Immersion en zone rouge à bord de la Panigale V4
Test Ducati

Immersion en zone rouge à bord de la Panigale V4

Notre testeur Yannick Freymond a participé au DRE (Ducati Riding Experience), un programme destiné aux clients de la marque italienne. Il a du coup pu tester la Panigale V4 à Misano, et livre ses impressions. Suivez le guide!

Rares sont les marques qui polarisent et déchaînent autant les passions que Ducati. Une histoire riche d’innombrables succès dans les championnats des dérivées de série, des champions qui sont devenus des demi-dieux et des motos qui ne laissent personne indifférent: nous nous sommes immergés une journée dans la fabrique des rêves de Ducati, la Ducati Riding Experience.

Le rapport au rouge est autant fascinant qu’ambigu. Sensations faites de paradoxes, tantôt passionnel ou colérique, amoureux ou sanguinaire, infernal ou luxurieux les sentiments se mélangent et ce n’est peut-être pas un hasard si les fabricants les plus emblématiques d’Emilie Romagne ont choisi le rouge pour habiller leurs créations les plus belles…

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Yannick Freymond avec son « guide » privé Manuel Poggiali.

Cette année, Ducati a pris une route qui dépasse le simple choix technique ou technologique. En choisissant le V4 pour sa Panigale, Ducati a remis en cause un véritable dogme pour les aficionados de la marque, une trahison vous répondront les ayatollahs du bicylindre qui avaient élevé le «bi» au rang de religion. Un style de pilotage ad hoc était né, faisant la part belle aux sorties de courbe décidées et efficaces, privilégiant le couple plein à tous régimes plutôt que l’allonge rageuse des «4 en ligne» japonais. Et là, Ducati remet tout en cause, repense complètement ses concepts et lance une véritable révolution dans le microcosme desmodromique. La V4 représente un changement générationnel important, non seulement pour ses prestations et sa technologie mais aussi et surtout philosophique.

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Action!

Un héritage de la MotoGP

Chaque marque a son icône, un modèle phare inconfondable qui a forgé à travers le temps son identité. Chez Ducati, ce modèle a un carénage, un guidon bas, court (et gagne souvent) en piste. Il s’appelle Panigale et il est censé incarner la révolution de la marque. Son héritage découle tout droit de la MotoGP et bon nombre de composants techniques sont importés directement de la fameuse Desmosedici, connue et redoutée pour sa puissance inégalable. Les ingénieurs ont suivi deux axes de développement majeurs pour ce projet, la puissance – encore et toujours – et la maniabilité, car comme le dit l’adage, la puissance n’est rien sans contrôle. Pour ce faire, on a privilégié comme en compétition un alésage de 81 mm et un vilebrequin contre-rotatif, le tout contenu dans un moteur compact et léger livrant le nombre hallucinant de 214 chevaux à 13000 tours.

Le travail sur le poids porte ses fruits, puisque le 4 cylindres ne pèse à la fin que 2,2 kg de plus par rapport au bicylindre. Pour ceux qui penseraient que les 214 chevaux ne seraient pas suffisants, il est possible d’augmenter encore la puissance de 10 chevaux en optant pour une ligne complète en titane des artisans slovènes d’Akrapovic.

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Et on prend les vibreurs en sortie de courbe!

Des Pirelli « spécial Panigale »

Le châssis n’est pas resté en rade en termes de développement. Baptisé «Front-frame», il est en aluminium et, comme il est de tradition sur la Panigale, vient se fixer sur le moteur qui assume une fonction portante et sert également de point d’appuis pour le monobras oscillant. La réalisation des fourches a été confiée une fois n’est pas coutume à Öhlins pour la version V4 S, où le choix s’est porté sur l’EC 2.0 avec assistance électronique. La Panigale V4 S est chaussée de gommes Pirelli SC 2 de dimensions 200/60-17 spécialement crées pour la Panigale.
Le moins que l’on puisse dire est que cette Ducati V4 est un monstre technologique. Son cerveau s’appelle IMU, il communique en permanence avec les différentes unités de la moto et permet au pilote de dompter rapidement toute la cavalerie présente sous la selle, nous reviendrons plus en détail là-dessus dans la partie traitant de la télémétrie et de son influence sur le pilotage.

Circuit mythique

Le test de la Panigale V4 a eu pour cadre le circuit Marco Simoncelli de Misano, un circuit technique, composé d’un beau métissage entre partie technique et parties faisant la part belle au gros cœur, et le tout orchestré par le DRE (pour Ducati Riding Experience). Ce programme a pour but une immersion complète dans le monde rouge de Borgo Panigale et permet de se glisser dans l’univers merveilleux de pilote Ducati.

