Essai nostalgie – BMW R27 1961
Test BMW

Essai nostalgie – BMW R27 1961

Il est de ces motos qui nous portent et nous emportent. Sans raison, mais avec passion. Nous obligeant à faire fi de toute considération rationnelle, pratique ou logique pour se concentrer sur l’émotion brute.

Sans avoir l’aura d’une Norton Commando, ni le prestige d’une 900 SS de ‘79, cette BMW R27 de 1961, dans sa robe bleue plutôt surprenante, attire le regard. Et sous le couvert d’une rigueur toute germanique, elle parvient à nous toucher. Pour certains, qui l’ont peut-être connue neuve dans une vitrine de concessionnaire, elle ravivera son flot de souvenirs de jeunesse quand pour d’autres, elle symbolisera une certaine époque ; celle où le pilote se devait de suivre le rythme dicté par sa moto, sous peine de sanction immédiate. Mais aucun motard, quel qu’il soit, n’y restera insensible.

BMW R27 1961
La petite R27 dégage un charme certain.

Systématiquement, les têtes se tournent sur son passage, et chaque arrêt est propice à engager la conversation entre les quidams et le pilote. Il faut dire qu’avec ses lignes arrondies, ses pare-boues enveloppants, sa selle suspendue et sa fourche à balancier de type Earles, la magie opère. La peinture bleue, qui colle parfaitement à la discrétion de la moto, n’est pourtant pas d’origine. Car la R27 n’était disponible à l’époque qu’en noir, avec des filets blancs. A l’exception d’une série pour les Etats-Unis, réalisée à l’inverse pour des question de résistance à la chaleur (en blanc avec des filets noirs) sur la demande express de Butler & Smith Trading Company, 1er importateur historique des motos de la Bayerische Motoren Werke aux USA.

BMW R27 1961
Cette robe bleue n’est pas d’origine.

Produite à seulement 15’000 exemplaires entre 1960 et 1966, la R27 est l’ultime évolution du monocylindre chez le constructeur bavarois, qui fait suite aux R25 (de 1950 à 1956) et R26 (de 1956 à 1960). Il faudra ensuite attendre jusqu’en 1993 pour revoir cette architecture dans la gamme, avec la série F et sa fameuse Funduro.

BMW R27 1961
La suspension avant est confiée à une fourche de type « Earles »

La partie cycle est simple et éprouvée, avec un cadre double berceau en acier, des freins à tambour de 160mm à l’avant comme à l’arrière et une fourche à balancier de type Earles, qui contribue à elle seule au charme de cette petite moto. La suspension arrière dispose quant à elle de deux réglages, « Solo » ou « Side ». Il faut dire qu’à l’époque, l’attelage était courant, et la R27 est d’ailleurs spécifiquement équipée d’un cardan adaptable. On notera le large garde-boue arrière qui bascule sur charnières pour permettre le démontage de la roue, ainsi que le petit compteur, situé dans le bloc du phare, qui semble fort optimiste en affichant un fier 140km/h en vitesse maximale. La légende prétend d’ailleurs que le manuel d’utilisateur de l’époque mentionnait deux vitesses maximales possibles (120 ou 130km/h), selon que l’on soit… couché ou assis sur la moto. Une belle performance vu la puissance du moteur.

BMW R27 1961
L’instrumentation est simple… et optimiste!

Ce dernier cube 247cm3, comme sur sa devancière R26. Mais désormais retravaillé, il offre une puissance qui monte à 18cv, contre 14 auparavant. Autre changement, il n’est plus monté rigide, mais sur silentblocs, pour mieux préserver le pilote des vibrations.

Laurent, son propriétaire, nous l’a gentiment mise à disposition sa BMW R27 pour cet essai. Cet amoureux des belles mécaniques – il possède plusieurs motos, de la Ducati 851 à la Buell XB12S en passant par la Yamaha MT01 – l’a acquise il y a 5 ans. Il a craqué dessus pour son élégance, sa simplicité et sa facilité d’utilisation. Son prix et la disponibilité des pièces détachées ont également pesé dans sa décision. Car l’avantage d’une moto comme celle-ci, c’est qu’on a des chances de la dénicher à un prix « raisonnable » (comptez entre 6000 et 8000 francs tout de même), et que le rapport prix-plaisir est tout simplement excellent, tant cette R27 se montre ensorcelante.

campagne genevoise

Avant de monter à bord, il est un rituel à ne surtout pas oublier, celui de mettre le robinet d’essence dans la bonne position. On prend place sur la selle suspendue, et on s’enfonce un peu. Voire beaucoup, mais cela participe grandement à l’amortissement du pilote et au confort général. Un coup de kick et le monocylindre s’ébroue. La sonorité, à l’image de la moto, est très discrète et une fois en selle, le charme opère. On se surprend rapidement à laisser ses repères sur le bas-côté pour se focaliser uniquement sur les sensations de conduite. Bien que de petite cylindrée et peu puissante, cette 250 se laisse emmener avec plaisir, les cheveux au vent (pour ceux qui en ont) et le sourire aux lèvres. Légère et maniable, le rythme que la BMW R27 impose permet de revenir aux fondamentaux de la trajectoire et de faire parler le fin pilote qui sommeille en vous.

Les freins exigent toutefois une large anticipation de leur usage, et les cale-pieds vous rappellent à chaque épingle, dans un crissement aigu, que votre centaine de kilos met les suspensions en butée. Le pilotage se fait à l’instinct, à l’ancienne pourrait-on dire, sans crainte d’offusquer la génération qui a grandi avec cette motocyclette. Une machine qui permet, en 2020, de remonter le temps et de se plonger dans une époque où le pilote devait rester humble face à son destrier pour espérer l’exploiter au mieux.

vieille BMW

La BMW R27 est définitivement une moto attachante. Sans excès ni fioritures, elle séduit son pilote par sa facilité, sa simplicité et sa capacité à nous projeter dans un autre espace-temps, sorte d’univers parallèle où l’on se rappelle que souvent, le voyage importe plus que la destination.

Photos: Mathias Deshusses

Auteur

Mathias Deshusses

Mathias Deshusses

37 ans, genevois et sur deux-roues depuis toujours. Aime les machines à grosses sensations et s’aventurer hors des sentiers battus. Est autant à l’aise avec un guidon qu’avec un appareil photo entre les mains.

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