Le Hard Alpi Tour, 520 km en 24 heures
Aventure

Le Hard Alpi Tour, 520 km en 24 heures

Quatre motards venus de Suisse romande se sont inscrits à la variante « Classic » de ce rallye routier amateur reliant San Remo à Setrière, en Italie. Plus de 70% du parcours est situé en tout-terrain. Et dans cette variante, on roule non stop du samedi au dimanche, y compris la nuit. Didier Martin l’a fait au guidon d’une Yamaha Ténéré 700 toute neuve, ses trois coéquipiers du team ActuMoto roulaient sur des Honda Africa Twin et sur une BMW R 1200 GS.

Il y a quelques mois de cela, je regardais mon FB et je suis tombé sur une vidéo avec d’incroyables images des Alpes italiennes en fond d’une course de moto off-road. Je reste rivé devant mon écran tellement c’est beau. Du coup je me renseigne sur cet évènement: il s’agit du Hard Alpi Tour (HAT), une randonnée off-road par équipes qui relie San Remo à Sestriere par des pistes en mode marathon. Je réfléchis au moins… 3 minutes et je me dis : «Départ il faut que je trouve une équipe.»

En un rien de temps Roberto et Silvano en Honda Africa Twin 1000 et Jean avec sa GS 1200 viennent me rejoindre dans l’équipe ActuMoto.ch pour faire le HAT. Ok, ça c’est fait. Il faut que je me prépare pour cette aventure et au moment de préparer ma moto je reçois une super nouvelle: l’importateur Yamaha Suisse me prête une toute nouvelle Ténéré 700 pour y aller ! Quoi de mieux qu’un trail de moyenne cylindrée avec une roue de 21 pouces à l’avant pour partir à l’assaut d’un marathon off-road? Pour ce HAT, j’ai équipé la T7 de sacoches Enduristan Blizzard M étanches, d’une contenance de 17 l chacune. Elles m’ont permis de prendre ma trousse à outils, un rouleau de scotch américain, un autre de PQ, une trousse de toilette, une tenue de pluie, mes affaires de rechange et deux chambre à air renforcées. J’avais aussi un sac à dos Enduristan Hurricane de 15 l avec hydro pack pour mes gants, lunettes, pull thermique de rechange, et une barre de céréales, plus un sac réservoir Sandstorm 4 d’un volume de 3,5 l pour le téléphone, la GO Pro,  les câbles et le porte-monnaie. Tout cette bagagerie de qualité supérieure m’a permis d’avoir tout ce qu’il fallait avec moi, au sec, à portée de main et facile d’accès.

Vendredi matin, départ pour San Remo à 6h du mat’ de Lausanne, pour 570 km de route via le col du St-Bernard, ce qui nous a permis de voir la première neige de la saison et d’affronter la température déjà hivernale tout en haut. La pluie, qui nous accompagnera sur le reste du parcours, ne nous empêchera pas d’être impatients et excités par l’aventure qui nous attend.

San Remo
Arrivée à San Remo. Il ne pleut plus.

Enfin arrivés, nous nous dirigeons au contrôle administratif: tout est fait en 20 minutes. Nous voilà au bord de la mer dans cette ambiance de rallye raid avec des motos de tous styles, du dernier modèle de série à des motos préparées comme pour faire le Dakar, en passant par des bécanes de plus de 30 ans. Je ne sais plus où regarder tellement il y a de belles machines.

Hard Alpi Tour 2019
Le briefing du soir d’avant pour les pilotes, au casino de San Remo.

La soirée d’ouverture de la course a lieu au Casino de San Remo. Après la présentation des principaux sponsors, Yamaha et Enduristan, le départ de la catégorie extrême clôture le show, à 23h. Excités comme des gosses, nous allons nous coucher, impatients d’être à demain pour à notre tour prendre le départ.

Départ du Hard Alpi Tour Classic samedi à 13h30

Samedi, nous voici prêts à partir, motos chargées. 13h30, c’est notre tour. On monte sur le podium de départ et Goooooo! Ce départ dans le style rallye raid a été un moment fort. La sortie de la ville se fait tranquillement par des petites routes résidentielles qui nous offrent une superbe vue sur la ville.

San Remo
Le départ des pilotes participant à la variante Extreme du Hard Alpi Tour 2019, vendredi soir à San Remo. Comme au Dakar, ou presque.

