Notre Hardalpitour Extreme 2020
Rallye offroad

Notre Hardalpitour Extreme 2020

Cette année encore, ActuMoto a pris part au grand événement moto italien (et de plus en plus international) qu’est le rallye touristique Hardalpitour. Et pour changer un peu, notre équipe de pointe a choisi la formule « Extreme »: plus de 900 km de pistes et de chemins (et un tout petit peu de route) de Sanremo à Sestriere. A effectuer en 48h.

Qui n’a jamais voulu participer à un évènement qui porte la qualification d’«Extreme»? Ben pas moi ! D’abord il y a eu le Hardalpitour (en court, HAT) Classique, un évènement qui me faisait rêver auquel j’ai pu participer en 2019 (lire notre article), m’ouvrant du coup les portes de la version Extreme 2020: plus de 900 km de moto avec 70% d’off-road en mode marathon, 42 h environ, pour rallier Sanremo à Sestrières en Italie.

D’abord, il a fallu trouver deux autres pilotes pour créer l’équipe. Parce que l’événement se fait en équipes de trois. J’ai facilement convaincu Roberto, qui avait fait le HAT Classique en 2019 avec moi. Il est armé d’une Africa-Twin Adventure 1000, dans sa variante Adventure Sports plus haute et avec un gros réservoir. Une moto grosse, lourde, mais confortable et extrêmement bien équilibrée qu’il mène facilement avec son physique de triathlète.

Francisco fut le troisième pilote à rejoindre notre team Actumoto Extreme 2020. J’ai découvert pendant cette aventure qu’en fait Francisco est un cyborg envoyé sur terre pour nous rappeler qu’il y a plein de besoins que nous croyons essentiels et en fait dont on n’a pas besoin. Par exemple, on croit toujours qu’on a besoin de dormir, manger, boire, s’arrêter ou rouler doucement. Eh bien NON!!! on n’a pas besoin de tout ça, en tous cas pas lui. C’est là que j’en ai déduit que c’était un hybride homme-machine. En plus, il roule sur une KTM 950 enduro R. Le truc fait pour les bûcherons autrichiens d’ 1,95 m et 110 kg. Et lui, il fait 1,68 m. En ce qui me concerne, j’ai mis toutes les chances de mon côté en partant avec une KTM 690 enduro R, équipée d’une tête de type rallye et de puissants phares à LED.

Extreme 2020
L’équipe ActuMoto Extreme sur le podium de départ, vendredi peu avant minuit. De gauche à droite, Roberto, Didier et Fancisco.

Après une minutieuse préparation, finie largement à l’avance comme d’habitude (le jour avant le départ), me voilà prêt pour une nouvelle aventure. En selle, un jeudi matin, pour les 7 heures de route vers Sanremo, où nous arrivons en soirée. A vitesse contenue. Je profite d’une bonne nuit de sommeil. Et le vendredi sera une journée tranquille entre repas, inscription et baignade dans la mer pour nous amener à la sieste d’avant départ.

Extreme 2020
Un trio de Yamaha Ténéré 700 sous la bannière de Hostettler Motos Sion, prêtes au départ à Sanremo.

Vendredi, 23 h, le départ est donné en mode rallye-raid sur le désormais traditionnel podium. C’est toujours un grand moment: tout y est, avec lumière, musique, interviews et photographe pour vivre un moment unique.

Après 20 minutes de route pour sortir de la ville, nous voilà directement dans un « single » (chemin étroit) bien engagé. Le ton est donné, ça va être bien dur. Je me mets dans le rythme et commence à mettre du gazzzz, mais Roberto, qui n’a pas beaucoup rouler cette année, galère un peu avec son monstre. Ça ira mieux quelques kilomètres plus tard, une fois l’Africa Twin par terre et la première (et dernière) raie faite.

Extreme 2020
L’équipe Extreme en train d’attendre 5 h du matin et l’ouverture de la « route » qu’ils doivent emprunter.

