« La Harley-Davidson LiveWire électrique proposera une autonomie de 223 kilomètres! »
Interview-scoop

« La Harley-Davidson LiveWire électrique proposera une autonomie de 223 kilomètres! »

Marc McAllister, vice-président responsable du portfolio de produits chez Harley-Davidson, dévoile ce qui n’avait pas encore été dit à propos de la moto électrique de Milwaukee. Interview d’un patron qui a fait escale à Genève pour l’ouverture du GIMS (Geneva International Motor Show). Iwan Steiner, le Boss suisse, nous parle aussi de la LiveWire.

ActuMoto: Marc, pouvez-vous nous expliquer où et comment la LiveWire sera fabriquée?
«Comme pour nos autres produits nous faisons bien évidemment appel à une chaîne de fournisseurs. Ici, en l’occurence, Showa pour les suspensions, Brembo pour les freins, Samsung pour les batteries. La moto sera assemblée aux Etats-Unis, dans notre usine d’York, pour le monde entier.»

Pourquoi ne travaillez-vous plus avec la start-up californienne Alta sur ce projet et sur les autres liés à l’électrification?
«C’est une toute petite entreprise, très spécialisée dans ce domaine. Nous avons travaillé ensemble durant  un temps limité, sur un projet, que nous avons pu boucler à satisfaction. Et puis… ils ont choisi de partir dans une direction, et aujourd’hui je crois qu’il n’existent plus. Nous sommes aussi arrivés à la conclusion que, si nous voulions devenir leader dans le processus d’électrification, nous devrions développer nos propres compétences, et investir dans ce domaine. Nous avons créé un LiveWire Lab à Mountain View, en Californie également. On y travaille sur l’ensemble de nos projets électriques.»

McAllister
Marc McAllister, très fier, au guidon de la LiveWire.

La LiveWire semble aussi être une moto connectée, qu’a-t-elle de spécial dans ce domaine?
«Eh bien il y a deux sortes de connectivités à l’oeuvre ici. D’une part la connection par BlueTooth entre un smartphone et la moto, qui permet ce que l’on voit de plus en plus ces dernières années: la navigation virage après virage sur l’écran de la moto, l’écoute de morceaux de musique, l’affichage d’appels téléphoniques… et de l’autre la connection directe de la moto au réseau mobile, et donc au Cloud. Cela permet par exemple de savoir à distance où en est la recharge des batteries, si la moto est tombée, etc. Et cette connection nous intéresse également. Elle nous permet d’avertir notre client à distance si un service doit être fait, par exemple.»

Pensez-vous utiliser cette technologie sur les autres produits Harley-Davidson?
«La réponse est clairement oui. Mais nous ne le disons pas encore officiellement.»

Vous avez annoncé de nouveaux types de points de vente pour les motos électriques, qu’en est-il?
«Dans les grandes villes, au vu de ce que sont nos agents actuels, notre couverture n’est souvent pas aussi bonne que ce qu’elle pourrait être, pour toucher une clientèle très urbaine. Selon le type de produits que nous allons proposer, il faudra parfois trouver de nouveaux points de vente, et cela inclut bien sûr l’aspect virtuel!» (ndlr: il sort son smartphone).

Quel genre de clientèle devrait être attirée par une moto comme la LiveWire?
«Il faut un permis moto, c’est la première chose, pour la conduire. Ensuite, je dirais que ce produit s’adresse évidemment plutôt à un type de rider urbain. Ce n’est pas une machine de tourisme. Pour cela, nous avons d’ailleurs déjà notre gamme existante de tourers, qui se perfectionnent au fil des ans. Une moto électrique donne une accessibilité plus large, on n’a pas besoin de savoir se servir d’une boîte de vitesse, par exemple. Nous nous attendons à ce que cela fasse découvrir la moto à un public qui ne la pratique pas. Il devrait aussi y avoir une certain nombre de clients Harley-Davidson existants, et d’autres qui ne le sont pas, mais pour qui la marque évoque quelque chose. Surtout, la LiveWire assiéra notre crédibilité comme constructeur affichant l’ambition de devenir leader dans l’électrification de la moto. C’est une moto haut de gamme, agile et rapide, qui nous donnera de l’espace pour créer tout un portfolio de motos et de deux-roues électriques.»

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La LiveWire définitive, telle qu’on pourra la croiser dès la mi-septembre.

Pouvez-nous enfin nous dire son poids?
«Non, je regrette, nous ne sommes pas encore tout à fait prêts. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est une moto agile et légère. Et je puis annoncer par contre, après une série de tests intensifs, que nous pouvons offrir une autonomie allant jusqu’à 223 km en usage mixte, donc pas seulement en ville.»

Pourquoi avoir annoncé jusqu’ici 175 km?
«En fait, il y avait une grosse astérisque à côté de ce chiffre. C’est toujours comme cela avec ce genre de données. Et nous avons préféré donner une indication conservatrice. Bien sûr l’autonomie peut aussi varier selon l’usage que l’on fait de la poignée d’accélération, selon les conditions climatiques, etc.»

