La Z650 tient tête à la MT-07
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La Z650 tient tête à la MT-07

Dans sa version 2020, le twin Kawasaki offre quelques plus qui lui permettent de rester au niveau du best-seller absolu du marché suisse, la Yamaha MT-07. Nous avons voulu savoir ce que cela changeait au niveau de la conduite et de la vie quotidienne, et si la Z650 pouvait détrôner sa concurrente japonaise (elle aussi).

Les modifications apportés cette année à la Kawasaki Z650 sont-elles suffisantes pour lui faire ravir le trône de moto la plus vendue en Suisse à la MT-07? Pour le savoir, nous avons voulu une nouvelle fois comparer la Z au best-seller Yamaha.

Nous l’avions déjà fait en 2017 (lire notre précédent article). Depuis lors, la Yamaha a eu droit à une petite mise à jour, en 2018. Et la Z, comme on l’a déjà compris, elle aussi, pour cette année 2020 (lire notre test en Espagne).

Seulement voilà. Une première difficulté est venue du fait que le marché moto est tout chamboulé en cette année de pandémie de nouveau coronavirus. Il y a eu tellement de vente et d’immatriculations de motos qu’il n’y a plus de MT-07 disponible pour la presse chez l’importateur suisse Hostettler. Ni d’ailleurs chez les concessionnaires. Il faut tout de même savoir que Yamaha a réussi à écouler (nouvelles immatriculations) 1223 exemplaires de ce roadster de moyenne cylindrée depuis le mois de janvier. L’an passé, à pareille époque, ce chiffre était de « seulement » 943!

Après plusieurs téléphones et recherches, nous avons trouvé un garage qui a accepté de très bonne grâce de nous prêter une MT-07, en version non bridée. Il faut dire que cette machine est très populaire aussi auprès des jeunes permis, ceux qui prennent durant deux ans le permis dit A limité, pour lequel la puissance ne doit pas dépasser les 35 kW. Ce qui est possible sur la MT-07 moyennant un bridage temporaire.

Yamaha MT-07
La Yamaha MT-07 aimablement prêtée par le Yamaha Center Fribourg était une machine équipée pour ceux et celles qui veulent passer le permis. Notez l’arceau de protection du guidon.

Nous remercions donc le Centre Yamaha Fribourg, à Marly. On précise que la MT-07 en question est l’une des deux que le centre propose à l’essai et à la location pour ceux et celles qui veulent passer leur permis. Elle est donc équipée d’un arceau de protection autour du guidon et de plusieurs « boutons » sur les flancs censés protéger les composants de la moto en cas de chute. Mais sinon, c’est exactement la machine que nous recherchions.

On précise aussi qu’il se murmure avec insistance que Yamaha va lancer une nouvelle mise à jour de sa naked fétiche pour 2021, probablement déjà pour qu’elle soit conforme aux nouvelles (dès 2021, normalement) normes anti-pollution européennes Euro 5. Et avec certainement comme autres changements le passage à un éclairage à LED, plus un nouveau visage, voire une augmentation de cylindrée. Mais tout cela n’a rien d’officiel pour l’instant.

comparo Z 650 MT-07
La rencontre entre les deux protagonistes, avec la Z 650 2020 à gauche.

Notre Z650, elle, vient des stocks de l’importateur Kawasaki, Fibag SA, qui déclare par la bouche de son directeur Freddy Oswald (avec un petit sourire): « Nous en avons encore disponibles pour la vente, et en quantités suffisantes ». Chez Fibag SA aussi, les chiffres ont atteint des records cette année. Rien que pour la Z650, troisième du marché cette année derrière la MT-07 et la grande soeur Z900 (Kawasaki), il y a eu 909 nouvelles immatriculations entre janvier et juillet 2020, contre 424 l’an passé sur la même période. Et la Z se trouve devant la célèbre BMW GS (R 1250), qui est un autre best-seller en Suisse.

Mais trêve de chiffres et de considérations de marché, il est temps de comparer! Nous avons pu rouler un peu plus longtemps sur la Kawasaki, mais notre test s’est concentré sur des conditions de roulage comparables entre les deux machines: trajets en ville, de ville à ville sur autoroute, et en campagne, sur des itinéraires avec des grands virages larges ou de petites épingles serrées, en roulant sur du bitume tour à tour lisse et neuf et vieux et bosselé. Avec en prime un petit tour sous la pluie pour la Z (pas pour la MT) et quelques kilomètres de nuit sur une route non éclairée. Nos deux testeurs sont le sous-signé, qui mesure 1m70, et Claude Bovey, qui est un peu plus grand.

