Un gilet airbag sans fil, sans GPS, et indépendant de la moto
Alpinestars

Un gilet airbag sans fil, sans GPS, et indépendant de la moto

La marque Alpinestars a présenté à Etagnières (VD) le fonctionnement de son produit phare en matière de sécurité sur un deux-roues motorisé_ le Tech-Air. Cher, mais efficace. On a testé – un peu.

Un airbag sans fil inclus dans un gilet, indépendant de la moto – ou du scooter – et qui garantit une protection de tout le haut du corps avant le premier impact. Et qui en plus est assez pratique et confortable. C’est en quelques mots la description faite par la marque d’équipements protecteurs Alpinestars à propos de son produit phare, le Tech-Air, que l’on peut utiliser aussi bien sur route que sur piste. Marc Borho, un membre du team d’analyse du marché au siège d’Alpinestars en Italie, a fait le déplacement vendredi dernier en Suisse, pour faire une présentation très complète de ce produit.

Cette présentation – suivie d’un bout de démonstration de gonflage du gilet sur les clients volontaires, se tient dans le cadre des portes ouvertes du concessionnaire Honda Motoline, à Etagnières (VD). Le show se répète à plusieurs reprises samedi et dimanche 6 et 7 mai 2017. Cet agent est en effet le centre spécialisé dans les produits avec airbag d’Alpinestars pour toute la Suisse romande. Il en existe un autre en Suisse allemande, du côté de Zürich – et peut-être bientôt un troisième dans le canton de Berne, mais rien n’est encore officiel.

« A ce jour, c’est le premier, et le seul gilet airbag sur le marché doté de ces caractéristiques, assure Marc Borho. Nous avons commencé le développement déjà en 2001. Nous avons notamment constitué une base de données des mouvements des pilotes sur leur moto. » Et ce, afin de pouvoir individuer les situations correspondant à des mouvements normaux, ou signes d’un accident.

Une première version de l’airbag a ensuite été incorporée dans des combinaisons de course, à partir de 2009. Puis le développement du produit a continué. Pour finir par donner un produit disponible pour tout un chacun, aussi bien en version piste que route. Le Tech-Air, qui, dans sa version Street, a environ deux ans d’existence.

Douze canaux de données pour prendre une décision

Le système est complexe. Il utilise les données fournies par trois capteurs (des accéléromètres) postés sur les deux épaules du porteur du gilet et dans son dos. Ils indiquent les accélérations selon trois axes dans l’espace. Et il y a encore un gyroscope placé dans le dos qui complète le travail. « Au total, cela fait douze lignes de données que l’unité centrale du Tech-Air doit suivre et croiser entre elles pour détecter les situations posant vraiment problème, détaille Marc Borho. On atteint de cette manière, avec nos algorythmes spécifiques longuement testés, la garantie que l’airbag va se déclencher dans tous les cas d’accident. Et pas seulement en cas de glissade ou seulement en cas de choc contre un obstacle. »

Autrement dit, ce système va réagir à une chute dans laquelle seul le motard ou la motarde est impliquée. Mais aussi à un choc contre un autre véhicule, qu’il soit frontal ou pas, ou contre un véhicule venant de l’arrière alors que la moto est arrêtée. Typique de certains accidents se produisant en ville, au feu rouge, avec une voiture venant de derrière, par exemple.

Premier impact de la moto avec la voiture…

Le temps de gonflage indiqué par Alpinestars est de 25 millisecondes. Ce qui est censé garantir que le gilet soit plein d’air à la bonne pression avant le premier impact du corps du pilote avec par exemple un mur ou la carrosserie d’une voiture.

Aussi efficace pour un choc de biais

En règle générale, les spécialistes de la sécurité routière conviennent que le premier choc pour le pilote du deux-roues se produit en moyenne 85 millisecondes après le premier impact.

Et second impact, celui du corps du pilote -pardon, du mannequin – avec la voiture. Le gilet airbag est déjà gonflé depuis un certain moment. Pour ne pas dire un moment certain. La béquille centrale? tout à fait normal: la moto se trouvait sur un chariot qui a assuré l’accélération.

« Des tests ont été effectués pour voir si l’airbag se déclenchait aussi lors d’un choc de biais, car dans ce cas la distance entre le pilote et la voiture est plus faible », explique Marc Borho.

« Nous pouvons garantir légalement que non seulement c’est le cas, mais aussi que le gilet est gonflé entièrement avant le premier impact pour une fourchette d’angle de 90 degrés et pour des vitesses se situant entre 25 et 50 km/h. Nous savons que notre système est même nettement plus performant que cela, nous l’avons testé à des vitesses plus importantes, et il protège correctement, mais il s’agit ici d’une garantie légale, donc plus restrictive. »

Le gilet tech-Air avec dans le dos les deux bombonnes de gaz argon, les capteurs et l’unité de contrôle.

Effi

Même en stunt

Il ajoute que la présence des coussins gonflés permet de diminuer de 85% l’énergie transmise au corps humain par un impact, en comparaison avec une protection classique: veste avec renforts aux épaules et dans le dos, protecteur de dos, etc.

Le système Alpinestars s’est révélé efficace aussi dans un usage de type tout-terrain. Peut-être pas jusqu’à supporter des sauts en motocross, mais certainement pour de l’enduro de balade. « Nous l’avons même fait essayer par un stunter, se souvient Marc Bohro. Le seul moment où il s’est déclenché, c’est quand il a fait un saut périlleux. »

Pas de coussin autour du cou

Enfin à la question inquiète de pourquoi aucun coussin ne se déploie autour du cou, la réponse est médicale. « Selon les données disponibles, on voit que le corps humain est capable de résister à un certain degré de torsion. Mais par contre, ce qui est vraiment dangereux, c’est la compression que peut subir une vertèbre cervicale. En plaçant un coussin gonflé autour du cou, on risque précisément de provoquer cela pendant le choc. Cela peut conduire à la paralysie ou à la mort. Alors que le célèbre coup du lapin, en soi, cause des lésions musculaires ou autres, mais qui n’ont en général pas cette gravité. » Question de priorité, donc: dit froidement, mieux vaut évidemment se retrouver avec une minerve que dans un cercueil.

