Essai Monnier XRE, mode silencieux activé!
Test Monnier

Essai Monnier XRE, mode silencieux activé!

La marque chinoise BHR, connue en Europe pour ses motos de cross et d’enduro abordables, présente ses premières machines à moteur électrique. En collaboration avec la marque suisse Monnier (SP Racing), à Moudon. Nous avons pu tester une pré-pré-série au Centre Pédagogique Romand de Pilotage (CPRP), toujours à Moudon.

Elles sont encore peu nombreuses sur le marché, cependant les motos électriques ne sont plus un concept abstrait. Celle que nous présentons ici, la Monnier XRE, en témoigne. Elle est déjà disponible sur le marché suisse. Pas encore dans une version définitive, notez bien. Notre exemplaire de test est de fait une pré-série. Ou plutôt une pré-pré-série. Plus un prototype, mais pas encore exactement un modèle de grande série totalement abouti. Ce dernier devrait arriver chez nous au printemps 2022.
A l’heure actuelle, personne ne peut encore prétendre avec exactitude de quoi notre futur de motard(e)s sera fait. La technologie avance vite, l’éternel débat écologique ne cesse d’alimenter les discussions et les constructeurs planchent tous en secret sur ce que deviendront leur gamme de deux-roues pour demain. Certains ont déjà franchi le pas en sortant leurs modèles au grand public avec plus ou moins de succès (lire par exemple notre essai de la Zero SR/S), quand d’autres préfèrent peaufiner leurs projets encore plus précisément avant de dévoiler leurs cartes, malgré quelques rumeurs qui fuitent parfois.
Les motos électriques bien qu’elles soient catégorisées comme telles, ne sont à mon humble avis, pas comparables à des motos thermiques. Oui vous avez une moto entre les jambes en terme de châssis, freinage, équipement, etc. Cependant, leurs comportements sont parfois si différents qu’on se retrouve propulsé dans un autre monde, un monde silencieux avec une dynamique particulière. Les mêmes questions reviennent alors sans cesse: c’est comment à conduire? Ca équivaut à quelle cylindrée? Les réponses à ces questions sont évidemment assez personnelles, car selon moi il faut comparer ce qui est comparable. C’est pour cela que dans cet article présentant mon essai de la XRE, je ne souhaite pas tomber dans un éventuel match avec une moto thermique.
Cette moto est une Monnier, parce qu’elle est vendue en Suisse et développée par Olivier Monnier, bien connu dans nos contrées pour ses motos sur base Honda (il y a longtemps) et pour ses supermotos et enduros abordables (lire notre essai de la XRF 450 Supermoto). Il importe et utilise aussi des BHR, dont la E-Race électrique a servi de base technique à cette nouvelle Monnier XRE.

BHR? Quésaco?

BHR est une marque appartenant à un groupe géant chinois. Elle conçoit des motos tout-terrain qui ne se prétendent pas les plus performantes du marché. Le but recherché est plutôt de trouver un compromis en terme de facilité d’utilisation et de fiabilité, le tout pour un budget contenu. Pour cela, elle reprend simplement les bases châssis d’un ancien modèle japonais qui permet de ce fait une grande compatibilité de pièces avec des marques réputées comme Nissin, Keihin, Mikuni ou Koso, entre autres.
Concernant la partie motorisée, excepté pour ses moteurs 2-temps, le groupe fait appel à un énorme industriel chinois également, dénommé Zongshen. Là encore la simplicité est de mise, ce qui permet notamment d’utiliser leurs moteurs sur plusieurs modèles de motos, aussi bien offroad que routières. Ceci dans le but de maximiser la production et donc de réduire drastiquement les coûts de fabrication.
E-Race
La Monnier XRE électrique, version enduro (pas encore homologuée) nous attend.
Cependant ne prenez pas le raccourci évident en pensant que la simplicité chinoise pas chère rime avec une qualité en baisse. Zongshen produit plus 1500000 moteurs par an (même pour l’aviation), possède plus de 2200 brevets et collabore avec des marques réputées comme BMW, Norton, Piaggio, etc.

La XRE vue de près

Nous avons eu la chance de pouvoir tester le tout nouveau modèle électrique de la gamme Monnier-BHR, la XRE, qui, on l’a dit, n’est pour le moment qu’au stade de la pré-pré-série. Bien des choses vont changer pour les futurs modèles 2022 car l’usine avance à grand pas et Olivier Monnier, qui fait le travail de développement du futur modèle homologué, aussi.