Expliquez-nous comment la LiveWire émet son son particulier?
«Nous avons repris le mécanisme utilisé pour le prototype. Les personnes qui ont pu l’entendre l’avaient adopté, et nous avons donc fait de même. C’est un bruit mécanique qui résonne dans les matériaux du carter, et qui croît donc avec la vitesse. Ici on entend ce que ça donne, mais la plupart des personnes qui font le test sur ce stand, avec la roue arrière tournant sur des rouleaux, ne dépassent pas 30 km/h. Imaginez ce que cela peut donner à 50, 80 ou même 100 km/h!»

Allez-vous confiner la mobilité électrique au haut de gamme?
«Il y aura d’autres produits qui vont suivre. Le tout premier, vous venez de le voir en première mondiale ici au Salon de l’Auto de Genève.» Il montre un vélo pour enfants badgé Harley, avec un petit moteur électrique et de gros pneus utilisables en tout-terrain. «C’est un produit d’une autre start-up nord-américaine, StaCyc. La vitesse maximale est de 15-20 km/, et il coûte 650 dollars. Il est déjà disponible aux Etats-Unis et devrait arriver en Europe plus tard cette année. Je dirais que vous savez là les deux extrêmes de notre nouvelle gamme électrique (ndlr: il sourit). Mais il y aura de nombreuses autres propositions entre les deux, prochainement. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant. Mais je rappelle ce que nous avons déjà annoncé, nous allons cibler la mobilité urbaine, avec des produits plus accessibles financièrement que la LiveWire, et qui auront certainement une autonomie moins importante. Tout cela devrait arriver bientôt.»

Il rappelle que la LiveWire sera disponible pour les clients américains en août, et qu’il faudra attendre le «Q4», soit un peu plus tard dans l’année pour le reste du monde, Europe et Suisse compris. Ce que ne confirme pas tout-à-fait Iwan, directeur de Harley-Davidson Suisse, qui affirme que le marché suisse sera servi en même temps que le marché américain.

Dernière question: dans le programme «More Roads to Harley-Davidson», il est question de futures nouvelles motos non électriques, avec notamment les segments Adventure Tour, Streetfighter et Cruiser couverts. Où en est-on?
«Oui, ces produits seront bientôt prêts à être dévoilés. Ils vont participer à un élargissement de notre clientèle.»

Mais plus spécifiquement, les bruits qui courent sont-ils corrects, on parle d’une enduro de voyage avec une puissance en ligne avec le reste du marché?
«Eh bien, qu’avez-vous entendu exactement?» (ndlr: Marc McAllister se permet un nouveau sourire)

Il est question d’un moteur liquide de quelque 1200 cm3 pour l’enduro de voyage, pour laquelle vous avez montré quelques images, mais j’imagine qu’il s’agit d’images venant de vieux prototypes et que le design sera un peu différent?
«Un peu différent, oui (nldr: le sourire s’accentue). Vous avez l’air d’avoir entendu beaucoup de choses.»

Et pour ce qui est du Streetfighter, la cylindrée serait un peu moindre?
«Même réponse. Mais vous verrez, ces nouveaux produits sont juste à la porte, vous en saurez plus très bientôt! Et nous n’allons bien sûr pas abandonner les secteurs des cruisers, des customs et des machines de touring, qui sont notre business de base.»

 

Iwan Steiner, le « Boss » d’Harley Suisse parle à son tour de la LiveWire…

Lorsque nous demandons à Iwan Steiner, le Boss de Harley-Davidson Switzerland, s’il n’a pas peur que le grand public se moque en évoquant le programme électrique de la marque, il ose d’entrée une comparaison: « une marque comme Harley-Davidson est capable de créer une demande qui est encore inexistante aujourd’hui, comme l’a fait Apple avec son iPhone ».

McAllister
Au tour d’Iwan Steiner de poser au guidon de la LiveWire.

Partant du « constat-cliché » qu’un vrai motard ne veut pas entendre parler d’une moto électrique… Iwan Steiner affirme que la LiveWire est une moto porteuse d’image, qu’elle est un fer de lance. Elle est faite pour montrer ce dont la marque est capable de faire et surtout pour ce qui va venir après concernant la mobilité urbaine.

« Cette moto n’a que des avantages! »

Il rajoute: « cette moto est une vraie moto, c’est de la qualité, et elle a un coût (36 500 frs), évidemment. C’est une moto puissante qui affiche une accélération de zéro à cent en moins de trois secondes et demie. Et elle possède une autonomie de minimum 175 kilomètres en usage mixte. Je trouve ces performances très valorisantes. Et nous nous sommes rendu compte avec étonnement que, pour le client qui veut rouler électrique, la distance n’était pas le premier critère. Non, cette moto possède plein d’avantages. Avec la LiveWire, tu t’assieds, tu tournes la poignée et tu roules. Il n’y a pas de levier de vitesses, pas d’embrayage, ainsi tu peux te concentrer uniquement sur la moto et la conduite ».

