Endurance – Le titre pour le YART au bout du Bol d’Or, et une cruelle désillusion pour les frères Suchet

Publié le 18 septembre 2023 par Jérôme Ducret.

Photos: DR.

Finale du mondial

Endurance – Le titre pour le YART au bout du Bol d’Or, et une cruelle désillusion pour les frères Suchet

L’abandon de la Honda du team champion du monde en titre durant la nuit a servi le titre sur un plateau au team Yamaha, qui a fini 4ème de l’épreuve de 24 heures – remportée par le SERT (Suzuki) devant le team VIltaïs Honda et le team BMW Motorrad. En catégorie Superstock, l’équipe National Motos (Honda), avec les deux pilotes suisses Sébastien et Valentin Suchet, était en tête et tenait la couronne mondiale quand une panne moteur est survenue, à moins d’une demi-heure de la fin. Ils finissent tout de même vice-champions de leur catégorie.

La course des 24 heures du Bol d’Or, sur le circuit français Paul Ricard, au Castellet, a signé le couronnement d’une saison 2023 flamboyante pour le YART, le team officiel soutenu par la marque japonaise Yamaha en championnat mondial d’endurance.

La saison avait bien débuté pour le YART, avec une deuxième place à la première course, les 24 heures du Mans (remportées par l’équipe championne en titre, le F.C.C. TSR Honda France) et une victoire à la deuxième course, les 24 heures de Spa (lire notre compte-rendu).

Ces mêmes 24 heures de Spa avaient donné la victoire dans la catégorie Superstock (motos plus proches des motos de série) au team français National Motos, au sein duquel courent deux pilotes suisses, Sébastien Suchet (pilote soutenu par ActuMoto.ch) et son frère Valentin.

Mauvaise opération à Suzuka pour les teams Suzuki et Yamaha

Les 8 heures de Suzuka, qui ont suivi, au Japon, étaient comme d’habitude réservées aux équipages de la catégorie EWC (analogue aux Superbike en vitesse).

Suzuka
Le départ de la course des 8 heures de Suzuka, au Japon. Comme d’habitude dans les courses d’endurance, les pilotes se trouvent d’un côté de la piste, et leurs machines de l’autre.

Trois des teams en lice pour le titre EWC cette année, soit l’équipe championne en titre, le F.C.C. TSR Honda France (numéro 1), le YART et le SERT (team officiel Suzuki) ont connu des déboires durant ces 8 heures au Japon.

La première de ces trois équipes a connu une dysfonction d’un capteur qui a conduit à la chute d’un des trois pilotes en début de course. Le F.C.C. TSR a pu remonter jusqu’à la quatrième place finale, derrière un trio de teams japonais ne concourant qu’à Suzuka.

A Suzuka (Japon), la Honda du team officiel HRC (numéro 33), devant la Yamaha du YART (numéro 7), la Suzuki du SERT (12) et la Honda championne du monde en titre du F.C.C. TSR (numéro 1).

Après examen technique final des machines, le team Toho Racing (Honda, EWC) a été disqualifié pour réservoir d’essence non conforme et sa troisième place est revenue au F.C.C. TSR.

La course a été remportée par le team HRC (Honda Racing Corporation), avec les trois pilotes Xavier Vierge (membre de l’équipe HRC en mondial Superbike), Takumi Takahashi et Tetsuta Nagashima.

Le team HRC a remporté les 8 heures de Suzuka.

Pour le YART, la course avait par contre bien débuté, mais après un peu plus d’une heure et trente minutes, la Yamaha a connu des soucis techniques elle aussi, et son pilote Karel Hanika a dû ramener la moto au stand, avec l’aide d’un marshall. Le team n’a pu terminer la course qu’au 23ème rang.

La course a été compliquée pour le YART. Karel Hanika a dû revenir au box avec la Yamaha en panne.

Et pour le SERT, qui était en passe de finir deuxième, un changement de pneus vers la fin, lorsque la pluie s’est invitée, s’est conclu par une chute et la douzième place. Une de mieux qu’un concurrent dans la catégorie, le team Kawasaki Webike Trickstar (numéro 11).

Quant au quatrième équipage en contention pour le titre dans ce championnat, le team BMW Motorrad officiel, il a livré une bonne prestation et a franchi la ligne de finish en septième position.

Ces résultats ont fait que le F.C.C. TSR était toujours en tête avant la finale du Bol d’Or sur sol français, au Castellet, mais son avance n’était que de 13 points sur le YART, avec le team BMW Motorrad en embuscade, devant le SERT.

Pour les résultats complets des 8 heures de Suzuka, c’est par ici.

