Les frères Suchet et le team National Motos 3ème Superstock aux 24 Heures du Mans
Mondial d'endurance

Les frères Suchet et le team National Motos 3ème Superstock aux 24 Heures du Mans

En catégorie EWC, le SERT (Suzuki, catégorie EWC), l’équipe championne du monde en titre, a remporté la course, devant le YART (Yamaha) et le F.C.C. TSR Honda France. Le team Sapeurs Pompiers (Yamaha numéro 18), 4ème, monte sur la première marche du podium de la catégorie Superstock, devant la Suzuki numéro 44 (No Limits) et la Honda numéro 55, piloté notamment par les Suisses Sébastien et Valentin Suchet. L’Yverdonnois David Chevalier (Falcon Racing Team, Yamaha numéro 121), longtemps dans le top 15, a dû abandonner à 15 minutes de la fin. Abandon également pour le team Wojcik (EWC) et le Fribourgeois Robin Mulhauser, « prêté » par le YART comme pilote remplaçant.

La Honda du team français National Motos s’était imposée l’an dernier aux 24 Heures Moto du Mans, dans la catégorie Superstock (motos peu modifiées par rapport aux modèles de série, lire notre compte-rendu) et elle remonte sur le podium pour l’édition 2022 de la célèbre course d’endurance, premier rendez-vous de l’année pour les équipes engagées dans le championnat mondial. Et comme National Motos a engagé cette saison les deux Vaudois Sébastien (pilote actumoto.ch!) et Valentin Suchet, cela fait deux Suisses sur le podium final!

La procédure de départ typique d’une course d’endurance. C’est la Yamaha numéro 7 (YART) qui avait obtenu la pole la veille.

La course a débuté sous le soleil, et devant un public nombreux (quelque 62000 personnes sur l’ensemble de l’événement). Mais aussi avec un drame, lorsque le Britannique Bradley Smith, ex-pilote de GP et membre du team français Moto Ain (Yamaha, numéro 96), l’un des prétendants possibles au podium pour ces 24 Heures du Mans, parti de manière calamiteuse, a traversé la moitié de la piste sans faire attention aux derniers pilotes qui étaient en train d’accélérer après le start. Il a été percuté par l’un d’eux, Christophe Seigneur du team superstock du même nom (BMW). Ce dernier a réussi à regagner les stands à pieds, mais Smith, dont la moto était très endommagée sur l’arrière, a continué sur quelques mètres, sa machine répandant des fluides, et a fini par glisser et tomber, n’arrivant manifestement plus à se relever. Il a été emporté au centre médical pour des contrôles. Il s’est avéré qu’il ne souffrait d’aucune blessure sérieuse, selon les dires de la direction de course. Mais il n’a pas pu reprendre la course. Et son équipe (catégorie EWC, machine fortement modifiée) a fini par décider, le coeur lourd, de jeter l’éponge.

La Yamaha numéro 7 n’a pas voulu démarrer au moment clé. Ce sont la Suzuki numéro un du SERT, championne du monde en titre, et la Honda numéro 5 du F.C.C. TSR, qui ont pris le meilleur départ. La BMW officielle (numéro 37), la Yamaha numéro 333 du team Viltaïs et la Ducati numéro 6 du team ERC sont aussi très bien placées. La Yamaha numéro 96 de Moto Ain, par contre, a elle aussi de la peine à démarrer et va bientôt être au centre d’un drame, percutée à l’arrière par la BMW numéro 74.

Le duo composé de la moto du team Suzuki-Yoshimura officiel, le SERT (numéro 1, championne en titre), a beaucoup mieux réussi son départ, avec le pilote britannique Gregg Black au guidon. Un Gregg Black qui s’était pourtant fracturé un talon lors des essais pré-Mans, quelques semaines avant la course! Il a été immédiatement pisté de près par Mike Di Meglio, aux commandes de la Honda numéro 5 (team F.C.C. TSR, EWC). Quant au YART (Yamaha officielle, numéro 7, EWC), auteur d’une pole position scintillante (temps moyen de 1:35,080), il s’est retrouvé dans les tréfonds de la meute des 50 pilotes restants, car sa R1 a pris un immense temps pour démarrer! On rappelle que les départs de course en endurance se font avec les motos, moteur éteint, d’un côté de la piste, et les pilotes de l’autre. Les pilotes doivent courir jusqu’à leur machine et la démarrer avant de pouvoir s’élancer sur la piste.

L’incident entre les motos des teams Seigneur et Moto Ain a eu comme conséquence logique la sortie des Safety Cars, les voitures encadrant les pilotes sur la piste le temps que l’accident et ses conséquences ne soient plus un danger pour les concurrents, avec pour les pilotes l’obligation de continuer à rouler à faible allure, sans dépassement, tant que les voitures en question ne sortent pas de la piste. Cette situation a duré huit tours.

