Essai – Triumph Bobber 1200, un style intemporel
Test Triumph

Essai – Triumph Bobber 1200, un style intemporel

Cela faisait un bout de temps que je la guettais. Mais elle s’était inlassablement dérobée à moi. Question de timing. De disponibilité. De priorité. La Triumph 1200 Bobber avait toujours réussi, pour une raison ou pour une autre, à m’échapper. Mais avec un modèle 2021 légèrement revu, l’occasion était parfaite. Pour enfin l’essayer. Et avec elle, découvrir une forme d’intemporalité.

La Bonneville est un mythe. Née dans les sixties sur le lac salé du même nom (USA), elle est – historiquement parlant – plus jeune que votre essayeur du jour. Disparue à la fin des années 1980, puis ressuscitée au 21ème siècle, elle fait désormais partie du patrimoine culturel du constructeur qui, bien conscient de l’image populaire qu’elle renvoie, lui consacre une bonne partie de sa gamme «Modern Classic», avec de nombreuses variations, dont le Bobber qui fait l’objet de cet essai. Ou comment allier les valeurs de la marque avec le minimum de technologie pour l’ancrer définitivement dans le paysage motocycliste moderne.

Bobber

Un grand écart loin d’être évident. Mais un grand écart dont le Bobber, disons-le d’emblée, se sort avec les honneurs. En permettant à son pilote d’affronter le quotidien avec style.

Un style qui fait mouche

J’aime les machines dont l’esthétique est soignée. Bien sûr, les qualités dynamiques sont l’essence d’une moto. Mais pour me plaire, elle doit avoir ce petit «truc» en plus qui fait que je me retourne après l’avoir béquillée. Pas pour me rassurer qu’elle soit encore là. Mais parce que «P… qu’est-ce qu’elle belle !» (note de l’auteur : ce propos n’engage que moi). Ok, c’est un réflexe un peu primaire, mais j’assume cette forme d’amour irrationnel qui nous lie, ma bécane et moi. Et s’il lui manque tout de même un petit quelque chose pour remplacer la Rocket 3 qui trône dans mon garage (genre le double de centimètres-cubes, à tout hasard), la Triumph Bobber 1200 serait tout à fait capable de remplacer sa «grosse» sœur, tant les émotions qu’elle procure sont à même de me transporter – au sens propre comme au sens figuré.

Bobber

Une finition haut-de-gamme

La Triumph Bonneville 1200 Bobber 2021 (son nom de scène complet) est une moto qui se positionne comme un art de vivre, et pas comme un simple moyen de locomotion. Belles pièces et traitements de matière soignés sont la norme ici. La finition de la moto frise la perfection, comme souvent sur les machines de la marque. La moindre pièce a fait l’objet d’une attention particulière pour coller avec la philosophie du Bobber, des échappements droits filant sous la moto au logo de la marque apposé en relief sur le réservoir métallique, en passant par le compteur fièrement badgé « Bonneville ».

Triumph bouchon
Le bouchon de réservoir est chromé, mais n’est pas monté sur charnière.

Avec une mention particulière pour la selle, suspendue dans le vide et conférant à la Bonneville Bobber 1200 son style unique. Symbole d’égoïsme à l’état brut, elle semble vous tendre les bras pour profiter d’un plaisir solitaire, sans place pour une culpabilité malvenue. En alu brossé pour sa partie inférieure, elle se pare d’une plaque en laiton gravée d’un logo «Triumph» du plus bel effet et d’un cuir aux surpiqûres soignées pour la partie supérieure.

Triumph selle
Aucun duo possible, même en option, pour le Bobber 1200.

Le genre de détails dont regorge le Bobber 1200, et qui vous fera inéluctablement tomber sous son charme.

Les pneus typés «Bobber» (16 pouces et 130 mm de large à l’avant) associés à une ligne tout en finesse lui donnent un certain charme qui ne devrait pas laisser insensibles les amateurs du genre. Invariablement classique dans sa forme, le Bobber 1200 réussit tout de même son entrée dans le 21ème siècle en proposant deux modes moteurs («Road» et «Rain»), un ABS et un système anti-patinage, ainsi qu’un pratique régulateur de vitesse. Seule concession visible à la modernité, des feux LED avec un éclairage de jour de toute beauté, et un compteur à aiguille avec une fenêtre LCD.

Triumph phare
La signature visuelle ancre le Bobber 1200 dans l’ère moderne.