Quatre prétendants bien placés au départ du Bol d’Or

Avec 85 points à disposition au Bol d’Or, sur le circuit Paul Ricard, et seulement 74 points séparant le premier au classement et le sixième, ces 24 heures finales étaient encore bien ouvertes.

Lors des séances qualificatives, le team BMW Motorrad a réussi à obtenir les deux meilleurs temps, sur ses trois pilotes Ilya Mikhalchyk, Markus Reiterberger (temps de 1 min 51,596 secondes, nouveau record du tour) et Jérémy Guarnoni, devant le SERT et le F.C.C. TSR.

Pour le YART, le 4ème temps de ces qualifications signifiait la quatrième place au départ, mais aussi un déficit de 14 points, un de plus, sur le leader du championnat.

En Superstock, la meilleure position est revenue au team Tecmas-MRP BMW (numéro 9), onzième, devant National Motos (numéro 55), treizième, et le Wojcik Racing Team STK (numéro 777), quinzième.

National Motos
Ambiance décontractée avant le départ de la course pour les trois pilotes du team National Motos. De gauche à droite, le Français Guillaume Raymond, et les deux Vaudois Sébastien et Valentin Suchet.

Il n’y avait pas que les frères Suchet parmi le contigent de pilotes helvétiques à ce Bol d’Or 2023. Randy Krummenacher, le champion du monde Supersport 2019, était exceptionnellement engagé par le team Tati Beringer (EWC, Kawasaki, numéro 4), qui était classé neuvième.

Et le team suisse Bolliger (EWC, Kawasaki numéro 8), avec le pilote suisse Marcel Brenner, était 14ème, un rang de moins que National Motos.

pour le YART
La Kawasaki du team suisse Bolliger, pendant les essais qualificatifs.

N’oublions pas que pour le YART, son pilote remplaçant est suisse. Il s’agit de Robin Mulhauser, qui a déjà été champion du monde d’endurance en Superstock par deux fois. Comme aucun de ses coéquipiers Marvin Fritz, Niccolo Canepa et Karel Hanika n’était blessé ou empêché, son travail s’est arrêté aux qualifications.

Lindegger
Le Suisse Yves Lindegger au guidon de la Yamaha du team italien Aviobike.

Un autre team, le Junior Le Mans Sud Suzuki (numéro 72, Superstock, classé 33ème), dont les mécanos sont des jeunes en formation qui changent donc régulièrement, avait lui aussi un pilote suisse remplaçant: le Vaudois Killian Aebi, actuel deuxième en catégorie Superbike Challenger du championnat français Superbike (lire notre dernier article).

Pour le YART
La piste était encore mouillée juste avant le départ de la course de 24 heures.

Le tableau ne saurait être complet sans mentionner le Vaudois David Chevalier, membre du team Superstock Falcon Racing (Yamaha, numéro 121), classé 35ème, ainsi que le Suisse allemand Yves Lindegger, dans le team Aviobike (Superstock, Yamaha numéro 101, 40ème), et le Fribourgeois Samuel Trüeb, dans le Greeen Team 42 Lycée Sainte-Claire (Superstock, Yamaha, numéro 42, 44ème).

pour le YART
Le départ du Bol d’Or 2023., avec la numéro 37 du BMW Motorrad World Endurance Team en pole, devant la Suzuki du SERT et la Honda championne en titre du F.C.C. TSR.

Le pilote du SERT a pris un excellent départ, devançant celui du team BMW. Canepa, au guidon pour le YART, a paru rouler sur des oeufs dans les premiers tours. La piste étant encore partiellement mouillée, le choix des pneumatiques était particulièrement important. Les motos avec des pneus pluie perdaient progressivement du terrain sur celles qui avaient des pneus intermédiaires.

pour le YART
Juste après le départ, la Suzuki du SERT (numéro 12) a pris les devants sur la BMW du team officiel (numéro 37).

C’est ainsi que la Ducati du team ERC (numéro 6, EWC), avec le vétéran Chaz Davies comme pilote, s’est trouvée en train de lutter au sommet avec la Kawasaki du Tati Beringer, pilotée par Randy Krummenacher, et la Honda du team Viltaïs (numéro 333, 14ème à Suzuka), avec l’Argentin Leandro Mercado, qui débute sa nouvelle carrière en endurance après des passages remarqués en mondial Superbike.

Krummenacher
Le Suisse Randy Krummenacher sur la Kawasaki du team Tati Beringer (EWC, numéro 4), devant la Honda du team Viltaïs (numéro 333).

Mais Canepa, qui roulait sur des slick (pneus sans relief, normalement uniquement adaptés à une piste entièrement sèche), a peu à peu repris les secondes de retard accumulées dans les premiers tours, et après 30 minutes il était en tête, tandis que les pilotes des autres teams de pointe rentraient au box pour se mettre eux aussi en slick.

