Roof, ou l’histoire d’une marque à la pointe de la créativité
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Roof, ou l’histoire d’une marque à la pointe de la créativité

Depuis plus de 40 ans, Claude Morin, le fondateur de la marque de casques Roof, a constamment amené sur le marchés des produits innovants. Le dernier en date, le Boxxer, est l’un des premiers modulables avec environ 50% de fibres de carbone. Rencontre.

Roof.  Pour certains, c’est un nom connu, qui évoque des casques modulables pourvus de petites « cornes » rouges une fois la mentonnière rabattue vers l’arrière. La marque française fut la première à proposer ce genre de heaume avec une double homologation (Jet et intégral) et avec un mécanisme permettant de positionner ladite mentonnière en arrière, tournée à 180 degrés par rapport à sa position vers l’avant. On évite ainsi quasiment tout effet de turbulence aérodynamique lorsque l’on relève la mentonnière pour transformer l’intégral en Jet.

Ce modèle, baptisé Boxer, a été lancé en 1995. Il sera suivi quelques années plus tard par le Desmo, plus routier, plus luxueux. Puis, tout récemment, par le Boxxer, avec deux x, dont la structure est composée de fibres de carbone et de fibres de verre, et dont la technique a été revue. Tous trois sont des modulables offrant un design unique dans l’univers moto, tant visuellement que techniquement.

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Le Boxer, un des premiers casques de la marque.

Fondée par l’ingénieur Claude Morin en 1993, la marque est comme lui: créative, innovante, originale. Parfois trop en avance pour son époque, aussi. L’homme a débuté dans le monde de l’automobile, avant de progressivement s’orienter vers le monde des deux-roues motorisés.

A l’occasion des trente années de l’importateur suisse ZZ Racing, qui importe les produits Roof depuis les débuts, nous avons fait le voyage jusqu’au siège international de Roof à Pégomas, dans l’arrière-pays cannois, au sud de la France. Et nous avons rencontré en particulier Claude Morin, qui dirige toujours l’entreprise avec son épouse et quelques collaborateurs et collaboratrices.

Claude Morin dit avoir passé son permis moto « il y a 55 ans ». La moto a toujours été une affaire de passion pour lui. Mais ce n’est que vers la fin des années 1970 (1975) qu’il en a aussi fait son métier. Alors jeune ingénieur, il voulait trouver un projet qui aboutisse à quelque chose d’utile pour le grand public. Et il l’a déniché en travaillant à mettre au point l’un des premiers casques intégraux vraiment performants. « A l’époque, beaucoup de monde portait encore souvent ce qu’on peut appeler des bols, même les meilleurs pilotes en avaient un, se souvient le patron de Roof. Je me suis allié avec un autre jeune ingénieur et nous avons créé un casque intégral, qui amortissait sur l’ensemble de sa surface. » Malheureusement, le fabriquant qui était censé produire ce casque a choisi ce moment-là pour déposer son bilan. Claude se lance alors seul, et dévoile le « Nida », à structure interne amortissante en nid d’abeille, une technique issue alors du monde aéronautique et aérospatial. Car produit en petite série et haut de gamme, le Nida sera vendu à 1000 exemplaires.

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Le siège international, à Pégomas.

Auparavant, sa société, Moto Sport Design, s’était aussi fait connaître en lançant des carénages en kit destinés à un usage touring. De quoi transformer par exemple une Kawasaki Z 900 en machine protégeant son pilote des intempéries, tout en améliorant la consommation d’essence. Et sans qu’on ait l’impression d’avoir devant soi une Moto Guzzi de compétition des belles années, en forme de cigare. Cette idée avait auparavant trouvé une première application dans le monde de la compétition. C’est en effet Claude Morin qui a conçu le carénage inédit de la Japauto qui a gagné le Bol d’Or en 1972 et 1973.

Après le Nida, il travaille sur différents modèles de casques, dont il conçoit tout ou partie pour différents fabricants. Dont GPA, de 1979 à 1982.

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Claude Morin avec le Levior sans jugulaire. Qui date d’avant Roof et n’est plus fabriqué aujourd’hui.

Il met notamment au point un mécanisme élaboré qui permet d’obtenir un casque « sans » jugulaire. Le Levior Function 1, c’est son nom, sera produit par une marque belge. Et porté par de nombreux pilotes, dont un certain Jacques Cornu, le célèbre coureur suisse qui fut actif au niveau mondial.

Et c’est donc en 1993 que Claude Morin, après avoir oeuvré notamment pour des noms comme Shark, fonde sa propre marque. Il lui donne le nom de Roof. Explications: « ce genre de nom doit être immédiatement compréhensible dans plusieurs langues, il faut qu’il soit court. Il fait référence entre autres à la voile et au monde de la marine. Il désigne un endroit qui protège, bien sûr. Et on a le symbole des deux roues de moto avec les deux o… » L’une des toutes premières créations de la marque fut le Roadster, qui pouvait recevoir un masque qui en faisait un « presque » intégral. Le premier intégral tout court suivra dès 1997. La marque en proposera jusqu’en 2014.

