode de pilotage Sport.

L’accélération est un peu moins foudroyante en mode Road, et beaucoup plus tranquille dans le mode Rain. C’est logique. Sachez toutefois que La LiveWire électrique est équipée d’un antipatinage ajustable, déconnectable) et sensible à l’angle d’inclinaison de la moto. Et de même pour l’ABS (mais on ne peut ni le régler ni le déconnecter). Il y a même un anti-blocage de la roue arrière agissant lorsque le freinage régénératif dépasse les limites d’adhérence du pneu.

Ces aides au pilotage sont évidemment utiles. L’ABS de virage, en particulier, permet de garder la trajectoire choisie, dans certaines limites, lorsque l’on freine un peu trop fort en pleine courbe. Mais au vu de la qualité des freins, du châssis et des suspensions, la plupart du temps, on ne fait pas appel à elles. Dès qu’elle a pris un peu de vitesse, la LiveWire est joueuse et agile tout en restant très stable quel que soit l’inclinaison en cours, ou presque. C’est aussi le résultat d’une répartition des masses bien pensée, la lourde batterie aux ions de Lithium ancrant la machine près de son train avant. Sachez au passage que les éléments de suspensions, de marque Showa, sont entièrement réglables devant comme derrière. Mais il faut un outil (un tournevis suffit).

la LiveWire électrique
Bien qu’avouant 249 kilos sur la balance, cette moto est très agile.

Pour ceux et celles qui se poseraient la question, exécuter une roue avant sur cette machine n’est pas super facile, en raison de la répartition des masses et de sa géométrie. En mode Sport, on lève cependant facilement la roue avant de quelques centimètres à l’accélération (souvenez-vous, pas d’embrayage). Les dérapages et autres burns sont nettement plus simples. Il suffit de déconnecter le contrôle de traction!

Partie-cycle parfaite pour rouler vite

En roulant vite, on n’a plus aucun problème avec les irrégularités de la route. C’est comme si le réglage de base de la fourche et de l’amortisseur et l’adhérence des pneus étaient conçus dès le départ pour une conduite sportive plutôt que tranquille. Attention toutefois à ne pas relâcher trop vite le frein avant en entrée de virage, sous peine de causer des petits mouvements parasites à l’avant. L’arrière, lui, reste irréprochable.

On peut se déhancher à loisir depuis la selle de La LiveWire électrique, et le bras de levier offert par le guidon et les repose-pieds est largement suffisant pour balancer rapidement la moto de gauche à droite et vice-versa, avec très peu d’effort. Une autre preuve de son caractère sportif.

Si l’on se retrouve coïncé derrière un véhicule plus lent avec une double ligne au milieu de la chaussée (ne pas en tenir compte est passible d’une très grosse amende aux USA), on peut alors sélectionner le mode « Eco » avec le bouton dédié aux modes de pilotage, sur la partie droite du guidon. Très facile à faire, même en roulant. De manière générale, les commandes sont bien conçues. Quand la moto est arrêtée, la fonction tactile de l’écran couleur est activée. Il est alors très intuitif de naviguer dans les menus de la moto. Et en roulant, on a droit à un pratique joystick, toujours sur le guidon, à droite. A gauche, c’est la place du bouton permettant de changer l’affichage des infos du voyage (nombre de km parcourus, etc.), et celle du tempomat adaptatif. Un classique signé Harley, très efficace.

Livewire
En ville, la LiveWire est également agile. Ses suspensions, par contre, manquent un peu de souplesse, dans leur réglage d’origine.

Notez bien qu’on ne trouve nulle trace d’un quelconque compte-tours. Il n’en est nul besoin, le 100% du couple étant disponible dès l’ouverture de la poignée d’accélération. Tout au plus sait-on grâce à la présentation technique faite par l’ingénieur en chef responsable du développement de la LiveWire, Glen Koval, que le moteur peut monter jusqu’à 15000 tr/min. De quoi atteindre une vitesse de pointe de plus de 170 km/h.

L’autonomie…

Il y a surtout une jauge à électrons, si on peut l’appeler ainsi, qui indique le pourcentage de charge encore disponible. Si l’on accélère beaucoup, il va diminuer plus rapidement. Et de même si les températures deviennent plus froides. Harley cite une autonomie de 235 km dans un usage urbain ou péri-urbain. Mais ce chiffre peut retomber à 152 km si l’on ajoute des routes rapides hors agglomération. Nous n’avons pas eu l’occasion de mettre ces chiffres à l’épreuve des faits. A part celui que l’afficheur du tableau de bord semblait plutôt les corroborer. Et pour ce qui est de la vitesse de recharge de La LiveWire électrique, nous n’avons pas non plus pu tester. Les chiffres officiels font état d’un peu plus de 11 heures pour une recharge de zéro à cent pourcent avec une prise standard, et d’une heure pour faire de même sur une borne à recharge rapide (type 3).