Yamaha Kawasaki
Deux vissages bien différents (la Z 650 à gauche, la MT-07 à droite), mais un point commune, la finessse de ces motos.

La selle de la Kawa est toujours plus près du sol que celle de la Yam’, ce qui fait que les personnes de plus de 180 cm de haut auront probablement toujours de la peine à installer leurs jambes de manière confortable sur la Z650. On précise toutefois qu’il existe une selle plus haute dans la liste des accessoires, qui devrait au moins en partie résoudre cet éventuel problème. La position de conduite est plus de type Supermotard à bord de la MT, et plus du genre classique pour un roadster sur sa concurrente. Rien de neuf de ce côté-ci.

Ce qui l’est par contre, neuf, c’est le tableau de bord du Twin Kawasaki, tout en couleur. Il est même doté d’une fonction nuit ou jour qui s’adapte à la luminosité ambiante. Et il est bien lisible, avec les indications les plus importantes écrites en plus grand, et le régime de rotation du bicylindre parallèle clairement déchiffrable. Le seul renseignement qui peut peut-être manquer est la température de l’air (externe). On change d’affichage et on remet à zéro, ou l’on ajuste ce que l’on peut ajuster (comme par exemple le régime à partir duquel la shiflight commence à flasher pour vous indiquer de passer le rapport supérieur) avec les deux boutons placés en bas de l’afficheur.

Kawasaki Z 650
Le nouvel écran de la Z 650, très facile à lire.

Un module Bluetooth permet même à cet écran de se connecter à un smartphone (tournant sous iOS ou sous Android), et d’afficher par exemple un appel entrant ou un message reçu. Ou encore de sauvegarder l’itinéraire effectué, après coup, via l’application gratuite de Kawasaki, baptisée Rideology. Nous avons pu constater auprès de collègues journalistes que ce système, qui n’a pas toutes les fonctions que l’on peut trouver sur des motos plus haut de gamme, fonctionnait, lors de notre premier test en Espagne. Mais pas par expérience personnelle: notre iPhone est en effet d’un modèle trop ancien (iPhone 6) pour que la moto le détecte!

Yamaha MT-07
Le tableau de bord de la MT-07, sans couleur, est aussi bien lisible.

C’est aussi par deux boutons sous le tableau de bord que l’on navigue dans les indications du tableau de bord Yamaha, qui lui est gris et noir. Et qui contrairement à celui de la Kawa n’a pas de module Bluetooth permettant de le connecter à un smartphone. Mais sinon, il est tout aussi clair et lisible, ou presque. Et tout aussi complet, voire un peu plus (on a la température extérieure). Après quelques remplissages de réservoir d’essence sur notre MT-07 de test, il semble même que la jauge d’essence soit devenue plus précise. Merci Yamaha!

Au bout de seulement quelques mètres et deux ou trois virages, on s’aperçoit que les ingénieurs ont pas mal travaillé sur la sonorité de la Z650. Elle est clairement moins discrète que sa rivale, sans que ce qui sort de l’échappement ou qui entre à l’aspiration soit pour autant insupportable. Mais on l’entend mieux, c’est plus vivant que la MT-07, tant du point de vue (d’oreille?) du pilote que de celui du piéton rencontré en passant.

Yamaha MT-07
Le bras oscillant de la Yamaha est asymétrique, et en forme de banane sur le côté droit. L’échappement est très court et en position basse, presque sous le moteur.

Elle vibre par contre clairement plus que la Yamaha, malgré un travail fourni pour rendre le bicylindre en ligne Kawasaki plus fluide sur cette nouvelle version. Le choix de l’ordre d’allumage et la conception plus récente du Twin Yamaha sont de ce point de vue des atouts qu’il est difficile d’égaler. La Z650 peut en particulier énerver un brin quand on fait tourner son moteur de manière répétée et constante entre 4500 et 6000 tr/min. Ce qui veut dire par exemple sur l’autoroute à plus de 100 km/h en sixième. La solution, mais c’est peu naturel et ça consomme plus d’essence, est paradoxalement de rétrograder en cinquième!