Puis, pendant les six premières heures de course, la numéro 5 et la numéro 1 ont rivalisé de tours rapides, de passages aux stands ultra-efficaces et de gestion de l’essence dans le réservoir précise au milli-litre. Et pendant ce temps, la Yamaha du YART, tout aussi rapide, entamait sa remontée. Et après huit heures, et un panne sèche de Sylvain Guintoli, l’un des trois pilotes du SERT – heureusement pour le team, juste à côté de l’entrée des stands – le F.C.C. TSR se trouvait en tête de la course. Mais la Honda a connu des soucis techniques durant la nuit. Il a fallu rentrer au stand une première fois pour réparer le sélecteur. Puis une second pour remplacer le pot d’échappement, qui s’était mis à pendouiller! Et pour couronner le tout, le team a reçu une pénalité de la direction de course.

Ces événements, mis bout à bout, ont fait que c’est le SERT qui a pris les commandes, bientôt suivi en deuxième place par le YART, qui était déjà cinquième cinq heures après le début de la course.

Quant à la BMW du team officiel, la numéro 37, elle se trouvait elle aussi aux avant-postes, mais un pierre qui s’est incrustée dans le radiateur a gripper la machine à gagner. Et a fait grimper la température du moteur. Le pilote au guidon à ce moment-là a tardé à rentrer au stand, encouragé qu’il était par une consigne donnée par son équipe de ne pas trop tenir compte des indications de la sonde de température. Cette sonde semble en effet déjà avoir fait des siennes l’an passé lors de la dernière course du championnat, à Most. Course gagnée par le BMW World Endurance Racing Team, justement. Mais au Mans, en 2022, le problème était autre, et la moto a surchauffé. Quand les mécaniciens ont pu mettre la main sur elle, le mal était déjà fait et il était trop tard. Abandon!

La Ducati du team ERC. Elle a terminé la course en opérant une belle remontée, mais trop tard pour un top 10.

La Kawasaki numéro 11 (SRC, team officiel), qui venait de recevoir une nouvelle version de la ZX-10R, développée tout spécialement pour l’endurance sur la base du dernier modèle (2021), comme la BMW numéro 37, a pu rester dans le top 5 dans le premier tiers de la course. Puis elle a connu elle aussi des problèmes d’ordre technique et a dû rentrer au stand. La réparation a duré plus d’une heure – ressort de soupape cassé – il a fallu remplacer une partie du moteur. Dans ces conditions, ses chances de podium s’étaient très fortement amenuisées.

La Honda numéro 5 du team officiel F.C.C. TSR Honda France.

Même problème aussi pour la Ducati officielle (la seule moto de cette marque dans la paddock) du team ERC, la numéro 6. Très rapide en début de course, elle a fait les frais d’un accrochage avec la moto d’un retardataire, puis d’un problème technique probablement lié, et enfin a reçu une pénalité parce que l’un de ses trois pilotes, l’expérimenté David Checa, ne s’est pas immédiatement arrêté en bord de piste quand le drapeau noir avec rond orange a été brandi, mais a pris le temps de rentrer au stand – il n’avait probablement pas vu le drapeau. Il y avait une petite fuite d’huile qui sortait de son moteur.

Au final, la Kawasaki numéro 11 et la Ducati numéro 6 ont fini la course au quinzième et au dix-huitième rang. Quant à la Kawasaki du team privé Tati Beringer (numéro 4, EWC), celui-là même qui a abruptement signifié il y a deux mois au Suisse Sébastien Suchet qu’il n’était plus membre de l’équipe, elle a aussi connu plusieurs problèmes durant la course et n’a pas pu faire mieux qu’un onzième rang.

La Yamaha officielle (YART) en plein passage rapide au stand.

La fin de la course s’est donc jouée uniquement entre le SERT et le YART, l’équipe Suzuki devançant son adversaire de manière constante d’un tour ou deux, et les deux machines postant des chronos très semblables et très rapides. L’équipe Suzuki réussissait à mieux économiser les pneus et à faire des arrêts au stand un peu plus rapides. Et que les trois pilotes Sylvain Guintoli, Gregg Black et Xavier Siméon n’ont pas commis d’erreur, ce qui fait que leur équipe a pu garder l’avantage durant les cinq dernières heures de l’épreuve et elle a remporté les 24 heures du Mans avec la manière, rééditant sa victoire de l’an dernier!

La Suzuki numéro un du SERT, l’équipe championne du monde en titre.

La course s’est presque terminée de nouveau sur une intervention des Safety Cars, qui n’ont laissé la course reprendre qu’à quelques minutes de la fin.

Pour Yamaha, cette deuxième place est certes frustrante, mais elle est aussi encourageante. Pour diverses raisons, dont un peu de malchance, cela fait deux ans que cette équipe n’arrive pas à terminer une course de 24 heures!