On a aussi une injection revue et corrigée, pour permettre au Bobber d’être homologué en 2021 (normes antipollution Euro 5), en conservant malgré tout son look «à l’ancienne». Et, pour cette nouvelle version Euro 5 de 2021, un train avant avec deux disques de frein qui étaient jusqu’ici l’apanage de la variante « Black » du Bobber (lire notre essai en Espagne), par opposition au Bobber standard – il n’y a plus aujourd’hui qu’une seule version, qui est celle que nous avons essayée.

Quelle finesse!

Enjamber la moto force à prendre le pli d’une position qui me semble au premier abord peu naturelle. Les bras sont tendus, le buste est droit… et les jambes aussi. J’ai comme l’impression d’être assis sur une chaise, avec les bras projetés en avant… mais on s’y fait assez vite. En réalité, la première chose qui me surprend est l’étroitesse du réservoir. Je suis certes mal habitué (cf. la Rocket 3 mentionnée plus haut) mais dieu que le Bobber 1200 est fin. Rien de négatif dans cette constatation, mais il est un peu déstabilisant de ne rien avoir – ou presque – à serrer entre les jambes.

Descendant d’une Triumph Speed Triple 1200 RS (dont l’essai est à retrouver ici) au moment de récupérer le Bobber, mes repères sont quelques peu chamboulés. Bien sûr, la position de conduite radicalement différente et la hauteur de selle (de seulement 690 mm) n’ont rien à voir avec les dimensions du roadster hyper affûté de la marque. Mais la finesse du réservoir est presque perturbante. Pourtant, ce dernier a sensiblement pris du volume par rapport au modèle précédent, passant de 9 litres à 12. Il va donc plutôt falloir travailler les appuis sur les cale-pieds pour négocier les virages. Enfin… c’est ce que je pense au moment de démarrer le Bobber.

Triumph moteur
La clé de contact prend place sur le côté droit de la moto.

Première étape: trouver le contacteur. Fini le système Keyless, retour à cette bonne vieille clé. Et à un contacteur latéral, comme sur les machines d’époque. Une particularité qui donne du charme à l’engin, même s’il faudra faire attention de ne pas oublier la clé sur le côté en s’éloignant.

Commodos épurés

Les commandes du Bobber 1200 tombent facilement sous la main et sont d’une désarmante simplicité. Alors que l’électronique rajoute d’innombrables réglages sur nos motos actuelles, avec une multiplication des fonctions, une telle sobriété est bienvenue. Un bouton pour le régulateur de vitesse (et un seul!), un autre pour switcher entre les deux modes moteur, et un dernier pour faire défiler les infos au tableau de bord. Et c’est tout.

Triumph commodo
La simplicité des commandes est appréciable, tant pour le style que pour l’ergonomie. Dommage cependant qu’elles ne soient pas rétro-éclairées.

Le compteur fait également preuve d’une certaine sobriété. C’est sans doute mon âge avancé, mais quel plaisir de retrouver un compteur à aiguille en 2021. Pas d’écran TFT en couleur ici, mais une simple lucarne LCD située dans le bas du compteur, avec une jauge à essence et un indicateur de rapport engagé. Et qui distille à tour de rôle les infos souhaitées: heure, régime moteur, état du contrôle de traction (il est désactivable), kilométrage total, deux trips partiels, indicateurs de consommation moyenne et instantanée, ainsi que du kilométrage restant avant réserve. Encore une fois, c’est simple et efficace.

Triumph écran
La différence entre les modes « Road » et « Rain » est peu perceptible à l’usage.

Ce compteur, qui allie à la perfection tradition et modernité, se pare à la nuit tombée d’un éclairage blanc qui lui donne beaucoup de classe.

Sonorité envoûtante

D’une pression sur le démarreur, le moteur vrombit. La musicalité du twin parallèle est parfaite, sorte de pulsation sourde offrant une sonorité bien ronde qui colle parfaitement à l’esprit de la moto. Tout comme les petites détonations intempestives lors des phases de rétrogradage. A l’heure où nos motos sont de plus en plus étouffées par les normes antipollution, il convient de souligner le travail des ingénieurs britanniques, qui nous livrent ici un Bobber doté d’une acoustique excellemment équilibrée, qui participe grandement au plaisir de pilotage.

Bobber
La mélodie des silencieux biseautés est un régal pour les oreilles du pilote.