Sur la béquille, la moto présente bien avec beaucoup de pièces usinées et anodisées « tape à l’oeil » (tés de fourches, pontets, moyeux..), un compteur digital de vitesse sommaire mais lisible, des feux arrière et clignotants à LED avec une alarme pour ne pas les oublier, un compteur digital de batterie incrusté dans le faux réservoir (informant sur le voltage de la batterie et sur son autonomie), une housse de selle « grip ». Bref, elle semble bien équipée!
BHR
Le témoin de charge qui vous dit ce que vous devez savoir sur l’état de charge des batteries.
En s’approchant un peu cependant, on remarque quelques détails moins flatteurs, comme les soudures grossières du cadre en acier, le faux réservoir au look peu raffiné ou encore le sélecteur de vitesse et la pédale de frein qui font un peu « cheap ». Les commodos sont basiques, mais fonctionnels. Le contacteur rouge on/off sur cet exemplaire n’en est en fait pas un, il permet de choisir entre les 2 modes moteur disponibles.
BHR commodo
Ce bouton, sur notre exemplaire de pré-série, sert à sélectionner l’un ou l’autre des modes moteur disponibles.
Vous disposez également sur cette E-Race d’une prise USB sur le commodo de droite, qui a le mérite d’être là, mais aurait pu être placée de façon plus judicieuse, vers le compteur par exemple. Elle aurait été mieux protégée des éléments et surtout cela aurait évité d’avoir un câble qui navigue sur le guidon dès que vous allez y brancher votre appareil…
BHR levier
Les leviers sont… retournables.
Une fois assis dessus, on ne ressent aucune différence avec une autre moto tout-terrain, si ce n’est un arrière qui a déjà tendance à descendre bas (non je ne suis pas gros..!), avec une assiette presque façon « chopper » de la moto, qui se confirmera au roulage. Le guidon de gros diamètre possède un galbe agréable et neutre, tandis que les deux leviers sont retournables pour le meilleur et pour le pire – j’y reviendrai …

3,2,1… moteur!

Je tourne la clé de contact au niveau de la colonne de direction. Pas de démarreur? Elle a déjà démarré, là? Ah oui, effectivement… Si je ne mets pas un coup de gaz dans le vide qui me permette d’entendre le léger sifflement du moteur, aucun témoin ou alarme m’indique que la E-Race a démarré. Il faudra être vigilant à cela, car la moto démarre que vous soyez au neutre ou en prise avec une vitesse, ne possédant aucun contacteur de vitesse.
Attention donc à ne pas tourner la poignée sans y être attentif. D’autant qu’elle ne possède pas non plus de contacteur de béquille, élément qui est déjà en train d’être modifié en vue d’une future homologation.

E-Race

Embrayage… première vitesse… c’est parti! Ok, mais ça marche comment alors? Je lâche l’embrayage gentiment comme d’habitude? En fait non… l’embrayage ne vous servira qu’à utiliser votre sélecteur de vitesses en roulant. Pour démarrer et vous arrêter, nul besoin de tirer sur le levier gauche. Eh oui, par définition, la XRE ne peut pas caler.
Je la règle directement en mode « pleine puissance », car je me rends vite compte que le mode « Soft » est vraiment très « soft » et ne présente que peu d’utilité, si ce n’est s’endormir au guidon.
Un peu d’action pardi! Je me lance. 1ère, 2ème… le sélecteur de vitesse ne sort pas directement de la boîte de vitesse, il passe par une tringlerie qui possède beaucoup de jeu. Dommage, car on perd de ce fait en feeling et en précision, mais le problème a déjà été amélioré sur le prototype et sera définitivement résolu sur les futurs modèles. Le sifflement du moteur de type Brushless (sans balais) se fait discret et ne masque donc pas les bruits (chaîne de transmission et autres) qu’on entend très peu sur une moto thermique.
E-Race
La XRE est plutôt large entre les jambes (pas trop). Pour une moto de ce type.
Je me chauffe en prenant la mesure de l’engin sur une piste que je connais par coeur et sur laquelle j’ai l’habitude de rouler en moto électrique, mais d’une marque concurrente. La Monnier est plutôt large entre les jambes, ce qui ne réduit pas forcément la mobilité sur la moto, mais permet de bien la serrer.
En roulant, l’assiette « chopper » se confirme et n’aide pas à la maniabilité. On a la sensation d’avoir un avant qui reste très haut par rapport à l’arrière de la moto, ne rendant pas facile les transferts de charge et la mise en virage. Malgré les réglages que nous avons testé sur les suspensions HTW pour réduire ce phénomène en montant les tubes de fourches au maximum et en cliquant par ci et par là sur la fourche (réglable en compression et détente) et l’amortisseur (réglable sur 3 voies), nous n’avons pas réussi à trouver un feeling satisfaisant. L’usine est déjà en train de plancher sur un amortisseur plus long qui permettrait de trouver une assiette générale plus neutre.
Deux points viennent selon moi amplifier ce phénomème: la répartition des masses et le poids général de la moto. Annoncée a 124 kg, la Monnier XRE ne fait pas dans la catégorie poids-plume! C’est quasiment 10 de plus qu’une 450 d’enduro moderne… d’autant plus que la batterie placée très en avant et en hauteur accentue cet effet de moto qui vous embarque un peu dans les virages.