La Ducati numéro 6 (team ERC, catégorie EWC) s’est battu au début à la tête de la course. Ici juste derrière la BMW Superstock du team Tecmas MRP.

C’est là, après ce changement de pneus, que le coéquipier de Davis, Javi Fores, est tombé à la suite d’une collision, et qu’il a dû rentrer aux stands en boîtant, la Ducati fortement endommagée. Les « Safety Cars » ont été déployées, les voitures de sécurité neutralisant la course et les pilotes ayant l’interdiction formelle de dépasser, pendant que l’on nettoyait la piste et qu’on la sécurisait. L’ERC, lui, a dû se résoudre à jeter l’éponge.

pour le YART
La Ducati du team ERC après sa chute, dans le deuxième relais.

Ce frein inattendu à la progression des pilotes a reserré les rangs, et l’avance gagnée par le YART grâce à son pari sur le choix des pneus a été fortement réduite, notamment parce que son pilote a choisi de rentrer au stand pour effectuer un ravitaillement pendant la période neutralisée, et qu’il a dû attendre le passage d’un des « trains » de motos derrière l’une des Safety Cars.

A la reprise des hostilités, ou du moins de la course, le Viltaïs a pris la tête, que lui disputait le SERT et le F.C.C. TSR.

Suchet
Le Vaudois Valentin Suchet (Honda numéro 55) devant la Kawasaki du team BMRT 3D Maxess Nevers.

En Superstock, National Motos menait alors la danse, avec une petite avance sur ses concurrents. Le Tecmas MRP a été contraint à l’abandon après seulement un peu plus de trente minutes en raison d’un problème technique, et le team Honda No Limits plus tard, à cause d’une chute survenue après une collision.

Au bout de huit heures de course, c’est-à-dire au prochain épisode où des points étaient attribués, le SERT était en tête, la deuxième place étant pour le YART. Le F.C.C. TSR et le team BMW Motorrad suivaient. Et l’équipe des Vaudois Valentin et Sébastien Suchet menait toujours sa catégorie, aux alentours de la dixième-onzième place, devant le team 33 Louit April Moto (Kawasaki) et le team OG Motorsport (Yamaha, numéro 13).

Bol Zarco
Le pilote français de MotoGP et double champion du monde Moto2 Johann Zarco a fait cette année une petite démonstration musicale sur la scène du Bol d’Or.

Peu après 20 heures, Gregg Black, du team SERT, est tombé. Cela n’a pas empêché son team de rester dans le groupe de tête. Par contre, peu après minuit, un problème électronique a forcé la BMW numéro 37 à passer plus de huit minutes au stand, diminuant sérieusement ses espoirs de victoire, et bien sûr de titre.

Trueb
Derrière la Kawasaki officielle (numéro 11), la Yamaha du Green Team, équipe pour laquelle courait le Suisse Samuel Trüeb.

Puis aux alentours de 3 heures du matin, la Honda numéro un, qui était solidement installée dans les trois premiers, est tombée en panne à l’entrée des stands. Malgrés tous les efforts du team, il a fallu déclarer forfait. Il fallait à partir de là pour le YART finir la course – plus besoin de victoire – en s’assurant d’avoir suffisamment de points pour dépasser les rivaux du F.C.C. TSR Honda France. Cela voulait dire finir au moins neuvième.

Les pilotes du YART ont donc baissé le rythme, voulant jouer la sécurité, tandis que le SERT prenait de l’avance en tête de la course.

pour le YART
La Yamaha du YART en pleine nuit.

Chez les Superstock, une chute de Valentin Suchet vers deux heures du matin n’a pas eu de conséquence pour le team National Motos (numéro 55), qui a pu conserver son avance pour la victoire et le titre sur les équipes 33 Louit April Moto (Kawasaki) et Chromeburner RAC41 Honda. Mais les écarts étaient plus faibles qu’en EWC, ce qui voulait dire que les équipiers de National Motos ne devaient pas relâcher leur garde!

Au matin, de l’huile laissée sur la piste par une moto a entraîné la chute de plusieurs pilotes, dont celui du SERT, dont aussi Sébastien Suchet à bord de la Honda de National Motos. Les deux hommes ont pu repartir et n’ont pas perdu beaucoup de temps.

Bol Or
Les pilotes repartent après une chute collective causée par une fuite d’huile dimanche matin.

Le même matin, la Kawasaki numéro 4, celle du team Tati Beringer, a elle aussi dû abandonner, alors qu’elle se trouvait en cinquième position. Le rookie suisse (en endurance) Randy Krummenacher, l’un des trois pilotes de ce team, a montré qu’il avait l’étoffe d’un pilote d’endurance de niveau mondial.

