Initiation au motocross au CPRP
Reportage

Initiation au motocross au CPRP

C’est un immense hangar métallique qui passerait presque inaperçu, situé en contrebas de la route cantonale qui sort de Moudon pour rallier Payerne, au plein cœur du canton de Vaud. A l’intérieur se trouve pourtant une véritable caverne d’Ali Baba pour nombre de motards. Bienvenue au CPRP – le Centre Pédagogique Romand de Pilotage.

Visuellement, la taille du hangar impressionne. Lorsque l’on sait qu’il abrite une gigantesque piste de motocross indoor, on commence à comprendre les besoins d’espace et d’isolement (le CPRP est situé en bordure d’une zone industrielle) nécessaires à l’aboutissement d’un tel projet.

En rentrant dans le bâtiment, ce sont des rangées entières de motos qui nous accueillent. De toutes tailles. Et de toutes cylindrées. Seul point commun: les tétines. Quel que soit votre âge, votre taille ou votre niveau d’expérience, vous trouverez ici votre bonheur.

Au fond de l’entrepôt, un atelier permet de les entretenir, mais aussi de préparer des motos neuves. Car Olivier Monnier, qui gère le CPRP avec sa compagne Isabelle Kappeler, est aussi le patron de la concession SP Racing, qui conçoit et fait fabriquer en Chine avec une rigueur totalement helvétique les fameuses Monnier, dont nous avons testé la version Supermotard au printemps.

La piste en terre, d’une longueur de 220m (et dont le tracé vivait ses dernières heures sous cette forme lors de ce reportage), fait la part belle aux bosses et aux «tables», avec quelques beaux virages relevés. Les lignes droites se font rares (il y en a deux), mais se dédoublent pour varier les plaisirs (ou dépasser comme un goret, c’est selon). Il ne manque que quelques whoops pour se croire au Supercross de Genève.

Initiation au motocross au CPRP

A l’étage, enfin, se trouvent les bureaux ainsi qu’une belle cafétéria (malheureusement fermée en ces temps de crise sanitaire) avec vue imprenable sur la piste. Lieu idéal pour que les parents patientent pendant le cours de leurs rejetons (le CPRP les accueille en temps normal pour des cours, des stages ou des camps dès l’âge de 5 ans), ou simplement débriefer après une session entre potes. Mais il y a surtout un dressing à faire pâlir d’envie n’importe quel crossman.

C’est justement le point fort du CPRP. Ici, tout est fourni. Pantalons, pulls, plastrons, gants, bottes, casques et même lunettes. Bien sûr, tout est lavé et désinfecté après usage. «C’était déjà le cas auparavant, explique Isabelle Kappeler. La seule chose qui change à présent, c’est que si vous devez essayer trois pantalons avant de trouver la bonne taille, les deux que vous avez essayés partent immédiatement au lavage. Il faut que nous soyons précis dans l’évaluation du gabarit des pilotes, sans quoi le matériel peut vite manquer!» Le concept est donc simple: vous pouvez arriver les mains dans les poches, et profiter d’une moto et d’un équipement adaptés. Et de conseils avisés. Tel était d’ailleurs le cas le jour du reportage, pour le débutant complet que je suis. Et ce concept est vraiment des plus pratiques.

Tout le matériel est compris dans le prix du cours.

Me voilà donc au CPRP pour découvrir le cross. Enfin, surtout pour comprendre et maîtriser la glisse sur la terre. Je suis un gros rouleur, qui aime particulièrement s’amuser avec des trails sur des pistes roulantes, de la petite Yamaha T7 à la grosse Ducati Multistrada V4S. J’ai même eu la chance de poser mes roues sur le sable mouillé de la plage d’Essaouira au soleil levant, lors du lancement de la Triumph Tiger 900 Rally Pro en février dernier. Une multitude d’expériences et aucune chute, mais une technique perfectible, que je vais tenter d’améliorer ici.

Le cours sélectionné est destiné aux adultes uniquement, et dure 2h30. Il se décompose en 4 sessions de 15 minutes, entrecoupées de pauses permettant aux instructeurs de corriger ce qui doit l’être, mais aussi aux pilotes de reprendre leur souffle. Me voilà donc entre les mains de Steeve Bula, l’un des nombreux instructeurs passionnés que compte le Centre Pédagogique Romand de Pilotage. Après l’habillage, place au briefing de sécurité et au choix de la moto. J’hériterai d’une BHR 250, une moto assez haute, pile à ma taille et qui développe une vingtaine de chevaux. Largement suffisant pour m’envoyer dans le décor vu mon (in)expérience.

Initiation au motocross au CPRP
La moto mise à ma disposition par le CPRP pour ce cours est une BHR250F.