Kawasaki Z 650
Forme de banane aussi pour la Kawasaki, et échappement encore plus compact, sous le moteur. Il n’est pas possible d’ajouter une béquille centrale. Le petit appendice noir et orange qui pendouille derrière le repose-pied passager droite est une prise USB!

Rien de tel à bord de la MT-07, qui semble par ailleurs disposer d’un peu plus de punch quand on veut accélérer. En analysant les courbes de puissance et de couple, dont nos confrères des magazines frères alémaniques Töff et Moto Sport Schweiz disposent pour ces deux motos, on voit que la différence objective n’est pas si évidente.

Yamaha MT-07
La MT-07 est très agile (au même titre que la Z 650).

Mais le fait que les premiers rapports de la z650 soient assez (ou même très) courts et les vibrations ont pour effet que l’on change naturellement plus souvent de rapport à son bord. Et que l’on a l’impression d’avoir moins de couple. Il y a bien une différence en termes de puissance maximale, mais elle n’est perceptible que tout en haut des tours, et ce n’est en général pas la plage utilisée sur route.

Un petit mot sur les boîtes de vitesses et sur les embrayages. Il est fort utile de pouvoir régler l’écartement non seulement du levier de frein de la Kawasaki (comme de la Yamaha), mais aussi de celui d’embrayage. Un petit plus par rapport à la concurrence, exactement comme la présence sur la Z 650 d’un anti-dribble, qui évite les ruades du train arrière lors de rétrogradages sauvages. L elevier d’embrayage de la MT-07 n’est pas du genre enclume, mais il demande un peu plus de force de la part du pilote.

Pour les deux motos, les passages des rapports sont simples et faciles, il n’y a pas de faut point mort, ni de défaut particulier à signaler.

Tant la Z que la MT sont des reines de l’agilité. Les changements de direction s’opèrent en un clin d’oeil avec très peu d’effort, les rayons de braquage sont bons et permettent de faire demi-tour sans stress sur n’importe quelle route. Ces deux motos ne sont pass pour autant trop nerveuses, et offrent pas mal de stabilité et surtout de précision directionnelle, que ce soit redressées ou sur l’angle.

Yamaha MT-07
Le phare arrière de la MT-07. Les deux « écopes » latérales ne sont pas des poignées de maintien destinées à un ou une passager/ère.

Le cadre en treillis de la Kawasaki a un petit côté sportif. Il est rigide et encaisse bien des freinages forts, des accélérations soutenues en sortie de virage ou le passage sur des irrégularités à bonne vitesse (les suspensions, elles, vous communiquent leur mécontentement si vous insistez trop en devenant sèches).

Kawasaki Z 650
En cherchant bien, on distingue un Z.

Le cadre de la Yamaha a lui aussi un petit côté sportif, mais semble moins rigide. Cela se traduit dans certaines situations par un peu plus de confort au guidon de la MT-07, dont les débattements de suspensions sont plus grands et qui transmet un peu moins les chocs à son pilote, et par un peu moins de rigueur.. Il s’agit le de nuances, pas de différences flagrantes. On note aussi que la selle de la Yam’ semble plus moëlleuse sur cette version 2017-2018 que sur celle que nous avions déjà comparée à la Kawasaki. Personne ne s’en plaindra tant la précédente était inconfortable au bout de quelques dizaines de kilomètres. Quant à sa concurrente, c’est presque le monde à l’envers, puisque nous avons ressenti un certain inconfort sur la Kawa au bout d’une centaine de km. Ils étaient peut-être dûs à la position un peu trop ramassée pour notre taille, en plus du peu de rembourrage de la selle, et au fait qu’on ne puisse que difficilement changer de position en profondeur quand on mesure plus d’un mètre 65. La selle passager est en effet clairement surélevée. et puis nous avons parcouru beaucoup plus de kilomètres d’autoroute lors de ce test que pour notre premier contact en Espagne. Et sur autoroute, on est toujours assis dans la même position.

