Le discret Eric Vionnet, meilleur Suisse en Superstock 1000 européen
CE STK 1000 2018

Le discret Eric Vionnet, meilleur Suisse en Superstock 1000 européen

Le jeune pilote fribourgeois a terminé septième de la toute dernière course, à Magny-Cours. Le Superstock 1000 européen disparaissant en 2019, il cherche de nouvelles pistes. Toujours au guidon d’une BMW.

Sa dernière saison en Superstock 1000 européen n’est pas passée inaperçue. Eric Vionnet, un jeune homme discret qui travaille dans le garage BMW de son père à Vuadens (FR) comme responsable du service après-vente, a terminé septième sur le circuit français de Magny-Cours, qui était la manche finale du championnat 2018. Il était parti sixième sur la grille.

Il n’a cessé en fait de progresser durant toute l’année, améliorant aussi ses résultats par rapport à l’année précédente. Parti 15ème à Aragon, idem à Assen, il a malheureusement été disqualifié pour ces deux courses parce que lui et son équipe ont changé la boîte de vitesses de la moto, qui avait cassé à Assen, sans en avertir au préalable les organisateurs. Le règlement du Superstock dit en effet qu’on ne doit pas toucher au moteur.

Puis un déclic s’est produit à Imola, où il se qualifie au 17ème rang et finit 13ème. Il confirme en Angleterre, à Donington: 10ème sur la grille, 10ème à l’arrivée. Même chose à Brno où il est 16ème (parti 11ème), et à Misano, où il termine au 18ème rang (parti 11ème). Enfin l’apothéose en France, avec son meilleur résultat jamais obtenu dans cette catégorie et un quatorzième rang final au championnat. Qui malheureusement pour de nombreux teams et pilotes va disparaître. La Dorna, qui organise le Superstock européen, en plus du Superbike, Supersport, Moto3, Moto2 mondiaux et du MotoGP, a en effet décidé de le supprimer dès l’an prochain.

Eric, lui, âgé aujourd’hui de 24 ans, concourt dans cette catégorie depuis 2014. Sur une BMW S 1000 RR stock, modifiée dans ses réglages de suspensions et dans d’autres petits détails.

Eric Vionnet
Eric Vionnet (BMW numéro 51) à Magny-Cours, juste derrière l’Italien Roberto Tamburini (BMW), le deuxième du championnat européen Superstock 1000.

Il a débuté sa carrière à l’âge de douze ans, par le pocket-bike. C’était en 2006, et cette année-là il a remporté le championnat suisse. Puis il s’est lancé dans le championnat junior allemand, l’ADAC, et par la suite en 125 GP allemand (sur une Aprilia 2-temps de course). « Je roulais avec d’autres jeunes pilotes qui avaient pour nom Markus Reiterberger ou Marcel Schrötter », se souvient Eric Vionnet, un rien amusé. Le premier a à maintes reprises été champion allemand, est une valeur sûre du mondial d’endurance et vient de remporter le championnat européen Superstock 1000. Sur une BMW S 1000 RR. Le second est aujourd’hui un bon pilote du mondial Moto2.

Dans le cadre du 125 GP, il connaît une grosse casse: tibia, coude et péroné. Ce qui interrompra son élan sportif. Mais pas professionnel, puisqu’il suit un apprentissage de mécano moto, dans le garage familial à Vuadens. « Je faisais encore du circuit, mais pas dans un championnat, explique Eric. Ma moto de cette époque était une Triumph Daytona 675. Ca m’a permis d’avoir une sorte d’étape intermédiaire entre les classes 125 et 1000. Mais le changement était tout de même conséquent quand j’ai repris la compétition en 2014 sur une S 1000 RR! »

Eric Vionnet
Eric Vionnet dans le garage familial à Vuadens, devant une BMW HP4 (S 1000 RR race only avec un châssis en carbone).

Cette « reprise » se fait tout d’abord en tâtonnant: des essais dans le championnat espagnol de vitesse, le CEV, qui n’était alors pas encore aussi européen, en catégories Superbike et Superstock 1000. Essais peu concluants mais dont le résultat a été tronqué par le fait que les organisateurs n’ont semble-t-il pas joué le jeu en fournissant au team Vionnet des pneus déjà usés! L’essai fut plus concluant en championnat européen Superstock 1000. Eric a commencé tout au fond des classements et n’a cessé de s’améliorer, jusqu’à aujourd’hui.

« Ce championnat est génial, commente-t-il. Le niveau est incroyablement haut. Tout le monde a les mêmes pneus. Ce qui fait la différence, c’est entre autres l’expérience du team et du pilote. Il faut savoir comment régler la partie-cycle pour le pilote, pour le circuit, pour les conditions lors des essais et lors de la course. La première saison, j’ai eu deux-trois chutes sérieuses. Mais heureusement sans me faire mal. » « J’étais très heureux d’avoir un airbag dans ma combinaison », ajoute-t-il.

Eric Vionnet
Le team Vionnet au travail sous la pluie de Brno, en 2018…

Toutes ces saisons, le team Vionnet les a passées sur les différents circuits du championnat, se déplaçant depuis la Suisse en semi-remorque-maison-de-course, avec le père d’Eric, Philippe, avec aussi Raphaël Chèvre, ex-pilote de vitesse suisse (deux fois champion suisse Supersport, notamment) comme mécano, et avec un ingénieur spécialisé en électronique pour assurer le bon fonctionnement et le bon réglages des assistances au pilotage de la BMW.

Eric Vionnet
Le team Vionnet au complet ou presque, en 2018, à Donington Park. Tout à gauche, Eric Vionnet, et juste à sa gauche, son mécano et ancien pilote de vitesse Raphaël Chèvre.

Les quelque 100000 francs nécessaires sont fournis par des sponsors, mais aussi par la « maison » Vionnet. « C’est clair qu’à ce niveau, on paie pour rouler, commente Eric Vionnet. Mais le coût du Superstock est encore abordable. Si on tentait le coup en Superbike, ce serait nettement plus cher. »

Eric Vionnet
Et le pilote du team Vionnet (numéro 51) sous la pluie de Brno, en pleine course.

Et pour la saison prochaine, il n’y a encore rien de décidé, mais une seule certitude (enfin, à peu près): le jeune Fribourgeois roulera sur une BMW l’an prochain. Peut-être bien un exemplaire de la nouvelle version de la S1000RR que BMW va très probablement présenter d’ici peu au salon international de la moto EICMA 2018 à Milan, début novembre.

 

Photos: JDU, DR

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - 51 ans, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes.

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