Essai longue durée de la Yamaha Tracer 9 GT
Test Yamaha

Essai longue durée de la Yamaha Tracer 9 GT

Nous avons pu rouler durant un mois en Suisse avec la toute dernière version de la Sport-touring japonaise tricylindre, qui combine un équipement de bord bien fourni avec un prix attractif et un moteur tricylindre attachant. Le confort est la plupart du temps au rendez-vous, la sportivité également.

La Tracer 9 GT aimablement prêtée par Yamaha, et qui nous attend chez le concessionnaire vaudois GBK, à Gland, est de couleur rouge. Autant dire qu’elle attire l’attention. Et son nouveau design visuel – le modèle 2020 s’appelait Tracer 900 – est aussi plus affirmé. Enfin comme la GT est fournie d’office avec les valises latérales rigides dans les mêmes coloris que la moto, cette sport touring japonaise, version 2021, en impose à l’oeil.

Tracer 9

Nous avions déjà pu parcourir quelques centaines de kilomètres au guidon de ce nouveau modèle, en Italie. C’était au mois de mars (lire notre article), avec comme testeur Claude, le co-fondateur d’ActuMoto. Mais cette fois-ci, nous allons rouler en Suisse, et nous aurons tout le temps de bien approfondir notre essai, puisque l’importateur suisse, la maison hostettler, nous a prêté cet exemplaire pour un mois complet! Nous sommes en septembre, et les routes, pensons-nous, sont encore praticables un peu partout en Suisse.

Tracer 9

C’est ainsi que nous allons profiter d’une sortie du Motoclub La Côte pour aller faire une belle brochette de cols entre les cantons de Berne, du Valais, des Grisons et du Tessin. En commençant pat le célèbre Grimsel. La journée est maussade, avec la pluie qui tombe et la route qui est détrempée. L’occasion d’apprécier à leur pleine valeur les poignées chauffantes faisant partie de l’équipement standard de la Tracer 9 GT. On peut réchauffer ses mains sur dix réglages d’intensité différents. Et c’est parfait, merci. Tout comme l’est la selle chauffante, un accessoire fourni avec cette moto de test, qui a pour double fonction d’être aussi une selle confort. Elle porte d’ailleurs bien son nom.

Baptême de la neige

Pour l’heure, nous roulons avec douceur, car les températures ambiantes, juste au dessus de zéro, et l’humidité sur la chaussée incitent à la prudence. Nous abordons le col de la Furka après une halte café à Gletsch, et tout se passe à peu près bien jusqu’au moment où nous arrivons au sommet. Sans crier gare, au sortir d’un virage, la neige se met à recouvrir la route. La moto de tête chute, avec son pilote, bientôt suivie par une deuxième. Le temps de redresser la grosse BMW et de rassurer la centrale d’alarme automatique qui a détecté la chute, et la route est devenue impraticable.

Tracer 9
Sur la route du col de la Furka… au mois de septembre!

Nous devrons finalement laisser nos motos sur place, à l’écart de la chaussée, redescendre grâce à l’aide d’automobiliste et même d’un chasse-neige, pour revenir chercher nos machines le lendemain.

D’autres excursions avec la Tracer durant ce mois d’essai se sont mieux passées. Nous avons pu rouler sur toutes sortes de routes, en Suisse centrale, mais aussi dans le massif du Jura, et bien sûr en plaine et, un peu, en ville. Pour un total de 2500 kilomètres. Et Jérôme, le rédacteur responsable d’ActuMoto.ch, a terminé l’essai et a rendu la Yamaha, après une série de séances photo dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel. Il apportera lui aussi son compte-rendu de test, à la fin de cet article.

Tracer 9

Le confort est indéniablement un point fort de cette nouvelle Tracer 9 GT. A mon goût, la selle est peut-être un peu ferme, et sa forme, pour le pilote, a tendance à me faire glisser vers l’avant et contre le réservoir, ce qui peut gêner si je n’y prends pas garde, lors des gros freinages. Et le pare-brise, que l’on peut ajuster en hauteur avec une seule main (à l ‘arrêt c’est plus facile), protège bien le buste mais provoque des remous sur le casque à haute vitesse (autoroute).