Directement à la sortie de ladite ville, le tout-terrain commence par un magnifique petit chemin, et quelques passages techniques qui nous annoncent que ça va être long et dur jusqu’à Sestriere. Petit tankage de Jean avec la GS, qui se règlera avec l’aide de deux filles (eh oui) et un peu de disque d’embrayage en moins.

Plus loin, je m’arrête pour ramasser une veste que je rendrai à un participant qui l’avait perdue et qui se demandait comment il allait faire pour survivre la nuit à 2500 m d’altitude sans cet accessoire. Du coup, on contrôle nos bagages à chaque arrêt, nos paquetages étant mis à rude épreuve. Sur tout le week-end, la bagagerie Enduristan ne bougera cependant pas d’un pouce.

16h30, premier ravitaillement

Premier ravitaillement sur la place de fête d’un petit village où nous sommes arrivés en traversant un pont romain. Les dames du village nous avait préparé des gâteaux maisons, choux à la crème, thé, café etc. Attention de ne pas se laisser aller sous peine de ne plus fermer la veste en partant tellement tout était bon. Et c’est reparti. Les paysages aussi beaux qu’incroyables nous sautent à la figure les uns après les autres et là, je me dis que j’y suis, plus derrière mon écran à regarder une vidéo, mais pour de vrai.

Voilà quelques heures que nous roulons. Je commence à avoir la T7 bien en main. La moto est facile avec son moteur hyper souple qui reprend à 1200 tours sans taper et qui permet des sorties d’épingle en douceur, ce qui ménage son conducteur. Elle tourne dans un mouchoir de poche, le châssis est agile et précis, les suspensions sont de bonne facture. Elles font le job en mode randonnée rapide, mais elles trouveront leur limite en mode enduro. Comme ce n’est pas son créneau, on ne leur en voudra pas. La pluie vient nous accompagner le temps d’une montée sur un chemin caillouteux qui devient une patinoire, avec d’un côté la roche et de l’autre le vide. Le rythme est prudent jusqu’à la cîme, et nous sommes récompensés par une vue magnifique avant que le brouillard ne vienne tout recouvrir.

Hard Alpi Tour
La piste est glissante, et à gauche, c’est le vide… photo d’un autre concurrent.

Froid, pluie, brouillard, soleil, chaleur: les conditions sont extrêmes, mais je suis bien protégé de toutes ces variations climatiques par ma veste IXS Montevideo, à la fois résistante au froid, imperméable, et qui a de grandes aérations quand il fait chaud. Les poches sont faciles d’accès, pratiques et bien disposées. Et cerise sur le gâteau, elle est belle!

20h, la nuit tombe

Au détour d’un fort de montagne, un nouveau paramètre vient pimenter ce Hard Alpi Tour 2019. La nuit arrive et nous transporte dans une autre dimension. Je vous laisse imaginer: rouler au milieu de pistes de ski en pleine nuit, avec cette impression d’être seuls au monde avec vos 3 coéquipiers. Le rythme s’adapte automatiquement, la prudence et la concentration sont à leur maximum et le plaisir est indescriptible. Un sentiment de liberté m’envahit et me permet d’aligner les kilomètres sans ressentir de fatigue.

Hard Alpi Tour
La nuit arrive et il ne fait pas chaud. Mais le moral est bon.

Voilà 8h que nous roulons. Tout se passe bien. Après un nouveau ravitaillement avec un souper chaud, nous reprenons la route sous une pluie battante pour attaquer le dur: la nuit. Je ne sais pas si nous sommes prêts, si nous allons y arriver. Pourtant, nous n’avons pas une hésitation. A la lueur de nos phares, l’équipe ActuMoto.ch reprend la route sur son rythme de croisière. Le chemin se rétrécit pour devenir un single qui serpente entre les arbres. Avantage de la nuit: les montées techniques sont moins dures, cars il y a plein de trucs qu’on ne voit pas! Du coup, tout passe mieux, et avec un coup de gaz. Je suis bien aidé par l’éclairage de la T7 qui est très bon. Dans une petite épingle serrée, la GS décidera de faire une petite pause et de s’arrêter, posée sur un cylindre, sans mal pour Jean qui repartira aussitôt. Les km défilent et la fatigue commence à se faire sentir.

Minuit trente, déjà dimanche, l’heure de la sieste

Lors d’une portion de liaison sur une grande route, je me rends compte que je n’arrive plus à rouler droit! L’équipe s’arrête et en mangeant une barre de céréale, je lance l’idée d’une turbo-sieste. Jean a l’air d’accord vu qu’il dort déjà. Nous voilà couchés à même le sol, avec les gants comme oreiller, partis pour 15 minutes réparatrices.

