La Niken GT: un concept à développer
Test Yamaha

La Niken GT: un concept à développer

Le trois-roues de Yamaha, apparu en 2018, nous est présenté cette année dans une version GT, dédiée aux amateurs de grands espaces. Notre test sur les petites routes du Jura.

«Motocycle à deux roues, d’une cylindrée de plus de 50 cm3». Telle est la définition d’une moto, selon le dictionnaire Larousse. Side-car, trike ou même Can-Am Spyder, ces engins pourvus d’une troisième roue, s’ils restent étroitement liés au monde de la moto, ne peuvent pas en revendiquer l’appellation malgré tout. La question est donc posée: la Niken, avec son double train avant, peut-elle être considérée comme une moto ?

Le moteur est le trois-cylindres de 847cm3 issu de la MT-09

Le fait qu’elle soit pourvue du fameux moteur de ses sœurs MT-09 et Tracer, d’une transmission par chaîne et d’une boite de vitesse fait pencher la balance en sa faveur. Et puisqu’on parle de pencher, le fait qu’elle le fasse vers l’intérieur du virage (et non vers l’extérieur, comme les autres trois-roues énumérés ci-dessus) la classe définitivement dans la catégorie des motos. Une moto atypique et intrigante, certes, mais une moto malgré tout. L’idée est même loin d’être mauvaise, car en ajoutant un deuxième point d’appui avant, la surface en contact avec le sol est mathématiquement doublée, ce qui accroît de fait l’adhérence, avec une sécurité active augmentée.

Pourtant, la Niken n’a pas la vie facile. Mal-aimée, elle a même tendance à susciter quelques moqueries dans le microcosme motard, où peu de monde lui trouve du charme (ou n’assume pas de lui en trouver). Cette propension à être décriée est pourtant inversement proportionnelle à l’intérêt qu’elle suscite. C’est bien simple, tout le monde veut l’essayer. «Pour voir.» Et avec raison. Car cette moto unique dans la production actuelle est réellement surprenante!

Une moto en avance sur son temps?

La version en test ici figure au catalogue des nouveautés 2019 de la firme japonaise. Il s’agit de la GT, plus axée sur le tourisme et qui bénéficie d’un équipement spécifique. Bagagerie semi-rigide, bulle haute, poignées chauffantes, béquille centrale, régulateur de vitesse et prise 12 volts supplémentaire sont au programme. Le tout pour un surcoût de 1000 francs, qui porte la Niken GT à 18990 francs. Mis à part cela, la GT est en tout point identique à la Niken de base.

Choc visuel

De face, la Niken GT en impose. L’immense bouclier avant est particulièrement soigné, avec des passages de roues (ou plutôt de fourches) façon crossover. Car le train avant est confié à deux fois deux fourches télescopiques inversées, placées dans le sens de la route et sur lesquelles viennent se greffer les roues de 15 pouces. La double optique full LED lui offre un regard acéré et une signature visuelle qui la rend facilement identifiable.

La face avant de la Niken est impressionnante

La largeur du carénage avant contraste avec une partie arrière nettement plus effilée, que les valises latérales viennent juste équilibrer. Ces dernières, semi-rigides et d’une capacité de 25 litres, permettent de loger un casque intégral. Malheureusement, elles ne sont pas étanches, et même si Yamaha fournit des sacs pour emballer vos affaires et les protéger des intempéries, cela n’encourage pas à s’aventurer dans de lointaines contrées. De même, elles ne sont pas verrouillables autrement que par de frêles cadenas à numéros (fournis), servant à attacher les fermetures éclair entre elles. Pas assez sécurisant pour protéger leur contenu, que ce soit en voyage ou en usage urbain.

Ces deux zips se sécurisent par un simple cadenas à numéros

La finition est de bonne facture, mais on regrettera quelques colliers disgracieux au niveau du guidon, ainsi qu’un tableau de bord LCD un peu triste. Il s’avère cependant très complet et étonnement lisible, au vu de la quantité d’informations disponibles. La béquille centrale, elle, est un véritable atout, que ce soit pour l’entretien de la chaine ou pour le stationnement de la moto. Très efficaces également, les poignées chauffantes sont réglables sur trois niveaux et offrent un agrément très apprécié lorsque les températures se rafraîchissent.