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L’ingénieur Thomas Deboos démontre comment on rabat la mentonnière sur le Desmo. Notez la visière qui vient se plaquer sur la calotte.

Deux catastrophes vont venir impacter le développement de la société. Ce sera tout d’abord une inondation qui stoppe net la production. Mais l’arrêt n’est que passager. Puis il y a le terrible incendie de l’été 2005. Après ce cataclysme, qui laisse inutilisable le bâtiment où l’on fabriquait les casques, Claude Morin, qui se trouvait au Vietnam, va y trouver un refuge pour sa production. Le second édifice, sur sol français, qui faisait déjà partie du patrimoine de Roof, devient l’endroit où se gère l’entreprise, où s’effectuent la recherche, le développement et les tests des différents prototypes et des pré-séries. C’est là que des spécialistes testent les prototypes, les exemplaires de pré-série et, par échantillonnage, la production de série. Ils les soumettent à des chocs ou au célèbre test dit du déchaussement.

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Le Bamboo, derrière, et le Rover, devant (sans sa visière).

Dans le sud de la France, Roof emploie une grosse quinzaine de personnes. « Au Vietnam, il y a environ 200 employés, dont cinq Français, précise Claude Morin. Une des idées novatrices de Roof est venue d’ailleurs de ce dernier pays. Il s’agit d’un casque jet dont la coque est faite en bambou! « Il est parfaitement fonctionnel, j’ai eu cette idée à partir des plateaux en bambou, note Claude Morin. Commercialement, on va dire qu’il a connu un succès d’estime… » Comprenez que les ventes n’ont pas été à la hauteur de l’innovation, ni d’ailleurs du rententissement médiatique de ce produit.

La prise de risque a toujours fait partie de l’ADN de la marque. On citera entre autres l’incroyable RATS (datant de 2007), un casque dont la mentonnière est composée d’un treillis de barres de métal. Un peu comme un casque de football américain! C’était une réponse à la demande d’un motocycliste aventureux qui en avait marre de suer sous son casque plus traditionnel.

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Le RATS, construit en toute petite série. Il date de 2007.

Même sur un Jet simple, Claude Morin et son équipe ne peuvent pas s’empêcher d’apporter la petite touche innovante, le petit mécanisme nouveau qui va faire la différence par rapport au reste de la production de casques. Le Cooper, par exemple, est très rond et peut être muni en accessoire d’un second écran, foncé et anti-solaire, qui vient se placer sur le premier et le recouvre presque entièrement. Et le plus beau est que cela fonctionne parfaitement et que c’est facile à utiliser. En plus, on peut enlever les deux visières sans l’aide d’aucun outil. Et sans avoir fait l’Ecole des Mines.

Roof a toujours été réfractaire aux écrans solaires internes, par souci de préserver au maximum les capacités amortissante du calotin, et privilégier ainsi la sécurité. La solution trouvée pour le Cooper est dans cette ligne-là.

Pour découvrir l’ensemble de la gamme, un petit tour chez l’importateur suisse, ZZ Racing, s’impose.

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Morin en train de manipuler un Roof Cooper.

« Alors qu’un temps le marché hors-France représentait la majorité de nos ventes,  aujourd’hui c’est le contraire, confie Claude Morin. Nous devons encore progresser dans ce domaine. » Et Roof est parfois encore perçu (à tort) comme une marque qui ne fabrique que des couvre-chefs pour bobos urbains se déplaçant en scooter. « Je dirais que nos lignes de développement pour le proche futur, ce sera notamment d’offrir à nouveau un intégral dans notre gamme », résume le fondateur de la marque française. Et si on le titille un peu, il avoue aussi qu’il aimerait bien pouvoir lancer à nouveau sur le marché un casque sans jugulaire. « Vozz vient de le faire, avec un produit plutôt haut de gamme, nous en sommes tout autant capables, sourit-il. Nous l’avons d’ailleurs déjà fait. »

Galerie photos

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Il s'en tire avec quelques fissures. Mais c'est la xième fois que cet exemplaire est soumis à ce test. Photo prise au siège de la marque française Roof.

 

Photos: Jérôme Ducret/DR
Article à paraître sous une autre forme dans le magazine Moto Sport Suisse

Auteur

Jérôme Ducret

Jérôme Ducret

Journaliste - 51 ans, 1m70, 80 kg - habite à Lausanne - marié, deux enfants. Aime les Italiennes et les Anglaises (les motos, bien sûr), mais n'est pas sectaire. A l'aise dans les ronds-points et les petites routes.

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