La Honda numéro 5 a franchi la ligne en troisième position, plusieurs tours derrière la Yamaha du YART. Le reste du top cinq est entièrement revenu à des équipes de la catégorie Superstock, puisque la Yamaha du team Viltaïs (33, EWC), troisième, puis quatrième dans les dernières cinq heures, a dû abandonner en fin de course.

Et justement, en Superstock, quatre teams ont fait durer le suspens presque jusqu’à la fin: l’équipe des Sapeurs Pompiers (Yamaha numéro 18), la Suzuki numéro 44 du team italien No Limits, la Kawasaki du team Louit (numéro 44), et la Honda de National Motos!

Au sein du team National Motos, c’est clairement Sébastien Suchet qui s’est montré le plus rapide des trois pilotes, mais Valentin et Guillaume Raymond, leur coéquipier, chez National, n’ont pas traîné non plus sur la piste. Après une heure de course, l’équipe était malgré tout assez loin, au-delà de la 30ème place, puis sa régularité a payé et une heure plus tard, elle se retrouvait déjà 15ème. Elle n’a cessé de progresser, jusqu’à atteindre le top 6 en fin d’après-midi. C’est à ce moment-là que l’éclairage de la Honda a faibli alors que Valentin Suchet était aux commandes. Le pilote a dû rentrer au stand National Motos pour faire changer cela, ce qui a fait rétrograder l’équipe au classement.

Les trois équipiers et le team ne se sont pas déconcentrés, ils sont remontés. Avant de connaître un nouveau souci dimanche matin, lié notamment au sélecteur. Rebelotte, donc, passage dans les mains des mécanos, retour en piste, et nouvelle remontée pour National Motos. Les frères Suchet et Guillaume Raymond vont réussir à revenir sur la Kawasaki numéro 8 (EWC) du Team Bolliger Switzerland, puis sur une autre Kawasaki, la numéro 33. Leur rythme étant plus ou moins équivalent à celui des pilotes de la Suzuki numéro 44, la moto du team National Motos restera en sixième place. Ce qui correspond donc à la troisième place de la catégorie Superstock.

National
Les trois pilotes du team National Motos, Valentin Suchet (tout à gauche, combinaison Ixon noire et blanche), Guillaume Raymond et Sébastien Suchet (tout éd roite, pilote actumoto.ch) sur le podium Superstock, avec le chef du team, Stéphane Haddadj (maillot bleu).

Le team Bolliger, lui (un team suisse, mais sans pilote suisse, pour l’instant), finira 8ème, derrière Louit Motos.

Il y avait deux autres pilotes helvétiques dans cette course, en plus des frère Suchet chez National Motos. L’Yverdonnois David Chevalier, qui avait fait la dernière saison avec le team Falcon Racing (Yamaha, SST, 121), rempile pour 2022. Lui et son team se sont bien battus et se trouvaient en 14ème place lorsque, à 15 minutes de la fin, le moteur a cassé. Abandon là aussi, plus que frustrant. Mais belle course.

Quant au Fribourgeois Robin Mulhauser, actuel membre du YART en tant que pilote remplaçant (lire notre article), il avait été « prêté » au Wojcik Racing Team (Yamaha, EWC, numéro 77), pour remplacer un de leurs pilotes, qui était malade. Un autre remplaçant était aussi engagé, le Hongrois Balint Kovacs. Il faut savoir que le Wojcik avait réservé un autre Suisse, le champion Supersport 2019, Randy Krummenacher. Mais ce dernier avait dû déclarer forfait, atteint par une fatigue persistante dûe au Covid long!

Le Suisse Robin Muhauser sur la Yamaha numéro 77 du team Wojcik.

Mulhauser, donc, était dans les rangs des pilotes engagés sur la Yamaha numéro 77. Comme la 7 du Yart et la 96 de Moto Ain, elle a connu un départ plus ou moins raté. Puis, après plusieurs tentatives de remontées, couronnées de succès, mais ensuite mises en échec par des problèmes techniques, dimanche matin, Robin n’a rien pu faire pour éviter une grosse chute après une glissade sur une traînée d’huile. La moto était très endommagée, le pilote, très sonné (mais il n’a heureusement rien de grave), et le team très découragé. Ils ont abandonné, eux aussi.

La prochaine course du mondial d’endurance 2022, ce seront les 24 heures de Spa, en Belgique, du 4 au 5 juin prochains. Le team National Motos en sera, bien sûr. C’est aussi le retour dans ce championnat, et dans le monde des courses moto de niveau international, du circuit de Spa, qui a d’ailleurs été refait de manière importante pour l’occasion. D’autres infos sur le site du championnat FIM EWC.

Photos: DR, Lukasz Swiderek
Source fimewc.com

Article mis à jour le 19 avril 2022 à 08:14

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - la cinquantaine, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes, et s'est découvert récemment une passion pour l'Aventouring en tout-terrain.

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