L’équipe trouve alors sa vitesse de croisière. J’ouvre la trace, comme j’ai le meilleur phare, et nous nous enfonçons dans une douce nuit de roulage en tout-terrain. Minuit, 1h, 2h, 3h, 4 heures du matin… nous voilà arrivés à un point ravitaillement (ce qui veut dire qu’on y mange et qu’on y boit), qui est en même temps un point ayant une barrière horaire n’ouvrant qu’à 5h, pour des raisons de sécurité. On va en profiter pour gonfler les matelas et dormir à la belle étoile, une bonne heure. Réveillé par un frisson, je regarde l’heure et vois qu’il est passé 5h. Nous pouvons reprendre la route, pardon, je voulais dire nous pouvons reprendre la piste. Roberto se réveille aussi et Francisco, ben lui, il est déjà prêt…

Extreme 2020
Le premier lever de jour sur le parcours Extreme, samedi à l’aube.

Nous voilà projetés dans un des plus beaux moments que nous allons vivre. Je vous laisse imaginer: une piste caillouteuse qui serpente sur un flanc de montagne, avec courbes et épingles qui s’enchaînent, tout en regardant les montagnes qui se découpent dans la lueur du lever de soleil. Ce moment restera gravé dans ma tête et à tous ceux qui me demanderont pourquoi je fais ce genre d’évènement, je répondrai que c’est pour vivre ces instants-là qui ne durent certes que 5 à 10 minutes, mais qui vous donnent une impression de liberté intense et vous laissent des images uniques.

Une fois le jour bien levé, je peux passer la main à un autre membre de l’équipe pour s’occuper de la navigation. Même si c’est une trace GPS à suivre, c’est assez fatigant de naviguer, d’ouvrir et de donner le rythme en même temps. Voilà pourquoi je prends une pause à l’arrière, ce qui me permet de lever les yeux et de m’émerveiller devant les magnifiques paysages qui défilent devant nous.

Extreme 2020
Francisco en contemplation. On ne voit pas sa structure interne de cyborg.

C’est un mélange entre montagne sauvage en altitude, forêts très denses en moyenne montagne et quelques retours à la civilisation dans les plaines. Nous passerons de l’un à l’autre toute la journée, avec des portions de petites routes de montagne. Nous ferons face à un petit problème de ravitaillement en essence à cause d’une station fermée. Pas de panique, nous siphonnerons l’Africa Twin, qui fait office de tanker pour l’équipe, pour donner quelques litres à la KTM de Francisco.

Samedi, 14h. Après 16 heures sur la moto, nous allons devoir mettre un peu de rythme pour ne pas louper l’entrée de la Route du Sel qui ferme à 17 h. Du coup, on se reposera plus tard!

16h20. Nous entrons sur cette fameuse Route du Sel. Une piste de 30 km qui serpente entre 1800 et 2100 mètres d’altitude sur les crêtes entre la France et l’Italie, reliant Limone Piemonte à Monesi de Triora. Limitée à 20 km/h, cette piste caillouteuse et spectaculaire est assez fréquentée, à juste titre au vu des paysages incroyables qu’elle propose. Il y a même des endroits où j’aurai le vertige, ce qui m’obligera à rouler très, très tranquillement. Nous finirons ce passage avec un café et une belle tranche de gâteau, histoire de reprendre quelques forces pour finir la journée.

22 heures de moto. La nuit montre le bout de son nez. Malgré une certaine fatigue, nous décidons de manger et de continuer à rouler jusqu’à la nuit complète, pour trouver ensuite un endroit calme en plaine pour dormir sans avoir froid. Au détour d’un petit chemin, nous quittons l’itinéraire et nous installons dans une impasse, bien protégés par des buissons. Ce sera un petit nid tout douillet histoire de bien récupérer avant d’attaquer la deuxième nuit.

23h ou minuit, je ne sais plus trop. C’est reparti dans l’obscurité. Nous sommes bien reposés. Je reprends les commandes. Entre chemins caillouteux et petits singles techniques, je me régale sur ma 690 et ses 150 kg. Je m’offre même une spéciale en mode gros gazzz. Enervé, seul au monde dans une nuit douce au clair de lune, entre murets, ravins… et sanglier!!!! oui, oui un gros, très gros sanglier, qui avait l’air de trouver le spectacle amusant.