Et durant la nuit, c’est la Yamaha Superstock du Falcon Racing (numéro 121), avec le pilote vaudois David Chevalier qui a renoncé, les mécanos décidant que la Yamaha était « trop capricieuse » et présentait un danger tant pour les pilotes du team que pour leurs concurrents.

Pendant tout ce temps, le team suisse Bolliger (EWC, numéro 8, Kawasaki), puni d’un stop and go dans les stands en début de course en raison du comportement jugé « irresponsable » d’un de ses pilotes lors des essais qualificatifs, faisait son petit bonhomme de chemin. D’abord tombé au-delà de la vingtième place, il est patiemment remonté.

Bolliger
Ravitaillement nocturne pour le team suisse Bolliger.

Le team Suzuki (SERT) a terminé son Bol d’Or avec seulement deux pilotes, Etienne Masson et Gregg Black, leur coéquipier Sylvain Guintoli étant malade… mais les deux hommes ont tenu bon et leur avance sur le reste n’a cessé de croître.

La machine du SERT a franchi la ligne d’arrivée à 15h dimanche avec sept tours d’avance sur la Honda numéro 33 du team EWC Viltaïs – le team s’était imposé en 2022 sur ce circuit, mais sur une Yamaha.

SERT Suzuki
Le team SERT (Suzuki) a remporté cette dernière épreuve du mondial d’endurance 2023.

Le team BMW Motorrad est arrivé troisième, avec un tour de retard sur Viltaïs, et le YART a fini quatrième, à 4 tours de la BMW. C’était plus que suffisant pour enfin décrocher le titre mondial, que l’équipe avait dû attendre neuf ans durant!

pour le YART
La quatrième place de ce Bol d’Or, et surtout le titre de champion du monde pour le team Yamaha officiel, le YART. Ici avec Eric De Seynes, le président de Yamaha Europe. Et, tout à droite, le pilote remplaçant suisse Robin Mulhauser.

Encore un peu plus loin (4 tours), la Kawasaki du team officiel (numéro 11, EWC) a terminé l’épreuve en cinquième position, devant la meilleure équipe Superstock.

Cela aurait pu être National Motos, mais à moins d’une demi-heure de la fin, la Honda numéro 55 a soudain montré des signes de faiblesses dans son moteur. Sébastien Suchet est rentré au stand, directement dans le box. Après un bref dialogue avec les mécanos et le patron du team, il a été décidé de renvoyer pilote et moto sur piste.

Ils ont fait moins d’un tour à l’allure d’un escargot, voulant sans doute perdre le moins de points possible face à leurs poursuivants, qui étaient tout proches. Puis pilote et moto se sont arrêtés en bord de piste, et ils n’ont rien pu faire d’autre que d’attendre que le drapeau à damiers soit brandi en fin de course. Ils ont encore pu franchir la ligne d’arrivée, se classant dix-huitièmes, et huitièmes de leur catégorie.

Kawasaki
Le titre Superstock et la victoire au Bol pour la Kawasaki du team 33 Louit April Motos.

Ce retournement de situation a été vécu avec beaucoup de tristesse dans tout le team. Nous ne pouvons que leur adresser nos sincères félicitations pour tout le travail accompli, qui n’a malheureusement pas payé. Mais ce huitième rang était suffisant pour leur garantir la troisième place finale au championnat Superstock, derrière la Kawasaki numéro 33 et la Honda numéro 41.

pour le YART
Le team National Motos a juste pu terminer la course en 18ème position, sa Honda ayant flanché à moins d’une demi-heure de la fin de la course. Mais ils ont tout de même pu monter sur le podium final du championnat Superstock.

Un changement est intervenu après la course, le team numéro 41 ayant été disqualifié pour réservoir d’essence non conforme. Cela a fait remonter National Motos d’un rang (7ème), et donné le titre au team 33 Louit April Moto. Valentin Suchet, Sébastien Suchet, leur coéquipier Guillaume Raymond et tout le team numéro 55 ont ainsi hérité de la place de vice-champion du monde Superstock 2023!

Quant au team Bolliger, il a terminé son Bol d’Or au 14ème rang, et son championnat EWC en 13ème position.

On peut encore féliciter le team Aviobike (avec le pilote suisse Yves Lindegger), qui a fini l’épreuve, se classant 25ème, et le Green Team, avec le Suisse Samuel Trüeb, qui a fait de même (27ème). Seuls 32 teams sont arrivés au bout, et il y a eu pas moins de 14 abandons.

Pour les résultats complets des 24 heures du Bol d’Or, c’est par ici.

Source fimewc.com
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