Ambiance sonore

Ce qui est sûr, c’est que la LiveWire possède son propre son, sa musique électrique, si l’on veut. Les Harley à moteur thermique sont reconnaissables entre toutes à la signature sonore de leur moteur V Twin. Une sorte de « potato, potato ». Quand la propulsion devient électrique, on a un bruit de petite turbine, qui devient de plus en plus aigu au fur et à mesure que l’on augmente l’accélération, et vice-versa. A basse vitesse, on entend encore une sort de grésillement répétitif qui fait vaguement (très) penser au chant des cigales… Et si l’on roule plus vite que 70-80 km/h, c’est le bruit du vent qui prend le dessus dans les oreilles du pilote.

Cette ambiance sonore n’est pas artificielle. Il s’agit de bruits mécaniques existant entre le moteur et la transmission. Ils sont amplifiés naturellement par une espèce de chambre d’écho installée à cet endroit (lire l’encadré à cet article). On entend clairement cette bande-son, que ce soit quand la moto passe à côté de vous, ou quand on la pilote soi-même. Ce n’est bien sûr pas comparable à ce qui provient d’un moteur à combustion, qui plus est fabriqué par Harley, mais c’est distinctif et cela contribue à faire d’une balade au guidon de La LiveWire électrique une expérience enrichissante.

La LiveWire est l’une des rares deux motos de série qui se connecte directement au « nuage » mondial, comme un téléphone. Par le biais d’une Application spécifique disponible pour les smartphones principaux du marché, cela permet à son propriétaire d’accéder à sa moto à distance. Pour par exemple vérifier la progression de la recharge pendant qu’il boit un café américain. Ou pour agir s’il constate que quelqu’un est en train de faire sortir sa moto du périmètre qu’il a lui-même défini, ou que sa LiveWire est tombée… ou qu’elle a besoin d’un service. Cette fonction se double d’une connection plus classique avec ledit smartphone qui permet d’afficher sur le tableau de bord de la moto un itinéraire virage après virage, le morceau de musique en train de passer sur la Playlist, ou le nom de la personne qui est en train de vous appeler. On peut même trouver le bon réglage des suspensions selon le poids du pilote!

la LiveWire électrique
Le tableau de bord de la LiveWire: intuitif, clair, et configurable.

Si l’on devait pointer du doigt les petits défauts de La LiveWire électrique, on pourrait éventuellement pinailler sur l’esthétique des petits câbles électriques qui sortent des deux clignotants à l’avant, ou de la longueur de la béquille latérale (pas de centrale), assez courte. Ou encore des quelques hésitations du tableau de bord quand on utilise sa fonction tactile. Mais le seul vrai défaut… c’est son prix, conséquent. Sauf que, pour un peu plus de 36000 francs, on a une moto qui ne ressemble à rien de ce que l’on trouve sur le marché. La seule qui s’en approche un peu est la nouvelle Zero SR/F, moins chère, mais moins exclusive, et qui ne bénéficie pas du réseau et de la puissance de frappe d’une marque comme Harley-Davidson.

Pour ce qui est de la durée de vie de l’ensemble batterie-moto, Glen Koval affirme que les batteries, réalisées par Samsung (qui se chargera de les éliminer/recycler), arrivent avec une garantie de 5 ans, et devraient en tout cas rester fonctionnelles plus longtemps, « pour toute la durée de vie de la moto ». Quand on lui demande ce que cela signifie, il cite le chiffre de dix ans. Mais d’après ce que nous avons pu voir de près, la qualité constructive de la LiveWire devrait lui permettre de durer encore plus longtemps. Et comme l’insertion de la batterie dans le châssis fait qu’il est techniquement possible de l’en extraire, il est très probable que les possesseurs de cette moto aient la possibilité de faire installer une batterie plus performante quand elle sera disponible.

En Suisse, le seul concessionnaire qui pourra vendre des LiveWire dans la partie francophone du pays, du moins aux débuts, sera Harley-Davidson Genève. Ce qui signifie notamment qu’ils doivent s’équiper avec une station de recharge rapide à laquelle leurs clients auront accès gratuitement, pour deux ans. Six autres points de vente, et donc de recharge rapide, sont prévus, tous en Suisse allemande à l’exception de Lugano.

 

Photos: Alessio Barbanti

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - 51 ans, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes.

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