Les règles de base sont connues en théorie, mais méritent d’être répétées. Ne pas toucher au frein avant. Jamais. Sous peine de comprendre instantanément pourquoi. Porter le regard loin et toujours savoir où sont les autres. Car on n’est pas à l’abri de se trouver face à une moto (ou pire) au sol en bas d’une table. Pour cela, pas de soucis. La suite est plus déroutante. Il s’agit de lever la jambe située à l’intérieur du virage pendant celui-ci. Sans la mettre à l’horizontale, mais de manière un peu exagérée tout de même sur les premiers tours, pour intégrer la dynamique de conduite. Perturbant pour les appuis, car tourner à gauche sans l’aide des cale-pieds est inhabituel lorsqu’on a l’habitude du bitume. Mais après quelques belles dérives involontaires du train arrière, on s’estime heureux d’avoir pu utiliser ce fameux pied (presque au niveau du sol dans les virages) pour éviter la chute.

La première session est chaotique. Mal à l’aise, j’ai de la peine à masquer mon appréhension. Mais je me lance et tente de trouver mon rythme. Pas facile de gérer la position, en alternance debout sur les sauts et assis dans les virages. Le passage des vitesses debout sur les cale-pieds me pose également un problème, que je tente de résoudre en restant en 2ème. «De toute façon, ici, tout se passe en 2, me confiera Steeve après cette première session. Voire en 3, si tu commences à rouler fort». Bon, je n’en suis pas encore là.

La deuxième session commence par un exercice plus compliqué, mais qui me permettra de mieux comprendre la nécessité de serrer la moto avec les jambes. Il s’agit de rouler constamment debout. Révélateur et surtout libérateur. Je me sens plus à l’aise sur la moto et me surprends à oser un peu plus d’angle et un peu plus de vitesse sur certains passages. Et ça passe! Quelques dérobades m’aident à mieux sentir la dynamique et à contrôler la glisse. Enfin, un début de glisse. Il s’agira ensuite d’alterner les passages entre parties dures et parties meubles, afin de sentir les différences d’adhérence.

Après une courte pause et surtout un grand verre d’eau, je repars en piste pour la troisième session. Le plus grand danger? Une prise de confiance qui peut s’avérer traître. Mine de rien, la fatigue commence à se faire sentir, et en grand sportif que je suis, je découvre des muscles dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je résiste à la tentation d’augmenter le rythme et me concentre sur le fait de rouler le plus proprement possible, en soignant les virages et les trajectoires.

Au départ de la quatrième session, je ne suis plus au cours du CPRP, mais en finale d’une course de MXGP. Les dérapages sont mieux maîtrisés et les sauts se font de plus en plus loin (on ne parle pas encore de hauteur à mon niveau). Clairement, je prends un plaisir immense à piloter cette petite moto sur cette belle piste indoor. Et c’est gagné. Je ne parle pas de la course qui a eu lieu dans ma tête. Mais du combat que j’ai gagné ici. Contre moi-même. Contre ma peur de glisser. Contre mes appréhensions. Cette dernière session est révélatrice, et il semblerait que Steeve soit impressionné par ma progression en l’espace de deux heures. Olivier, qui a suivi le cours de loin et jeté des regards réguliers sur mon évolution, aussi. Mon objectif avec ce cours, soit améliorer ma technique sur la terre et développer un meilleur feeling dans les conditions d’adhérences précaires, est clairement atteint.

Le prix de ce cours collectif «Adult Only» est de 190 francs. Un tarif tout à fait acceptable par rapport aux prestations proposées. Olivier Monnier et son équipe sont des passionnés, qui n’ont pas l’œil sur la montre et savent faire preuve d’une grande pédagogie. Un encadrement de qualité qui se paie, tout comme le matériel (moto comme équipement) à un tarif au final raisonnable. Surtout eu égard au plaisir généré.

Initiation au motocross au CPRP
Olivier, Isabelle et Steeve (de gauche à droite) vous accueillent avec le sourire, malgré le masque.

Merci à Olivier et Isabelle pour leur accueil chaleureux, et à Steeve pour sa patience. Toutes les infos sont disponibles sur le site du CPRP, qui vient de rouvrir partiellement en date du 1er décembre, avec certaines restrictions. N’hésitez pas à les contacter et pourquoi pas, à glisser un bon-cadeau pour un cours à votre motard(e) préféré(e) sous le sapin de Noël.

Photos: Mathias Deshusses

Article mis à jour le 9 janvier 2021 à 09:05

Auteur

Mathias Deshusses

Mathias Deshusses

38 ans, genevois et sur deux-roues depuis toujours. Roule sur une Triumph Rocket 3 et une KTM 390 Adventure. Aime par conséquent les machines à grosses sensations, mais aussi s’aventurer hors des sentiers battus. Est autant à l’aise avec un guidon qu’avec un appareil photo entre les mains.

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