Un moteur qui a du punch

Si la fiche technique peut laisser craindre une motorisation potentiellement anémique, soyez rassurés. Le bicylindre parallèle de 1200 centimètres cubes n’a beau développer que 78 chevaux, jamais l’impression de manquer de puissance ne se fait ressentir. Le couple de 106 Nm, disponible à seulement 4000 tr/min, offre de belles sensations et tracte avec vigueur quel que soit le rapport engagé.

Ce twin regorge de vie et offre de belles sensations! Avec le Bobber 1200, une escapade sur nos belles routes helvétiques se révèle être un pur plaisir… pour autant que celle-ci soit ponctuée de pauses régulières. J’y reviendrai.

Le freinage est confié à deux disques de 310 millimètres de diamètre, pincés par des étriers Brembo à fixation axiale à deux pistons. S’il ne brille pas par son mordant, il délivre suffisamment de puissance pour stopper efficacement les 251 kilos tous pleins faits du Bobber 1200. J’aurais toutefois apprécié une attaque plus incisive dans les phases de pilotage un peu plus sportives, d’autant plus que la partie-cycle se montre étonnamment précise vu les dimensions de pneumatiques.

Garde au sol… limitée…

Lorsque le rythme augmente, la seule limitation provient des… reposes-pieds. La garde au sol est vraiment faible et on se retrouve vite (mais vraiment) à faire frotter les cale-pieds, que ce soit dans des grandes courbes ou des épingles serrées. Et l’on peut se faire surprendre par un «Skriiitch» révélateur sur un simple virage à 90° en centre-ville.

Bobber

Sur les 530 kilomètres de cet essai (en usage mixte comprenant un peu d’autoroute), la consommation vérifiée s’est établie à 5,3 l/100. Ce qui permet d’envisager des étapes théoriques d’un peu plus de 200 kilomètres. Mais dans les faits, les arrêts seront souvent plus rapprochés. Pour une pause photo bien sûr, tant le Bobber 1200 pousse à se faire immortaliser. Mais pour votre confort surtout. Les suspensions (non réglables) sont en effet un peu sèches et arrivent souvent en butée sur les grosses compressions (en prenant en compte la centaine de kilos de votre essayeur du jour, bien sûr).

Bobber

La selle, de prime abord accueillante, se révèle au fil des kilomètres un peu moins confortable que prévu. De par sa forme, qui aura tendance à faire remonter la masculinité du pilote (si c’est un homme) de façon peu agréable. Et qui pourra rapidement donner l’impression de scier vos cuisses, après plusieurs centaines de kilomètres cependant. Question de morphologie évidemment, et à chacun d’apprécier selon ses propres critères.

Une affaire de style

Voilà précisément l’essence de la Triumph 1200 Bobber. Une Bonneville à l’esthétisme épuré et aux finitions de haut-vol, mais qui exige en contrepartie certaines concessions de la part son pilote. Bien sûr, elle aura tendance à frotter un peu vite dans les épingles. Bien sûr, elle exigera un peu d’anticipation dans les phases de freinage. Bien sûr, elle vous tassera un peu les vertèbres en cours de route.

Mais on lui pardonnera facilement ces petits écarts tant son moteur enjoué, sa sonorité et son style inimitable sont capables de vous emporter dans une autre dimension. Celle où vous chevauchez un mythe solidement ancré dans un patrimoine motocycliste riche en histoire… et en émotions. Et ça, ça n’a pas de prix.

Bobber

Le Bobber 2021 est disponible de suite, au prix de 15620 frs dans ce coloris Matt Storm/Grey Matt Ironstone. Comptez 400 frs de moins pour la version «Jet Black», plus simplement de noir vêtue. Plus d’infos sur le site de Triumph Suisse, et chez nos partenaires de l’annuaire des professionnels Triumph Lausanne, à Crissier, et Triumph Fribourg, à Sâles.

Photos: Mathias Deshusses

Article mis à jour le 21 août 2021 à 07:57

Auteur

Mathias Deshusses

Mathias Deshusses

38 ans, genevois et sur deux-roues depuis toujours. Roule sur une Triumph Rocket 3 et une KTM 390 Adventure. Aime par conséquent les machines à grosses sensations, mais aussi s’aventurer hors des sentiers battus. Est autant à l’aise avec un guidon qu’avec un appareil photo entre les mains.

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