E-Race

Il ne faut pas hésiter à lui rentrer un peu dedans et à la balancer, sans s’endormir, sous peine de subir son embonpoint.
Bon, j’ai compris son fonctionnement… il est temps de mettre du gaz ou plutôt de l’électricité! La première vitesse est particulièrement courte et ne présente que peu d’utilité. Seconde, j’ouvre en grand.. elle marche fort cette Monnier! Elle est annoncée à 32 ch à la roue arrière, une fois sur banc d’essai cependant, les chiffres tombent à 25 ch au moteur. Dans tous les cas, elle tracte de façon énergique! Il faut vraiment se tenir au guidon et elle nous rappelle que ce n’est pas un jouet.
J’aborde mon premier saut à vive allure et à la réception (un peu virile je vous l’avoue), mon levier d’embrayage se plie vers le bas! Moment de solitude, mais peu de temps pour réfléchir, le prochain virage est déjà là. Heureusement que je n’ai pas eu la même mésaventure avec le levier de frein avant. J’ai pour habitude de rouler la plupart du temps avec un doigt sur l’embrayage en tout-terrain et sous le choc de la réception, le levier étant articulable dans tous les sens, il a plié vers le bas. Les leviers sont généralement articulés vers l’avant et vers le haut en cas de chute, mais pas vers le bas… Je suis prévenu maintenant.
Heureusement pour moi, la puissance de freinage est bonne, sans être exceptionnelle. L’étrier Nissin pince avec force le disque de 240 mm à l’avant, mais manque un peu de mordant. L’arrière se montre dosable et suffit largement à placer la moto.
BHR freins
Etrier Nissin et disque de 240 mm à l’avant. Dans la norme pour une enduro de cette taille.
La boîte à quatre vitesses n’est pas un modèle de précision, mais fait le boulot. La 3ème vitesse possède une allonge honorable, mais perd en réactivité. Tandis que la 4ème et dernière vitesse ne montrera son avantage qu’en allonge pure, donc à réserver plutôt pour un usage route. Car oui, elle sera normalement prévue en version homologuée suisse (enduro ou supermotard) vers la fin du premier semestre 2022. Sur route, la Monnier atteint environ 110 km/h en vitesse de pointe, tout cela pour une autonomie d’un peu moins de 70 km.

BHR freins

En mode tout-terrain, la vitesse pure importe peu et l’autonomie pourra varier en fonction du terrain, de la façon dont vous roulez et évidemment du mode choisi. Le site du constructeur annonce 130 km à 25km/h pour un pilote de 75 kg, ce qui équivaut à une balade enduro sans trop de dénivelé, ni de difficulté. Ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés avec exactitude, mais il est évident que la marge d’estimation peut parfois varier grandement. Personnellement, en mode pleine puissance, j’ai pu rouler et tester la moto durant 2 bonnes heures sur un terrain de cross peu technique, à des intensités plus ou moins fortes et je n’ai pas réussi à vider la batterie entièrement, sachant qu’elle avait déjà 15 min de roulage la veille et qu’elle n’avait pas été rechargée entre temps.
Le temps de recharge justement est d’environ 3h30, ce qui vous permettra largement de prendre un café et de vous reposer.

