Dakar 2022 – Interview Nicolas Monnin : le point après une semaine de course
Dakar 2022

Dakar 2022 – Interview Nicolas Monnin : le point après une semaine de course

Nicolas Monnin est le seul pilote helvétique sur le Dakar 2022. Pilote de rallye expérimenté, il s’est élancé le 1er janvier dernier pour son deuxième Dakar. Avec pour objectif de le terminer, sa première expérience s’étant soldée par un abandon à la suite d’une grosse chute. ActuMoto.ch a profité de la journée de repos, à Riyadh (Arabie saoudite), pour aller à sa rencontre et faire le point sur son aventure, à mi-parcours.

Salut Nicolas. C’est ton dixième rallye-raid, et ton deuxième Dakar. Comment vas-tu après une semaine de course?

Ça va plutôt pas mal ! Je suis content de ma situation après une semaine de course. Physiquement, je vois que je suis au point et que je tiens la distance assez facilement. Je me suis préparé pendant 17 mois pour cette course, à raison de 6 à 8 fois par semaine, et c’est payant. Moralement, le rallye se déroule comme je l’avais imaginé, donc le mental va bien. J’ai une stratégie de course individuelle avec des objectifs fixés en fonction de mes performances sur le dernier Rallye du Maroc. Le but n’est pas de se battre pour des positions, mais contre moi-même. J’ai défini un rythme que je veux réussir à tenir, et pour l’instant j’y arrive.

L’objectif, pour moi, est avant tout de prendre du plaisir. J’essaie de ne pas regarder le classement même si, bien sûr, ça me ferait plaisir d’être bien placé au général. Je me rends compte que je ne suis pas forcément classé comme je l’avais escompté, mais c’est vrai que le niveau est très élevé cette année, et les concurrents vraiment rapides. Moi, je veux rouler en maîtrisant le plus possible mon environnement et je ne vais pas prendre des risques pour gratter des positions. Le danger est là, et on peut très vite se faire peur en roulant au-dessus de ses capacités. Le but est d’arriver au bout de chaque étape, et à la fin du rallye. Bien sûr, ça m’arrive d’enclencher de temps en temps le mode «compétition». Mais c’est quand je suis en prise avec un autre pilote. C’est un plaisir de «fighter» avec un concurrent en fin de spéciale. Mais l’objectif n’est pas de se battre contre le chrono.

Qu’est-ce qui est le plus dur pour toi?

Sincèrement, les liaisons. Quand on dépasse les 100 kilomètres de liaisons, c’est vraiment pénible. C’est toujours tout droit, il n’y a pas le moindre virage, les paysages sont monotones. En fin de spéciale, avec la fatigue et le froid, c’est fatiguant. Et puis, sur un Dakar, les journées sont très longues et les journées très courtes. La gestion du sommeil est compliquée. Je dors sous tente, il fait froid, les génératrices font du bruit.

C’est un paramètre assez usant. Je ne dors pas beaucoup, mais cela ne devrait pas trop m’affecter la semaine prochaine. Enfin j’espère.

Tu roules en Honda, alors que la majorité du plateau privilégie les KTM. Parle-nous un peu de la moto

En effet, je suis sur une Honda CRF 450 RX. Une très bonne moto, robuste et surtout maniable. En vitesse de pointe, je suis à 148km/h maximum. Il manque une sixième vitesse pour se battre à armes égales avec les KTM, qui peuvent prendre facilement 170km/h. Mais à 150km/h, crois-moi, il y a déjà bien assez de sensations! [Rires] Je m’en contente largement, la moto est maniable dans les dunes et très stable dans les parties rapides.

Je suis vraiment content de la moto, à part peut-être le confort de selle. C’est vraiment dur de chez dur. Mais bon, c’est une moto de rallye!

Comment se porte-t-elle après une semaine de course?

J’ai eu une chute dans la 5ème étape. J’avais un peu d’angle sur des grosses pierres roulantes, j’ai mis trop de gaz et la moto est partie. Mais en retombant, elle a tapé assez fort, ça a abîmé le sabot mais ça a surtout cassé le raccord d’essence qui était placé derrière. J’ai dû m’arrêter pour le changer, car je perdais tout mon carburant. Heureusement, j’avais un raccord de réserve sur moi.

Réparation express, au cœur de la 5ème étape.

J’ai aussi pris un gros rocher hier et j’ai une jante qui a été déformée. Je ne m’en étais pas rendu compte sur place, et j’ai eu de la chance qu’il n’y ait pas de conséquences. Sinon, la moto va bien, à part quelques égratignures un peu partout. En fait, il y a beaucoup de pierriers, et la moindre chute, même à l’arrêt, abîme vite la moto.

Que penses-tu de cette première semaine de course?