L’insistance sur le fait que le Tech-Air n’a pas besoin de liaison GPS est une allusion à peine voilée au produit du grand concurrent dans ce domaine, Dainese. Les relations entre les deux marques à ce propos sont assez tendues (lire notre article). Et il est utile de savoir qu’il y aura bientôt un troisième acteur sur ce marché très particulier: la firme française d’habits motos Ixon, alliée à une entreprise innovante de la région grenobloise, In & Motion (lire à ce propos aussi notre article). Ce qui est sûr, c’est que la maison BMW a choisi Alpinestars pour équiper ses vestes de moto.

Autonomie de 25 heures

Côté pratique, le Tech-Air se zippe sous une veste compatible Alpinestars. Il y en a trois pour l’instant, plus deux combinaisons un pièce en cuir. Un bouton sert à faire fonctionner l’airbag. Mais le système s’active vraiment quand on ferme le gilet et la veste. Dès cet instant, l’unité central effectue ce que les techniciens de la marque appellent un test de stabilité, qui doit normalement conduire à ce qu’une diode verte reste allumée sur la manche gauche de la veste ou de la combinaison. Avec ce contrôle, pas de risque de déploiement de l’airbag si l’on n’est pas monté sur la moto ou le scooter.

La protection est étendue: épaules, poitrine, dos et reins/côtes.

Si l’on subit un crash ou une chute, et que l’airbag se gonfle (en principe il doit le faire!), on ne pourra pas continuer à l’utiliser sans autre, du moins pas avec le système configuré pour une utilisation sur route. Il faudra le rapporter au concessionnaire spécialisé, qui le renverra à Alpinestars pour inspection, re-remplissage des deux cartouches de gaz Argon incluses, etc. Le tout a un coût, variable selon les dégâts éventuels constatés.

Il y a une variante. Depuis moins d’une année, Alpinestars a mis sur le marché le Tech-Air Race. Si le Street n’est pas conseillé pour un usage en piste, le dernier-venu, par contre, peut aussi être porté sur la route. Il faut cependant procéder à un changement d’algorythme pour cela, ce qui se résume apparemment à presser sur un bouton à un certain moment lors du démarrage du système. Sur piste, le temps de gonflage est légèrement plus long: 45 millisecondes. Toujours largement suffisant pour que les coussins soient déployés avant le premier contact.

Sur piste, réutilisable pour une seconde chute

Par contre, ou plutôt mieux, un gonflage ne fait appel qu’à l’une des deux bouteilles de gaz situées dans le dos. Le pilote, à l’instar de Marc Marquez après sa glissade et sa chute spectaculaire à plus de 300 km/h au Mugello (2013), se relèvera indemne et pourra se remettre en selle. Il sera protégé aussi lors d’une seconde chute.

Dans sa version Street, le gilet se zippe sous une veste compatible.

Le Tech-Air a besoin de courant électrique pour fonctionner. Il le stocke dans sa batterie, qui a une autonomie d’environ 25 heures. La recharge s’opère via une prise micro USB et un câble.

Le gilet va pouvoir se porter à l’avenir dans d’autres vestes encore. L’idée étant qu’il n’est nul besoin de tout racheter quand on change d’équipement – par exemple en passant d’une veste d’hiver à une veste d’été.

Test de gonflage

Le soussigné s’est prêté au test de gonflage du gilet sous la veste et sur le corps chez Motoline. Le déclenchement du processus ne découlait pas d’une décision du système, ni de l’utilisation d’explosifs, comme c’est le cas dans un crash en conditions réels. Un tuyau permettait plus simplement d’insuffler de l’air dans les coussins, à une vitesse logiquement moindre que ce dont est capable le Tech-Air.

airbag sans fil
Une fois le gilet gonflé, on arrive heureusement encore à bouger. Sous l’oeil un rien goguenard de Marc Borho.

Mais le résultat est tout de même intéressant: on arrive encore à respirer et à bouger! Et l’on constate que l’aire de protection est assez étendue: épaules, entier du dos, poitrine, et reins/côtes. On sent par contre le poids du système, même avant l’activation, qui alourdit un peu la veste – dans notre cas une Valparaiso toutes saisons.

Le seul hic, c’est encore le prix: 1250 francs pour le gilet (avec l’airbag), à quoi s’ajoute le prix de la veste ou de la combinaison. Dans sa configuration la moins chère, avec une veste Viper, le sstème coûtera donc à peine moins de 1700 francs. Ce qui est déjà un peu meilleur marché que pour les premières unités livrées sur le marché. « Sur le principe, plus le système se répand et est utilisable avec des vestes différentes, plus les coûts pourront baisser, explique Silvio Brenner, chef de la division ventes de la marque. Il y aura d’autres vestes pour 2018 qui vont grandir la palette d’équipements compatibles. » Et il annonce à mi mot la présence dans la liste d’au moins un modèle de la gamme rétro Oscar.

Et pour finir, voici la vidéo promotionnelle réalisée par Alpinestars. En anglais, mais c’est malgré tout assez compréhensible…

Photos: Jérôme Ducret/Slawomir Plata/Honda/Alpinestars

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - 51 ans, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes.

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