Hardalpitour
Les fameux ravitaillements du Hardalpitour! Avec le Covid-19, les règles ont un peu changé, par les quantités.

Une bosse, deux bosses, la troisième me fera faire un peu d’huile dans le casque, ce qui me rappellera que la route est encore longue et que ce n’est pas un épreuve d’enduro mais d’endurance, et que l’objectif est d’arriver au bout.

Je récupère mes compagnons, et je vois devant moi des plaques suisses. Mais oui, c’est l’équipe ActuMoto Classic, facilement reconnaissable, avec Jean qui roule sur sa GS avec top-case! Eux, ils ont 24 heures pour effectuer 580 km.

KTM 950 Enduro R
Des paysages de rêve, encore et toujours pour ce rallye italien devenu international.

Une photo de groupe, deux ou trois récits et nous voilà repartis dans un joli pierrier en descente, qui sera suivi par un magnifique sentier parsemé de boue, que du bonheur!

Le moment le plus dur de l’Extreme 2020

Plus tard, nous aurons affaire au passage le plus dur de cette aventure: un pierrier en montée, qui avait l’air de faire environ 100 mètres, rien de trop terrible. Avant qu’on découvre qu’après, il y en avait un autre, et un autre, pendant bien 1000 mètres. Nous voilà avec un bon capital énergie en moins. La nuit continuera en passant d’une vallée à l’autre, d’une crête à l’autre, dans le ronronnement de nos moteurs.

Honda Africa Twin 1000 Adventure Sports
La trace oscille entre les sommets, les bois et les plaines. Ici, Roberto, tranquille sur sa confortable et haute Honda Africa Twin Adventure Sports.

Nous retrouverons l’autre équipe une deuxième fois, au petit déjeuner, et profiterons de rouler un moment ensemble avant que nos traces se séparent à nouveau. Cette matinée chaude et ensoleillée nous emmènera à travers cols, routes, pistes et tunnels jusqu’aux pistes de ski de Sestrières.  Histoire d’avoir un truc à raconter, Roberto crèvera (du moins son pneu) à 20 km de l’arrivée! ça nous donnera l’occasion de sortir tous nos jolis outils et de changer la chambre à air au milieu d’un paysage magnifique. Et du coup, de nous rassurer sur nos talents de mécano… bon, en vrai, on a laissé faire Francisco, notre cyborg.

team Extreme ActuMoto
Juste pour le plaisir, une petite crevaison réparer peu avant l’arrivée, sur les pistes de ski sans neige de Sestriere.

Arrivés à Sestrières, nous étions heureux, même pas trop fatigués.  Revenu à la maison, j’ai pris un moment pour repenser à toute cette aventure un peu folle: rouler 42 h en dormant 4 à 6 heures max… Extrême, c’est un fait!  Mais au-delà de la performance et du dépassement de soi, et plus important encore que de vouloir finir le HAT Extreme 2020, ce qui prime avant tout, c’est la sensation de liberté, le partage de ma passion avec deux potes au milieu d’endroits magiques, et surtout le plaisir. A priori, rouler pendant 42 heures non-stop ou presque, ça ne colle pas trop avec le concept de plaisir, mais en fait… il faut essayer. Alors à tous ceux qui n’ont pas peur de repousser un peu leurs limites pour vivre des moments uniques, j’ai envie de dire, lancez-vous, et à l’année prochaine!

Photos: DR, FOTOGRAFICASESTRIERE.COM

Auteur

Didier Martin

Didier Martin

Motard depuis aussi longtemps que je m’en souviens. J’aime la piste, l’enduro, les voyages sur deux roues, la route et le rallye routier. Du haut de mes 45 ans (à peine sorti de l’adolescence) j’espère pouvoir partager avec vous ma passion.

Commentaires3 commentaires

3 commentaires

  • mchr

    Quel joli résumé ça ferait presque envie.. Mais peut-être déjà la version Classic. Faut être un peu fou pour ce taper 48h de moto offroad… mais quand on aime on compte pas 🙂

    • Jérôme Ducret

      Pour nous, l’an prochain, ce sera probablement la version Classic!

      Jérôme Ducret, rédacteur responsable

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