Hard Alpi Tour
La turbo-sieste version Hard Alpi Tour. En pleine nuit et par terre.

Et l’on repart. Il est minuit trente passés et les chemins n’attendent que nous: montées, descentes, gravier, terre, boue, pierres, tout y est et je me régale.

Au détour d’une ruelle dans un village, nous arrivons à un nouveau ravitaillement. Les participants au HAT Extrême ont colonisé le restaurant pour en faire un dortoir. A l’intérieur, un ronflement général accompagne les pilotes couchés à même le sol en mode récupération; ils sont déjà à 26h de course! A l’extérieur, l’ambiance entre pilotes du Classic est calme. On discute et échange ses sensations, on rigole et partage cette expérience avec la même passion de la moto. Les visages commencent à être marqués par la fatigue mais les yeux restent pleins d’étincelles. Un café, un sandwich, et c’est reparti pour ce qui seront les plus belles heures, mais aussi les plus dures. Nous prenons les motos et attaquons la nuit, la vraie. Les chemins se succèdent, montées, descentes, c’est reparti pour ce que je suis venu chercher au Hard Alpi Tour: le dépassement de soi au travers de ma passion. Comme une machine, je roule à la lueur de mon phare avec un œil sur mes coéquipiers, qui suivent dans le même esprit. Les heures défilent : 3h, 4h, 5h… l’adrénaline nous fait avancer. Le rythme est bon, on garde une marge de sécurité qui nous permet de rouler quasi non-stop. Cette partie de la course restera ma préférée pour cette sensation extrême de liberté et de fusion entre la moto, la nature et moi.

6h15, l’aube point

L’aube fait son apparition en même temps que la pause petit-déjeuner. La fatigue se fait sentir au point que je m’endors assis à table. Turbo-sieste derechef, et «go» pour la partie du tracé qui va nous emmener entre 2500 et 2700 m d’altitude. Je regrette de ne pas avoir des poignées chauffantes, mais dès que nous sortons de l’ombre de la montagne, le soleil vient nous réchauffer et nous offre une vue à couper le souffle.

Sestriere
Oui, c’est bien lui, le col de l’Assiette (traduction de l’italien).

A 10h du matin, nous commençons à (re)descendre en suivant le tracé d’une piste de ski. Au fond de moi, je sens la fin qui approche et du coup les sentiments se mélangent dans ma tête: « Yesss! j’y suis arrivé sans casse sans bobo, mais attention il reste encore 30km. » Ou au contraire « Mince! il ne reste que 30 km de cette incroyable aventurem je n’ai pas envie que ça s’arrête déjà. » Tout cela et la fatigue accumulée me fontt passer par des émotions fortes qui, je crois, ne peuvent être ressenties qu’en vivant des épreuves où nous devons aller chercher au plus profond de nous toute l’énergie qui reste afin de nous dépasser.

Hard Alpi Tour
Le soleil se lève dimanche.

Sestriere, le bilan du Hard Alpi Tour

Voilà Sestriere avec son arche d’arrivée et son ambiance plutôt calme. Il y a des pilotes qui dorment dans tous les coins. On descend des motos, tous fiers d’être là avec nos fidèles montures qui n’ont pas eu un moment de faiblesse, sans vraiment nous rendre compte de ce que nous venons d’accomplir. C’est en faisant les additions que nous réalisons que nous avons tous repoussé nos limites lors de ce Hard Alpi Tour 2019, chacun à notre niveau.

Vendredi: Lausanne – San Remo, 500 km, 6 h

Samedi- Dimanche: San Remo – Sestriere, 520 km, 24 h

Dimanche: Sestriere – Lausanne, 300 km, 4 h.

Ce qui fait un petit week-end a 1320 km, et 35 heures de moto dont 28 d’affilée!

Je retiens de cette aventure que regarder les images sur FB, c’est bien, mais se lancer et vivre soi-même son aventure, c’est mieux et c’est à la portée de tout le monde. A vous de jouer!

Photos: DR
Article à paraître sous une autre forme dans le magazine Moto Sport Suisse

Commentaires2 commentaires

2 commentaires

  • MCHR

    Magnifique résumé !

    • Jérôme Ducret

      Bonjour et merci.

      Je vais transmettre à l’auteur.

      Jérôme Ducret, rédacteur responsable

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