En parlant de passager, c’est potable sur les deux, mais ce n’est pas idéal. La Z650 n’offre pas de poignée de maintien, et les espèces de petits longerons latéraux arrière de la MT-07 ne sont pas terribles non plus dans cette utilisation. Par contre le positionnement des repose-pieds est acceptable. Si vous voulez partir en vacances à deux, il faudra vraisemblablement trouver autre chose. Mais dans les deux cas on trouve des points d’attache utiles pour arrimer un bagage avec des sangles ou des élastiques.

Au freinage, la moto verte est plus mordante au premier tirer de levier, sans pour autant être piégeuse pour des motocyclistes moins expérimentés. Mais toutes deux freinent avec pas mal de force et d’endurance si on va plus loin (pour des conditions de route). Les ABS sont utiles, mais pas particulièrement subtils. C’est normal, pour cette gamme de prix (moins de 8000 francs). Et ils ne sont bien sûr pas désactivables. Les anti-patinage brillent par leur absence. Pas dramatique en tant que tel, ce n’est pas absolument nécessaire au vu de la puissance modeste de ces deux machines. Il faut tout de même savoir que les roues avant peuvent assez facilement lever si l’on est un peu brouillon avec l’embrayage et trop généreux avec la poignée des gaz. On arrive même encore à le faire en 3ème-4ème sur la MT-07, sans pour cela être un dieu du wheelie! Il n’est pas super facile de faire déraper le pneu arrière de la MT, car la traction est tout bonnement excellente. Cela peut arriver plus souvent sur l’autre moto. Et dans tous les cas, un contrôle de traction pourrait rassurer des pilotes débutants, qui sont souvent ceux qui se retrouvent au guidon de ce genre de machine.

La monte pneumatique d’origine de la Kawasaki, des Dunlop Sportmax Roadsport 2, sont efficaces, mais occasionnent parfois de petites glissades lorsque la chaussée est mouillée ou sale. Rien de bien dangereux, et c’est rattrapé avant que l’on s’en aperçoive. Sur la MT-07, le Bridgestone Battlax ST023 sont eux aussi sujets à ce genre de phénomène, qui peut être légèrement accentué par un peu plus de jeu dans les suspensions. Là non plus rien de vraiment dangereux, et cela ne se produit qu’en roulage assez sportif sur un revêtement un peu glissant.

Comparo Yamaha Kawasaki
La Yamaha MT-07 et la Kawasaki Z 650 sont des motos faciles et fun qui conviennent autant aux débutants qu’aux pilotes plus expérimentés. Et en plus elles ne sont pas très chères, avec des prix à partir de moins de 8000 francs.

On note que les suspensions Yamaha offrent un peu plus de réglages (dont la détente à l’arrière) que celles de la Kawasaki, depuis la mise à jour du modèle en 2017, et qu’elles sont plus fermes que le premier réglage de base adopté sur le tout premier modèle.

Enfin les virées nocturnes seront un tantinet plus agréables à bord de Miss Kawasaki, avec son projecteur blanc entièrement à LED parfaitement réglé. A comparer avec la lueur un peu moins éclatante qui émane du phare avant à ampoule de la MT-07. Notez bien qu’il est à peu près certain que ce dernier point sera corrigé sur le millésime 2021 de la Yamaha.

Quant à l’autonomie avec un plein, elle dépasse dans les deux cas les 320 km, avec un petit avantage à la MT-07, qui a consommé 3,97 l/100 km durant notre test, contre 4,56 l/100 km pour la Z 650. Les contenances des réservoirs étant assez similaires (14 et 15 litres).

Ces deux motos se sont montrées extrêmement faciles à piloter, et elles provoquent encore immanquablement le sourire sur le visage de toute personne qui les essaie, même si leur puissance est par définition limitée. Mieux, une somme de petites améliorations apportées à l’une comme à l’autre fait qu’il est encore plus difficile de les départager. A vous de voir si vous préférez l’esthétique Sugomi chère à Kawasaki, ou si vous craquez pour la face sombre du Japon (The Dark Side of Japan), le slogan Yamaha pour toute la famille MT!

Photos: DR

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - 51 ans, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes.

Commentaires1 commentaires

1 commentaires

  • JONZIER

    Excellent test comparatif à mon goût. Mais un poil trop long. Toutefois il y a tellement de choses à dires sur ces 2 excellentes motos. BRAVO

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