Un monstre de facilité et de polyvalence

Le désormais connu trois-cylindres de 847 cm3 issu de la MT-09, qui développe 115 ch à 10000 tr/min pour un couple de 87,5 Nm à 8500 tr/min, dispose d’une cartographie spécifique et se montre un peu plus doux à l’usage que sa grande sœur. Le surpoids (74 kilos tout de même par rapport à la MT-09) n’y est pas étranger. Mais l’essentiel de ce poids étant sur l’avant, il contribue d’autant plus à river la moto au sol. Et c’est vrai que, techniquement, les ingénieurs de la firme nippone ont bien travaillé. Excellemment, même. Les mouvements de la moto sont fluides, les suspensions travaillent indépendamment l’une de l’autre, et les dos d’âne, nids-de-poule et autres raccords de la chaussée sont absorbés dans un confort royal. Le rayon de braquage est surprenant et permet à la Niken GT de virer dans un mouchoir de poche ! Le côté massif de la partie avant, qui peut impressionner lorsque l’on prend place à bord et gêner en parcours urbain, vient clairement renforcer la perception de sécurité ressentie à son guidon. Le freinage est quant à lui parfait. Confié à des disques de 298 mm de diamètre, avec étriers à fixation radiale, il est puissant et progressif, et stoppe les 267 kilos de la bête avec une force impressionnante. Là aussi, l’apport du double train avant est un argument de poids.

Le double train avant met en confiance le pilote

Yamaha annonce des prises d’angles jusqu’à 45° et on peut, en toute confiance, repousser ses propres limites à son guidon. Disposant de trois modes de conduite, d’un antipatinage réglable sur deux niveaux (et déconnectable) et d’un embrayage anti-dribble, c’est avec l’esprit tranquille que l’on prend du plaisir à avaler les kilomètres, en balançant la Niken d’un virage à l’autre. La protection offerte est plutôt bonne, les jambes étant protégées par l’imposant carénage et le buste par la bulle haute, plus haute que sur le modèle standard, mais qui reste malheureusement non réglable. Seuls les pilotes de plus de 1m85 auront quelques remous sur le haut du casque.

L’autonomie est annoncée à plus de 300 km pour 18 litres d’essence, ce qui semble cohérent avec notre consommation moyenne vérifiée durant cet essai (5,4 l/100 km en conduite mixte). La selle, au moelleux confortable, permet d’envisager de telles étapes sans aucun problème. La Niken GT s’avère être une moto fun, offrant un comportement vif et joueur. D’une facilité de prise en main déconcertante, elle permet de rouler loin, et longtemps, sans fatiguer son pilote.

La Niken GT est à l’aise sur les petites routes du Jura

De nuit, on peut compter sur un éclairage très efficace. Le faisceau, bien qu’un peu haut, est large, puissant, et éclaire réellement comme en plein jour. Le seul problème rencontré provient des comodos. Taillés à la serpe, ils ne sont pas rétro-éclairés, et imposent de connaître parfaitement leur positionnement. Il m’est arrivé durant l’essai de faire des appels de phares involontaires alors que je voulais simplement enclencher le régulateur de vitesse ou changer de trip. Une ergonomie à revoir, tout comme les commandes de l’antipatinage et la remise à zéro du trip, curieusement placées sous le tableau de bord.

Nous avons profité d’un superbe coucher de soleil sur le lac des Taillères. Et ensuite de l’éclairage performant de la Niken GT pour rentrer.

Orientation GT à développer

Le tricycle de Yamaha est avant tout un pari osé de la part du constructeur japonais, qui démontre avec cette moto l’entier de son savoir-faire, et se pose en explorateur de l’avenir de la moto. Le trois-roues offre beaucoup à son pilote, à commencer par un confort de très bon niveau, et un train avant rivé au sol qui apporte confiance et sérénité au pilote. Si la moto convainc par sa facilité et sa surprenante agilité, il n’en est pas de même pour cette version orientée « Grand Tourisme ». Une bulle haute (non réglable), une paire de valises (non-étanches et peu sécurisées), ainsi que des poignées chauffantes n’auront pas suffi à transformer la Niken en une moto adaptées aux grands espaces. Et c’est dommage, car le concept est abouti, et la technologie parfaitement maitrisée. Mais une moto, c’est avant tout un coup de cœur et avec des équipements mieux adaptés, nul doute qu’elle trouverait son public. Il ne manque pas grand-chose pour convaincre un peu plus le motard de la pertinence de la démarche.

En route vers 2020, pour une version GT plus aboutie?
Photos: Mathias Deshusses

Auteur

Mathias Deshusses

Mathias Deshusses

36 ans, genevois et sur deux-roues depuis toujours. Aime les machines à grosses sensations et s’aventurer hors des sentiers battus. Est autant à l’aise avec un guidon qu’avec un appareil photo entre les mains.

Commentaires2 commentaires

2 commentaires

  • Jean-Louis Thorimbert

    Pour avoir eu l’opportunité d’essayer le Niken sur quelques kilomètres, je trouve que l’article exprime tout à fait mon ressenti au plan de la conduite, tant en ce qui concerne la prise en main qui met de suite en confiance que pour le sentiment de sécurité et de bonne maîtrise de l’engin éprouvé en roulant sur de petites routes sinueuses. On retrouve aussi effectivement et logiquement le caractère moteur du CP3 en plus feutré que sur la MT09 Tracer.

    • Jérôme Ducret

      Hello Jean-Louis

      Merci pour le commentaire, on apprécie toujours.

      Jérôme Ducret, rédacteur responsable

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