Le guidon est placé là où il faut, et on peut varier sa position, de 9 mmm vers l’avant, et de 4 vers le haut. Une opération à faire effectuer de préférence à un concessionnaire, avec les outils adéquats et l’expérience qui va avec. On peut même avoir les repose-pieds sur deux hauteurs à choix (à distance de 15 mm), là encore avec un outil. La position haute me semble plier un peu trop mes jambes, tandis que la position basse est excellente pour mon gabarit. Mais on peut alors parfois en arriver à faire frotter les petites tiges métalliques qui se trouvent sous les repose-pieds. Pas dangereux, elles sont là pour cela, juste pas très agréable à l’oreille. On peut aussi régler l’écartement du levier de frein avant, mais pas du levier d’embrayage.

Un gros plus de ce modèle, c’est son moteur tricylindre, qui est doux et souple bas dans les tours, et qui facilite de ce fait la conduite en ville et avec un passager. La commande des gaz, électronique et encore raffinée pour cette nouvelle évolution, est elle aussi très douce. Enfin la boîte et l’embrayage sont fluides et précis, et la présence de série d’un quickshifter pour monter et pour descendre les rapports est aussi apprécié. On en vient vite à ne plus pouvoir s’en passer.

On signale que le triple Yamaha a grandi en cylindrée entre la Tracer 900 et la Tracer 9. Exactement comme sur la soeur roadster MT-09. Il déclare à présent 890 centimètres cubes, développe 119 chevaux en pointe, et un couple maximal de 93 Nm. Ce qui est sûr, c’est qu’il accélère avec vigueur, se réveillant vers les mi-régimes, et devenant explosif à l’approche de la zone rouge. Je le trouve cependant moins « viril » que ses cousins britanniques de cylindrées comparables.

Tracer 9
La Tracer 9 GT peut se montrer sportive au besoin. Même avec ses valises.

Pour revenir à la conduite en ville, la moto étant fine se faufile partout avec facilité. Pour peu qu’on ait enlevé les deux valises. Il faut par contre se méfier du rayon de braquage, qui n’est pas parmi les plus courts de la catégorie.

Yamaha freins
Deux disques, deux étriers à l’avant, et un freinage efficace et facilement dosable.

Le freinage offre tout ce qu’il faut de progressivité et, s’il le faut, de force et d’agressivité. En conduite plus sportive, sur les petites routes, on se sent en confiance. On précise que la Tracer 9 GT est équipée d’un ABS tenant compte de l’angle d’inclinaison de la moto. Ce qu’on appelle aussi un ABS de virage. L’interface de la machine permet si on le désire de désactiver cette dernière fonction, pour ne plus avoir qu’un ABS traditionnel. On ne voit pas bien pourquoi on voudrait le faire, même s’il est toujours bien d’avoir le choix.

La monte pneumatique de notre moto de test était différente de celle que mon collègue Claude avait découvert lors du test en Toscane. On est passé des Bridgestone Battlax T32 Sport Touring aux Metzeler Roadtec 01 SE, qui se sont révélés très convaincants. A la hauteur des qualités routières de la Tracer 9 GT.

Tracer 9

Quant aux suspensions, elles sont sont ici semi-actives. L’amortissement s’adapte automatiquement et en continu à l’état de la route et à vos impulsions de conduite. Avec deux modes agissant de manière différente: Confort, et Sport. Le second est bien sûr à privilégier lorsque le poignet droit démange. Dans les deux cas, je ne vois aucune critique à formuler. La précharge se règle par contre de manière séparée, avec un outil (tournevis) à l’avant, et en tournant une molette avec la main pour l’amortisseur arrière.

Yamaha amortisseur
C’est avec cette molette que l’on règle la précharge de l’amortisseur arrière.

En conduite « musclée », la Tracer, très stable, ne change pas totalement naturellement de direction en entrée de virage, il faut un peu la forcer. Mais une fois sur l’angle, un placement de votre regard suffit par contre à la faire aller là où vous voulez. Elle mérite donc pleinement son appellation de sport touring.

