Simon Dubouloz, sellier et mécano en GP et en endurance
Artisan

Simon Dubouloz, sellier et mécano en GP et en endurance

A 28 ans, le Genevois Simon Dubouloz fait partie des selliers les plus demandés 
de Suisse. Il a notamment réalisé une selle pour le champion Valentino Rossi. Il exerce en parallèle ses talents mécaniques sur les scènes des championnats mondiaux.

Ce n’est pas tours les jours qu’on peut offrir une selle à Valentino Rossi. C’est ce qui est arrivé l’an passé au jeune – il a 28 ans – sellier genevois Simon Dubouloz, une étoile montante de ce métier en Suisse. Il la lui a offerte lors d’une brève rencontre dans le «ranch» du «Dottore», à Tavullia (I).

Et le contact s’est fait via l’autre métier de Simon, celui de mécanicien moto d’envergure mondiale. Littéralement: à l’époque, il était l’un des deux mécanos qui suivaient le pilote Moto3 Marco Bezzecchi (3ème en 2018), un des protégés de Valentino, dans les arènes du Mondial. La selle en question était destinée à la moto de Dirt Track du nonuple champion du monde et actuel officiel Yamaha en MotoGP.

Débuts dans l’atelier de sa mère

Simon a appris le métier (celui de sellier) dans l’atelier de maroquinerie de Chris Murner, sa mère, dans le centre historique de Carouge. Un atelier nommé l’Antre-Peaux, très réputé, et qui est l’un des seuls du pays à pouvoir former des aspirants maroquiniers. Si- mon a d’abord voulu devenir mécanicien, et il a suivi un apprentissage. En parallèle, il s’est mis à réparer des selles dans l’atelier de Chris. Puis il s’est inscrit à une école d’ingénieur, en génie mécanique. «Mais je ne me voyais pas continuer dans cette voie, c’était trop théorique, je voulais pouvoir réaliser quelque chose de concret avec mes mains», résume le jeune sellier.

Après des mois de réflexion, il a donc décidé de quitter cette école. Et a utilisé le temps ainsi libéré pour continuer à se perfectionner dans l’art de la sellerie. Il a ensuite fait le pari de commencer la célèbre école française de la Performance, basée sur le circuit de vitesse de Nogaro, qui forme notamment des mécaniciens pour le monde de la compétition. Il en ressortira très bien noté. A tel point qu’il a été le seul étudiant de sa volée à partir immédiatement en stage en mondial; apprécié par l’équipe au sein de laquelle il évoluait, il fut engagé l’année suivante comme mécano pro.

Simon Dubouloz
Quand on est sellier, il fait savoir coudre.

En parallèle, dès 2015, il se met à son compte pour réparer et créer des selles de moto, toujours dans une partie de l’atelier de l’entreprise de sa mère. Les garages de la place vont vite donner du travail à Simon, qui va peu à peu s’orienter vers la création de modèles sur mesure. Et sur celle d’assises destinées à la compétition, de nombreux teams de Moto2 ou Moto3 faisant appel à lui pour modifier l’angle, le grip ou encore la hauteur de leurs selles.

Simon a inventé la «selle drapeau», qui comprend un cale sur lequel le pilote peut s’appuyer, décoré d’un petit emblème aux couleurs du pays concerné. Le petit drapeau suisse sur la selle de notre Tom Lüthi national, c’est lui, bien sûr. Il a fait de même pour des pilotes comme Sam Lowes, Iker Lecuona, John McPhee, Marco Bezzecchi, Gabriel Rodrigo…

Maniaque du détail

Dans un autre registre, il compte aussi Mat Rebeaud parmi ses clients. Simon Dubouloz lui a fait une selle exprès pour le Supercross de Genève. Simon est un maniaque du détail. Ou un artisan doué qui aspire à la perfection, c’est selon. Et il aime la variété que son métier lui apporte. Les commandes qu’il reçoit ne sont souvent pas simples à exécuter. Il en montre une, en cours de matelassage. «Voyez, on doit avoir des losanges brodés de manière exactement symétrique de chaque côté d’une bande centrale non décorée. Il faut que cela colle exactement. En moyenne, je réalise quelque 150 selles par année, et je garde tous les gabarits. Mais jusqu’ici, je n’en ai jamais refait une pareille!»

Simon réalise ses gabarits en carton, puis s’attaque aux superstructures, allant jusqu’à souder des pièces en aluminium quand la selle se confond avec le cadre. Il choisit ensuite la mousse et le revêtement, qu’il coupe et décore, puis il assemble le tout. Ces réalisations prennent du temps, à tel point que, le carnet de commande se remplissant, Simon a moins de temps pour effectuer des réparations pour lesquelles on immobilise le véhicule le moins longtemps possible. Or depuis que le jeune Genevois s’est mis à réaliser des selles pour des «stars» de la moto, les commandes affluent du monde entier.

Selles de compétition
L’atelier dans lequel travaille Simon a un petit air de paddock de course. Notez la photo de Tom Lüthi avec la selle réalisée par le sellier Genevois.

La petite famille Murner (Simon, sa sœur et leur mère) a même mis à profit l’activité du sellier pour lancer des accessoires de mode s’inspirant du monde de la moto. Des sacs à porter en bandoulière, notamment, dont le dos imite de façon très convaincante une selle de moto! Cette ligne de sacs a été baptisée «Motarde» par la maman de Simon.

Devant un tel succès, le jeune artisan se doit de penser à l’avenir. Simon Dubouloz le voit à moyen terme avec peut-être un employé, une autre personne qui le soulagerait d’une partie du travail.

Mécano en endurance au Mans

Toujours à côté de son activité de sellier, le jeune homme continue à œuvrer en tant que mécanicien moto. «Cette année, j’ai prévenu que je ne serais pas disponible en Grand Prix, raconte-t-il. Je dois remettre en état mon épaule, qui a subi un accident sur piste il y a de cela déjà huit ans, qui a été opérée, mais qui n’a pas vraiment guéri. Il a fallu ré-opérer, et il faut la laisser un peu tranquille.»

Simon Dubouloz
Simon en mécano, aux 24 heures du Mans 2019.

Du coup, Simon Dubouloz a opté pour un nouveau défi, avec moins de courses par années, mais d’un genre différent: l’endurance. Il est mécano du team français Sarazin, numéro 66, sur Yamaha, en catégorie Superstock. «C’est un job absolument génial, confie-t-il. Chaque petit détail doit être pensé pour fiabiliser la moto et rendre plus rapides les opérations au stand durant les essais et durant la course. Ça demande de la réflexion, et bien sûr de la rapidité. Au Mans, où nous avons fini 14èmes au scratch, on a dû se demander où faire passer les faisceaux électriques. A l’extérieur, avec l’avantage d’un accès facilité, mais l’inconvénient que les faisceaux étaient exposés en cas de chute, ou à l’intérieur? Chaque équipe a ses petits secrets pour aller plus vite.» Non partagés.

Photos: Roger Lohrer/Jérôme Ducret/jeromephoto
Article paru sous une autre forme dans le magazine Moto Sport Suisse

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - 51 ans, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes.

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