Mise à disposition d’un équipement premium, encadrement par des pilotes de la trempe de Marco Melandri ou Manuel Poggiali pour ne citer qu’eux, relevés télémétriques et corrections vidéo ainsi que briefings et debriefings sont au menu d’une journée type. Pas étonnant donc que le Ducati Riding Experience attire un public venant des quatre coins de la planète, j’en veux pour preuve la présence d’une équipe de Chiliens ayant spécialement fait le voyage en Italie pour l’occasion! La journée commence par une petite piqûre de rappel, brève présentation historique de la marque, présentation des différents programmes de pilotage et invitation pour la grand Mecque des fans de la marque, la World Ducati Week qui se tient sur ce même circuit de Misano au mois de juillet. Enfin le chef d’orchestre Dario Marchetti présente un à un la vingtaine d’instructeurs présents ce jour-là et leur pédigree. Ducati met donc les petits plats dans les grands pour satisfaire les plus exigeants de ses clients. Encore un petit briefing technique et il sera enfin l’heure d’enfourcher la belle pour un premier galop d’essai.

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Facile!

Un son unique et magnifique

La position en selle dicte instantanément les intentions de la bête. C’est haut et chargé sur l’avant, on n’est donc pas là pour bouffer du col mais bien pour de la conduite sportive. L’affichage est soigné et les menus offrent une navigation moderne et intuitive. La signature sonore est magnifique tant à l’arrêt que lorsque la cavalerie se déchaîne, un son unique qui souligne une fois de plus le caractère spécial de la machine. La prise en main se fait de façon respectueuse, la moindre des politesses lorsque l’on a à faire à une moto de cette race. La confiance en la machine augmente à mesure que défile le nombre de tours. Elle se laisse gentiment approcher mais ne permet pas de comportement cavalier, madame appartient aux motos d’un certain standing et le fait savoir. Cela reste malgré tout beaucoup plus simple que sur ses illustres devancières, et les modifications apportées au moteur et à la partie-cycle portent leurs fruits. On a une entrée en courbe précise et facile, la moto se laisserait presque piloter avec deux doigts.

Le plein de couple à tous les régimes

La moto est bien née et est un ensemble bien équilibré. Le tout fonctionne en parfaite harmonie, preuve que c’est bien un ensemble homogène qui a été étudié et que la machine a grandi dans tous les secteurs. Le tout est également parfaitement synchronisé et maitrisé par l’IMU, qui aide la puissance à passer vers l’arrière de façon naturelle et peu invasive en corrigeant toutes les velléités de wheeling ou de patinage de la moto. Le moteur est une vraie réussite, une révolution par rapport à la version V2, avec une plage d’exploitation prolongée de bien 2000 tours et culminant à 14500 révolutions. Le moteur fait le plein de couple à tous les régimes et se montre après peu de temps parfaitement exploitable.

La Panigale embarque un nouveau système ABS développé par Bosch permettant de freiner fort sur l’angle sans risquer la chute. Ou du moins il faudrait plus d’audace pour y arriver mais malgré toute ma bonne volonté au freinage, je ne me suis jamais senti limite. Le freinage, voici selon moi le vrai point faible de cette moto. Il est en effet compliqué de freiner correctement la moto à l’avant. Cela manque en fait de mordant pour un tel fauve. Et le recours au frein arrière est indispensable pour ne pas s’éloigner de la trajectoire idéale. La moto est en revanche très stable et l’insertion en courbe facile et intuitive. Pour ces journées, la partie-cycle était parfaitement à la hauteur et ce sont les pneus au mélange certainement trop dur qui ont montré en premier leurs limites.

Il faut lui montrer ses meilleures intentions!

En conclusion, la Ducati V4S est une grande belle moto, de la race de celles qui marquent leur histoire. Comme une belle femme, elle doit se laisser séduire et amadouer et seulement lorsque le pilote a montré ses meilleures intentions, la belle révélera ses plus belles finesses. L’encadrement fourni par les instructeurs du DRE est de grande qualité quoique parfois un peu limitant pour ma part. Je n’ai eu qu’un tour propre à disposition pour tenter de claquer une pendule, mais dans l’ensemble la journée est un véritable succès.

La moto n’est pas non plus à la portée de toutes les bourses (lire notre article), peut-être également une condition pour garder un caractère exclusif à une marque qui a fait le choix du haut de gamme. Enfin, une vraie Ducati ne serait pas une vraie Ducati si son lancement n’était pas émaillé de quelques soucis de fiabilité et de finitions lui valant des actions de rappel, un peu dommage lorsque l’on voit le potentiel de la bête…

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Et pour la bonne bouche on dira encore que Ducati possède une longueur d’avance en termes de marketing avec la présence d’un membre du Team Rocco Siffredi!
Photos: commerciale@photohouse-online.it
Texte: Yannick Freymond

Auteur

Claude Bovey

Claude Bovey

Claude, comme son coéquipier, vit avec la passion du 2 roues qui lui hérisse toujours les poils, en toutes circonstances. Il est père de trois enfants et de quatre petits enfants… Et l'un d'entre eux s’appelle… Valentino! Allez savoir pourquoi?

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