Tracer 9 GT
Tous les casques intégraux ne tiennent pas dans les valises de la Tracer 9 GT. Mais celui de notre photographe, si.

J’ai roulé sur pas mal de kilomètres sous la pluie avec la Tracer, et j’ai pu constater que les valises, fort pratiques, ne sont malheureusement pas vraiment étanches. Il existe des sacs intérieurs pour cela, dans la liste des accessoires. Je tiens aussi à dire que si Yamaha affirme qu’on peut loger dans chacune de ces deux valises – qui ont exactement la même contenance et la même forme à droite et à gauche – un casque intégral, je n’y suis pas arrivé.

Une partie de mes trajets s’est aussi passé après la tombée du soleil. Je peux donc témoigner que les feux de la Tracer 9 GT sont très efficaces. J’ai particulièrement apprécié les feux de virage, qui éclairent bien les côtés. C’est un plaisir de rouler de nuit ainsi!

Yamaha TFT
Configuration inhabituelle pour le poste de pilotage, avec deux écrans à cristaux liquides. On trouve sur celui de droite toutes les infos que l’on veut mettre en évidence.

Encore un mot sur le double tableau de bord TFT, d’un design curieux: il me fait un peu penser aux lunettes de plongée de mon petit-fils! On trouve tout ce dont on a besoin sur ces deux écrans, et on arrive relativement facilement à faire défiler les informations comme le kilométrage partiel, la consommation d’essence, à changer de mode de pilotage, d’amortissement, de freinage ou de contrôle de traction. On ne peut toucher aux deux premiers qu’à l’arrêt, tandis qu’on peut passer d’un mode de contrôle de traction à un autre en roulant, en utilisant les deux boutons sur le commodo gauche, avec ou sans la petite molette sur le commodo droite.

Yamaha commodo
La petite molette à côté de l’inscription « MENU » permet de déplacer le curseur sur les deux écrans digitaux, et de sélectionner tel ou tel affichage ou réglage.

Seulement il faut pour cela baisser le regard. Certains affichages sont dans des caractères plutôt petits. On peut les mettre en évidence par quelques manipulations des commandes, mais cela prend du temps et distrait un peu trop de la route devant soi. Et puis en plein soleil la lisibilité n’est pas toujours optimale.

Yamaha commodo
On a les commandes tempomat ajustable sur le commodo gauche. Et aussi celles des modes de pilotage, de contrôle de traction, de freinage et de suspension.

Dans la liste des petits défauts, si dans l’ensemble la qualité de fabrication semble excellente, je trouve que certaines finitions sont un peu brouillon. On a par exemple des câbles et tuyaux qui font désordre, sur les flancs du moteur ou au guidon. Et personnellement, je ne suis pas fan du design des valises.

Il reste qu’à 14490 francs tout compris, la Tracer 9 GT offre un très bon rapport entre le prix, les performances et l’équipement de bord. Et qu’à son guidon on peut rouler loin et vite sans beaucoup se fatiguer. Il faut savoir qu’outre tout ce qu’on a déjà détaillé, la moto dispose d’un tempomat ajustable. Il fonctionne, assez bien, dans les 4ème, 5ème et 6ème rapports, dès 50 km/h. Et il y aussi un commutateur pour des feux de détresse, ainsi qu’une petite trousse à outils sous la selle passager.

Tracer 9 GT
Après un premier service des 1000 km, il faut repasser chez son concessionnaire soit tous les 10000 km, soit une fois par an.

Ce modèle, comme toutes les Yamaha actuelles de 250 cm3 et plus, doit effectuer un premier service après 1000 km. Et ensuite, c’est tous les 10000 km ou, si l’on parcourt moins que cette distance en une année, tous les ans.

Voici l’avis de Jérôme, notre rédacteur responsable

Cette moto, depuis son apparition sous la forme de la MT-09 Tracer, puis de la Tracer 900 GT, et enfin ici de la Tracer 9 GT, se distingue par un très bon rapport qualité-prix-équipement-performances. J’ai pu effectuer quelques centaines de kilomètres à son guidon, dans le Jura vaudois et neuchâtelois, principalement, mais aussi dans l’agglomération lausannoise et sur l’autoroute entre Lausanne et Genève. Et j’ai été convaincu par son confort, mais aussi par son côté sportif, au besoin. 