Iwan Steiner nous décrit maintenant le client-type prêt à acheter une LiveWire: « il est vrai qu’il n’est pas forcément le client Harley. Et cela montre que la stratégie de la maison-mère est la bonne. Nous avons ici un peu « La Tesla » de la moto. Il poursuit en affirmant que l’entrepreneur veut ce produit, que le passionné de techno veut ça, que le motard qui a une affinité de près ou de loin avec Harley concernant le côté lifestyle est aussi concerné. Ce sont des motards qui ont un certain pouvoir d’achat! Mais pas des motards qui avalent les kilomètres ». Il justifie et assume cette clientèle « haut de gamme » en disant que Harley-Davidson recherche à assurer financièrement aussi la mobilité électrique, afin que les agents puissent rentabiliser leur investissement.

La Suisse est bien équipée pour la recharge

Iwan Steiner explique encore sa manière de « recharger les batteries ». On peut selon lui facilement recharger la batterie chez soi avec un chargeur et une prise domestique. On peut aussi recharger la LiveWire grâce au Fast Charger qui est la grosse prise disponible. On peut alors recharger (25 kW) dans les stations qui disposent du système de recharge électrique ou même aller dans une station distribuant jusqu’à 100 kW, la LiveWire se réglera sur 25 kW. «En vingt minutes on obtient 80% de la capacité», rajoute fièrement Iwan Steiner. Le temps d’un arrêt pipi-café quoi!

« Sur le territoire suisse, il y a assez de stations qui distribuent de l’électricité. C’est un pays pionnier, aussi pour ce domaine. Nous avons de plus une application „H-D Connect“ qui permet, entre autres, de localiser tous les points de distribution où que vous vous trouviez. »

Iwan Steiner rassure encore concernant le succès futur de la LiveWire. « le 30% de l’allocation 2019 pour la Suisse est déjà vendu! Nous allons recevoir 45 motos en 2019, dont environ 35 seront livrées à un client final individuel. Et nous pensons que les clients pourront prendre possession de leur motos dès mi-septembre ».

Le réseau de distribution?

Iwan Steiner parle aussi du réseau de distribution de la Livewire. En Suisse, nous aurons bientôt 18 concessionnaires officiels. Nous allons commencer avec sept agents proposant ce produit et ils seront répartis géographiquement afin de couvrir l’entier (Genève et peut-être aussi Lausanne, car c’est la même entreprise, Soleure, Bâle, Zurich, Lugano, Saint-Gall, et la Suisse centrale) du territoire.

« Ce système de distribution est pour l’instant sélectif, mais d’ici deux ans nous pensons que tous les agents seront prêts à vendre la LiveWire et tout le programme électrique Harley, continue le boss de Harley-Davidson Suisse. Oui, ce système est sélectif car nous voulons que les agents arrivent à vivre et à investir pour le futur ».

Il faut savoir que l’investissement nécessaire obligatoire formation, équipement et mobilier) coûtera entre 40 000 et 80 000 francs à l’agent , et qu’un mécanicien dédié devra posséder un « master » et sera astreint à suivre un cours sur les hauts voltages avant de toucher une LiveWire.

Le futur « thermique » d’Harley

Si le côté « survolté » d’Harley-Davidson est d’une actualité brûlante, à Milwaukee, on n’en oublie pas ce qui fait encore le succès de la marque. Iwan Steiner en parle: „D’ici deux ans, vous verrez apparaître une sacrée gamme « classique » pur Harley. Les Softail et les Touring ne changeront pas dans leur essence. Et, concernant les Sportsters et les normes Euro 5, nous sommes conscients qu’il faudra trouver des solutions. Elles seront probablement remplacées par des motos développant près de 100 chevaux. Nous viendrons aussi avec une Adventure Tourer de 150 chevaux et aussi une Streetfighter. Nous verrons de très belles choses, puissantes et étonnantes de la part de Harley ». Le renouveau classico-thermique est donc en route!

Pour conclure, Iwan Steiner, qui on le sent, croit très fort en l’avenir électrique de la mobilité urbaine vision Harley-Davidson, nous parle encore du vélo électrique sans pédale présenté en première mondiale au GIMS: « j’y vois un intérêt intelligent de la part de la « boîte » d’aller toucher les enfants avec la marque Harley. Un jour, quand ils auront 20 ans, ils achèteront peut-être une Harley-Davidson ».

McAllister
Le vélo électrique pour enfants se mesure à la LiveWire
McAllister
Dans son programme électrique, Harley-Davidson propose sa vison du scooter et du mountain bike.

 

McAllister

Photos: Harley-Davidson
Textes: Jerôme Ducret (Marc McAllister)/Claude Bovey (Iwan Steiner)

Auteur

Claude Bovey

Claude Bovey

Claude, comme son coéquipier, vit avec la passion du 2 roues qui lui hérisse toujours les poils, en toutes circonstances. Il est père de trois enfants et de quatre petits enfants… Et l'un d'entre eux s’appelle… Valentino! Allez savoir pourquoi?

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