Globalement, cette première semaine est très roulante. Les vitesses sont très élevées. Moi, je suis à fond de cinq, j’imagine que beaucoup sont à fond de six, le problème étant qu’à ces vitesses, le moindre coup d’œil sur le road-book peut se payer cash. On a pu goûter à pas mal de dunes, de plusieurs tailles, des petites comme des immenses. Donc pas mal de plaisir au niveau pilotage. Beaucoup de passages trialisants, qui nécessitent des bonnes notions d’enduro. Pas évident avec des machines de rallye, naturellement plus lourdes. Il y a des passages techniques qui peuvent être piégeux. Mais l’équilibre entre terrain sablonneux et pistes roulantes est top.

Pas mal de petits pièges de navigation, également. Chaque jour, il y a des petites surprises en navigation, des choses pas simples à déchiffrer. Moi, j’aime ça, mais je me suis quand même perdu à deux reprises. Malgré tout, je suis relativement content, je pense que je m’en sors bien.

Je reste un peu déçu que les deux dernières étapes aient été écourtées. Ça arrive, mais c’est frustrant et ça casse un peu le rythme. Bien sûr, on a gagné une journée, mais ce n’est vraiment pas le but.

En parallèle de la course, tu travailles sur un projet novateur et tu récoltes des données sur place. Peux-tu nous en dire plus?

J’ai lancé un projet d’étude, en partenariat avec la Haute Ecole ARC de Neuchâtel. Il s’agit d’un maillot qui s’appelle «Edelweiss Secure» et qui mesure en temps réel des données comme la respiration et l’ECG (pour électrocardiogramme). Cela génère un graphique cardiaque du pilote pendant la course et c’est beaucoup plus précis qu’une montre-cardio classique, par exemple. Pour cela, on a créé un maillot doté d’une surface piézo-résistive, c’est-à-dire qui enregistre les changements de tensions – et donc les phases de respiration – ainsi que d’électrodes souples pour la capture de l’ECG.

L’objectif est de pouvoir vérifier, dans des contraintes très délicates (températures, chocs, vibrations, etc…) et sur une durée relativement longue, que le type d’électrodes utilisées soit en mesure de transmettre des signaux clairs, quantitatifs et qualitatifs. L’ensemble de ces mesures sera ensuite analysé une fois de retour.

Comment se passe cette récolte de données?

Pour l’enregistrement de la respiration, le maillot est équipé d’un minuscule boîtier électronique qui enregistre les informations. Mais pour l’ECG, c’est un smartphone, que je porte sur moi, qui collecte les données. Malheureusement, j’ai connu une petite chute dans la deuxième étape et ce téléphone s’est fracassé. Je vais devoir charger les données sur mon propre smartphone aujourd’hui, en espérant ne pas le casser cette fois.

A quoi servira ce type de maillot à l’avenir?

L’objectif final est de pouvoir transmettre des données de constantes vitales au PC Course en temps réel. Le maillot est équipé d’un accéléromètre intégré et pourrait alerter les secours en cas de crash, par exemple. C’est un type d’objet qui pourrait intéresser les services de secours, de manière générale. Et en rallye-raid, c’est très pertinent. Il y a déjà le système «IRI track» qui peut prévenir les secours en cas de chute. Mais si le système est défaillant, il y a une deuxième sécurité, sous la forme d’une balise GPS sur la moto. Le point faible, c’est que si le pilote chute et se retrouve inconscient, il ne peut pas déclencher la balise seul. Dans ce cas de figure, le maillot pourrait le faire automatiquement, et renforcer ainsi la sécurité du pilote. C’est une application qui pourrait être utile dans de très nombreux sports!

C’est ton dixième rallye et ton deuxième Dakar. Tu rempiles l’an prochain?

C’est une bonne question. Troisième Dakar ou pas troisième Dakar? Concrètement, le problème ne concerne que le volet financier. Au niveau de l’envie, du mental et du physique, je repars demain. Mais financièrement, c’est toujours compliqué. Je finance le maximum moi-même, mais j’ai besoin d’aide et de sponsors pour y arriver. Je ferai un rallye l’an prochain, c’est certain. Mais le Dakar, je n’y crois pas trop à l’heure actuelle, même si ma passion me pousse dans cette direction.

Nicolas n’a d’ailleurs pas réussi à boucler son budget avant le départ. Il a besoin d’un coup de pouce et chacun peut l’aider à son niveau: « un peu » + « un peu » = beaucoup au final! Pour devenir sponsor, c’est par . Et pour devenir donateur, c’est par ici. Il compte sur nous!

Vous pouvez suivre la progression de Nicolas Monnin sur ActuMoto, bien sûr. Mais également via son site Edelweiss Racing, et via sa page Facebook.

Photos: ASO - Rally Zone - DPPI - N. Monnin

Article mis à jour le 25 janvier 2022 à 10:57

Auteur

Mathias Deshusses

Mathias Deshusses

39 ans, genevois et sur deux-roues depuis toujours. Roule sur une Triumph Rocket 3 et une KTM 390 Adventure. Aime par conséquent les machines à grosses sensations, mais aussi s’aventurer hors des sentiers battus. Est autant à l’aise avec un guidon qu’avec un appareil photo entre les mains.

Commentaires1 commentaires

1 commentaires

  • Michel Devillaz

    Très bon reportaje.
    Courage Nicolas tout irá bien.

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