Les suspensions semi-actives fonctionnent très bien, et elles sont parfaites dans 98 pourcent des cas pour une utilisation sur route normale. Par rapport à une machine beaucoup plus chère qui serait dotée du même type d’équipement, la plage des réglages disponibles est cependant peu étendue. On a droit à deux modes d’amortissement, et on peut régler manuellement la précharge à l’arrière, et à l’avant avec un outil simple. Ca suffit pour une majorité d’utilisateurs, mais peut-être pas pour ceux ou celles qui aiment se confectionner un réglage de suspensions aux petits oignons.

Yamaha CP3
Le désormais célèbre moteur tricylindre en ligne dit CP3 de Yamaha, qui passe avec le modèle 2021 de la Tracer 9 à 890 cm3.

Le tricylindre en ligne CP3 est toujours aussi jouissif à mes yeux, et on a la nette impression d’avoir bien plus de chevaux et de Newton-mètres que ce que déclare le constructeur. Je constate que, en comparaison avec les premières MT-09, la réponse de l’électronique à la commande d’accélération est exempte d’à-coups et d’une belle fluidité. On peut à choix rouler agressivement ou paisiblement, la Tracer suit vos désirs.

Rien à redire côté freins et système de freinage, non plus. Ni sur l’ergonomie en général, avec peut-être juste un rayon de braquage qui ne fait pas partie des plus courts du marché, mais qui n’est pas non plus équivalent à celui d’une sportive.

Les poignées chauffantes sont diablement efficaces, le régulateur de vitesse également, même s’il fonctionne seulement à partir du 4ème rapport et de 50 km/h de vitesse. L’embrayage et la boîte sont faciles à utiliser, et avec le shifter bidirectionnel, on peut rouler pendant des heures et des heures en se fatigant moins. Je n’ai pour ma part pas constaté de turbulences gênantes avec le pare-brise en position haute. Mais je suis plus petit que Grégoire. Et mon mètre septante me permet de poser le bout des deux pieds au sol et d’exercer un bon contrôle sur la moto à l’arrêt.

Tracer 9
Avec une hauteur d’1 m 70, on arrive à poser le pied à terre. Ou l’avant des deux pieds.

Les deux petits bémols selon mon analyse sont la forme des valises, qui rendent difficile l’emport d’un casque intégral (mais pas impossible, j’ai réussi au moins une fois, après de multiples tentatives), et surtout l’interface digitale, qui est un peu trop compliquée pour être honnête. On a toutes les fonctions dont on peut avoir besoin, et les réglages qui vont avec. Mais la langue de l’afficheur est l’anglais et… l’anglais. Et de nombreuses indications sont vraiment petites et donc de ce fait peu lisibles en roulant pour qui n’a pas un regard d’aigle sans la moindre trace de presbytie. Sans compter que la navigation dans les différents menus et options n’est pas facile quand on pilote en même temps ce tricylindre endiablé. Cela demande que l’on s’acclimate et que l’on apprivoise tout cela.

Tracer 9
La Tracer 9 GT est une moto éminemment joueuse.

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter le site de l’importateur suisse de Yamaha, ou vous adresser notamment à nos partenaires de l’Annuaire suisse des professionnels de la moto: Badan Motos à Genève, Moto Bolle à Morges (VD), Facchinetti Motos à Crissier (VD), MCM Moto à Lausanne, ou Chevalley Motos à Saint-Légier (VD).

Galerie photos

Photos: Yves Meier Photographer

Article mis à jour le 25 décembre 2021 à 09:19

Auteur

Grégoire Villard

Grégoire Villard

Grégoire Villard, passionné par le monde de la moto dès son plus jeune âge. A 14 ans son professeur prie ses parents de lui interdire la lecture de revues motos. Il assouvit sa passion entre les randonnées et les voyages sur sa bécane. Et il lit toujours les revues motos.

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