La boîte de vitesse de la XRE est-il un avantage ?

Oui et non…. En mode tout-terrain, l’avantage d’avoir une moto électrique équipée d’une boîte de vitesse mécanique permet de ne pas perdre ses repères par rapport à une moto thermique et surtout d’exploiter au mieux les plages d’utilisation de la moto en fonction des besoins, économisant par la même occasion l’autonomie de la batterie.
L’embrayage permettra de s’acquitter des passages techniques en utilisant le fameux « coup de gâchette » pour cabrer la moto si besoin (marche, tronc d’arbre etc.), encore faut-il avoir le niveau pour le faire. Le feeling sur cet embrayage est en revanche un peu différent je trouve, comme si on ressentait un léger temps de latence, le timing pour lâcher ce coup de gâchette semble un peu décalé. De toute façon, cette technique reste discutable sur une électrique, tellement le couple de ce genre de moteur est instantané et permet souvent de cabrer sans même l’aide de l’embrayage.
E-Race
Il y a bien assez de puissance, et surtout de couple.
En revanche, le fait de ne pas avoir besoin de débrayer dans les passages techniques est d’une grande aide. Je pense notamment à une utilisation enduro avec des sections un peu délicates. Vous pourrez vous arrêter et ne jamais avoir à jouer du levier gauche, car nous ne pourrez jamais caler.
Attention toutefois, gardez à l’esprit que le moteur ne possède justement pas de frein moteur. Il vous faudra donc utiliser uniquement les freins dans les descentes. Si vous faites caler votre moto thermique dans une section pentue (volontairement ou pas), elle reste sur place bloquée par la vitesse engagée, le temps que vous repreniez vos esprits. La Monnier électrique XRE quand à elle filera droit en bas en marche arrière si vous n’avez pas eu le temps d’attraper un des deux freins (ce qui peut parfois être périlleux suivant la position dans laquelle on se trouve).

E-Race

Certains diront que le fait d’avoir une boîte de vitesse augmente par la même occasion l’éventualité d’avoir des soucis mécaniques, tant en terme d’usure normale ou voir même pire, de casse. Nous n’avons malheureusement pas le retour nécéssaire pour nous prononcer sur le sujet et seul l’avenir permettra de répondre à cette question.

Bilan positif…

Cette moto possède selon moi un bel avenir devant elle et je me permets de vous rappeler que le modèle essayé n’est qu’un prototype en évolution constante. Les futurs modèles 2022 de la XRE promettent de grandes modifications, améliorant sans aucun doute les quelques points noirs présents sur la liste.
Elle est proposée actuellement au tarif de 8890 frs pour la version enduro, la version supermotard étant pour le moment uniquement sur demande. La moto est disponible en coloris unique avec une garantie d’une année et le chargeur est compris dans le prix.

E-Race

Il faudra attendre normalement la fin du premier trimestre 2022 pour obtenir la Monnier XRE, en version homologuée pour permis A et A1, permettant d’envisager la route autrement, que ça soit en mode enduro ou supermotard.
Pour plus d’informations sur la E-Race ou sur toute la gamme BHR, vous pouvez consulter le site internet de BHR, ou contacter le concessionnaire SP Racing à Moudon, qui est l’importateur officiel en Suisse et revendeur de la marque et qui vend et distribue bien sûr aussi les motos de marque Monnier (lire notamment notre essai de la Monnier XRF 450 en mode supermotard). Du nom du patron et fondateur, notamment du Centre Pédagogique Romand de Pilotage, le CPRP.
BHR reste fidèle à sa ligne de conduite, à savoir proposer une moto simple, efficace, au budget contenu. Et Olivier Monnier est déjà en train d’apporter sa patte pour le futur modèle homologué. L’idée est bonne, le potentiel est là, il ne reste plus qu’à revoir un peu la copie. Rendez-vous donc au printemps 2022!
Photos: madpik (Jean-Baptiste Rozain)

Article mis à jour le 8 février 2022 à 20:35

Auteur

Jean-Philippe Munafo

Jean-Philippe Munafo

JP, 33 ans, instructeur dans l'initiation au pilotage motocross, est tombé dans la marmite des l'âge de 7 ans. Après des années de motocross et de stunt, il a possédé toutes sortes de motos une fois le permis en poche. Il affiche une certaine préférence pour tout ce qui est joueur et qui donne la banane.

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